Présentation des transmissions Sensah

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Si vous êtes habitué de ce blog, vous avez certainement compris que chinois est pour moi synonyme d’horrible bas de gamme réalisé à l’économie et sans aucun contrôle qualité sérieux. Du « merde in china », quoi ! Mais en y regardant de plus près, on trouve de tout. Certaines productions comme celles de L-TWOO ne sont convaincantes ni en termes de design, ni en ergonomie. Pour la qualité de construction je ne sais pas, mais leurs leviers sont franchement laids ! Microshift propose une gamme de dérailleurs qui peut être intéressante (je vous en avais déjà parlé pour l’arrière et pour l’avant), mais associée à des manettes d’un aspect massif à l’ergonomie vieillotte qui ne sont pas enthousiasmantes. Reste Sensah, pas très visible à l’international, mais qui semble pourtant proposer des composants sérieux et homogènes… à côté de modèles plus bancals, il faut aussi garder un œil critique !

On peut lire et entendre beaucoup de choses au sujet de Sensah, parfois des vérités, parfois des âneries, parfois des éloges, parfois des descentes en flammes… Alors quelle crédibilité accorder à ces avis, quel degré de compétence se cache derrière ? Les premières séries ont pu également essuyer des ratés de fabrication. Bref, vu de ce côté-ci de la planète, j’étais plutôt assez dubitatif au sujet de cette petite marque chinoise qui monte. Autres freins pour me décider à tester ces transmissions : mon a priori négatif au sujet de tout ce qui provient de Chine, bien entendu, et la manipulation exotique des leviers pour un « vieil » habitué à 15 ans de pratique de STI Shimano.

La gamme :

Elle s’étend de 7 à 12 vitesses. Les extrêmes ne seront pas présentés ici. Voici donc les modèles au cœur de la gamme :

  • IGNITE, 9 vitesses compatible Shimano (dérailleurs au ratio 1,7).
  • ` PHI, 10 vitesses compatible Shimano pour dérailleurs 10v anciens (au ratio 1,7).
  • QUANTUM, 10 vitesses compatible Shimano pour dérailleurs 10v actuels (au ratio 1,4).
  • TEAM PRO, 11 vitesses compatible Shimano.
  • EMPIRE, 11 vitesses compatible Sram (en test longue durée ICI).

Pour plus de précisions sur les ratios et tirages de câbles, vous pouvez voir cet article.

Les leviers :

On peut les trouver en vrac ou bien protégés dans leur boîte plate, ce qui ne change pas grand-chose, mis à part la notice rappelant les réglages… Dont on peut se passer pour qui en a déjà installé une paire dans sa vie, quelle que soit la marque. De toute façon, la mise en service est facile et logique ; les réglages ne sont pas pointus à réaliser, même en 11 vitesses.

À première vue, ces manettes ressemblent à de gros jouets tout en plastique. Pour les cocottes c’est le cas (comme chez la concurrence) mais les leviers sont en aluminium. La peinture, sans doute épaisse, ne donne pas au toucher la sensation froide du métal, d’où la première impression de plastique intégral ; mais en y regardant de plus près, non, et c’est plutôt costaud, voire massif – rassurant en cas de chute – pour un poids qui n’est pas si colossal : 480g la paire, câbles de dérailleurs compris. Cette masse est justifiée par des cocottes volumineuses bien dimensionnées pour les grandes mains (là où il n’y a pas si longtemps encore, Shimano proposait des leviers plutôt étriqués pour les paluches occidentales, avant l’arrivée des Dura-Ace 7800). En retroussant le caoutchouc du repose main, l’impression de solidité transparaît également du mécanisme, qui semble entièrement métallique pour ce qu’on en aperçoit en regardant bien. On semble loin des dernières séries Shimano avec leur plastique et leurs engrenages fragiles en acier ordinaire. Ici, si la petite tige basculante (flèche verte) empêchant le changement de vitesse lors du freinage est bien en plastique, ce n’est pas une pièce maîtresse du mécanisme. Elle ne devrait pas avoir à supporter beaucoup d’efforts. Le reste semble tout à fait qualitatif.

Visuellement, il n’y a pas d’effet de gamme entre les différents modèles. Pas de hiérarchie apparente… Ce qui est inquiétant si ce qui devrait être le haut de gamme est calqué sur le bas, mais plutôt rassurant dans le cas contraire ! À voir. Ces manettes sont absolument identiques en matériaux, en construction comme en poids (480g), pour les 5 paires. Naturellement, en interne, le nombre de crans du mécanisme change ! Seul le rendu mat du groupe PHI – contrairement aux autres, lisses et brillants – n’est pas une réussite je trouve, mais c’est une affaire de goût.

D’un point de vue fonctionnement, les manettes servent à tout à la fois : freinage, montée, descente de rapports, le tout sans mécanisme annexe. Le fonctionnement est déroutant. Une synthèse, pas si bête au fond de deux mondes : Shimano et SRAM. Venant de l’un ou l’autre, on s’y habitue très vite. La question des brevets détenus par les grandes marques n’y est peut-être pas étrangère, mais peu importe, c’est bien trouvé !

Le freinage est assuré par un appui classique, jusque-là on connaît tous. La petite languette basculante vue plus haut empêche de changer de rapport pendant l’action du freinage (on peut ajuster la sensibilité du mécanisme par une vis au sommet de la cocotte). Ainsi, le levier ne peut pas pivoter vers l’intérieur. Par contre, on peut toujours actionner le frein quand le levier est basculé pour changer de rapport… Ce qui normalement ne sert pas à grand-chose, mais est tout de même plus sécurisant en cas d’urgence. Un petit pivotement vers l’intérieur fait descendre un rapport, un plus grand basculement permet de monter les pignons. Et là, on se rend bien compte que ces manettes sont prévues pour les grandes mains, car il faut pousser loin, et plus encore, pour avoir la possibilité de monter 2 rapports ensemble… Ce qui est quasiment infaisable en pratique, la main au creux de la cocotte sans se contorsionner le poignet. On s’y fait, mais le geste n’est pas naturel.

Pour la mise en place, il faut aller chercher loin – caoutchouc du repose main retroussé à une extrémité ou à l’autre – la vis de serrage du collier. Et point de vue serrage, il ne faut pas hésiter à y aller fort, sinon la cocotte pourra tourner assez facilement sur le cintre.Attention à ne pas trop tirer sur le caoutchouc, qui sinon, aura beaucoup de mal à retrouver sa forme initiale.

Les dérailleurs :

Si pour les leviers il n’y a pas d’effet de gamme, pour les dérailleurs il y en a un. Discret pour l’avant… Et très net pour l’arrière, à tel point que je ne vous parlerai que du 11v (EMPIRE) car le reste – des horreurs en plastoc – ne mérite même pas qu’on l’évoque ! J’ai du mal à comprendre ce positionnement raté. À fuir.

À l’avant

Léger effet de gamme donc, pour les dérailleurs avant qui semblent construits sur le même modèle, en particulier pour les PHI et EMPIRE qui à part la finition, se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Il existe tout de même de discrètes différences, comme l’articulation postérieure – mal ajustée, flèches rouges sur la photo – en acier sur l’IGNITE, qui est pourtant moins lourd (93g contre 96) que les PHI et EMPIRE tout aluminium. Malgré cela, le jeu de fonctionnement reste très raisonnable dans le mécanisme des IGNITE, et PHI… contrairement à l’EMPIRE où l’on sent un jeu important en manipulant le dérailleur. Il peut passer inaperçu dérailleur en main, mais devient flagrant une fois monté sur le cadre (câble relâché), même sans forcer. Il est perceptible partout dans les articulations du mécanisme. Si la conception semble un peu boiteuse, à l’usage le changement de plateau se fait avec douceur et précision, et ce « flottement » dans le mécanisme est peut-être voulu. En effet, la chaîne glisse et ne frotte pas bruyamment contre la fourchette, qui suit légèrement le mouvement, si le dérailleur avant est mal réglé… Mais ce n’est pas une excuse pour faire ses réglages n’importe comment !

Dans le domaine des petites différences, l’écartement des fourchettes diffère. Il est naturellement plus important pour les chaînes les plus larges ; normal ! Ainsi, on passe d’une ouverture de 12/15mm pour l’IGNITE à 10/14mm pour le PHI et 9/13mm pour l’EMPIRE.

La force du ressort de rappel diffère aussi. Sur les PHI et EMPIRE, il faut une force colossale pour déplacer la fourchette. Alors, qu’en sera-t-il de la longévité de la manette (résistance des crans face à la force du ressort) et/ou du dérailleur (vu le jeu important du mécanisme dès le départ pour l’EMPIRE) ? C’est la seule réserve que j’ai a priori sur cette transmission.

Sur le groupe IGNITE, la force du ressort de rappel est conforme aux standards habituels. Ni les dérailleurs QUANTUM ni les TEAM PRO n’existent au catalogue SENSAH 2021/2022.

À l’arrière

Seuls les modèles 11v sont assez qualitatifs pour mériter d’en parler. Si le dérailleur TEAM PRO n’existe pas, la construction de l’EMPIRE est solide en apparence, sans jeu dans les articulations. 200g tout rond et intégralement en aluminium, sauf bien sûr pour le plastique des galets. Bref, tout à fait normal pour du matériel bien fait, et pour qui se contrefout des fioritures en carbone, même si un modèle existe pour quelques grammes de moins !

À l’image du dérailleur avant, les deux ressorts de rappel sont vraiment très fermes… Au moins la chaîne est bien tendue ! Cet EMPIRE en chappe courte n’est pas seulement costaud sur les ressorts, il l’est aussi sur les pignons. Il permet de faire passer un 32 – mais c’est sa limite, n’essayez pas le 34 ! – ce qui est plutôt pas mal, et largement suffisant, surtout en faisant le grand écart avec un pédalier compact : 50-34 à l’avant et 11-32 à l’arrière ne lui pose pas de problème.

Les galets sont montés sans aucun jeu latéral – contrairement à ce qui se rencontre habituellement pour le galet supérieur chez Shimano – et disposent de vrais roulements à billes équipés de flasques métalliques (appelés 2Z ou ZZ dans l’industrie). Ce type de caches ne génère pas de frottement tout en étant étanche à la poussière, ce qui est plutôt bien, mais contrairement aux flasques 2RS (pastique avec joint), laisse passer l’eau et l’humidité… Logiquement, le bénéfice d’absence de frottement ne durera donc pas éternellement en utilisation toutes saisons. Chaque côté des galets dispose d’une fine rondelle entretoise en acier, ce qui est plus élégant qu’en plastique. Cela forme une chicane supplémentaire pour protéger les billes des roulements. Cet empilement de flasques métalliques rappelle un peu le principe de protection des moyeux Maxi-Car.

En plus il est beau je trouve, ce dérailleur EMPIRE – à part ses vis de réglage un peu trop proéminentes à mon goût – loin de l’allure anguleuse d’extraterrestre de certaines productions Shimano. D’un point de vue qualitatif, seule la résistance des roulements à l’usure reste donc à prouver… Vu la nature des caches, et surtout la médiocrité des roulements à billes chinois en général. À suivre !

Les deux ensemble

En appareillant les dérailleurs, on se trouve face à un détail surprenant : les vis de réglage demandent un tournevis plat ou cruciforme à l’avant (jusque-là c’est du classique) mais une clé BTR à l’arrière (pas terrible visuellement) ! Ne pas pouvoir utiliser le même outil pour le réglage des deux dérailleurs est très étonnant ! Rien de grave, mais c’est agaçant ; on est dans la finition et le sens du détail chinois. Point positif, des petits ressorts situés sous les vis empêchent toute modification accidentelle – ou due aux vibrations – des butées. C’est un raffinement (commun sur le matériel vintage) qui s’est perdu, et malheureusement présent qu’à l’avant sur tous les modèles. La conception du dérailleur arrière n’en a pas profité ; dommage encore une fois.

Ces dérailleurs semblent convaincants malgré tout. Je vous en reparlerai bientôt dans un test longue durée.

Avec d’autres dérailleurs ?

Pour le 11v EMPIRE, pas de problème, la transmission dispose d’un mini-groupe cohérent qui se trouve facilement. D’un bon rapport qualité / prix, il n’y a aucune raison de s’en priver.

Pour les autres leviers, c’est plus compliqué, car en 9 et 10v la transmission proposée par Sensah – quand elle existe ! – laisse à désirer. Si les dérailleurs avant – qui ressemblent, on l’a vu, très fortement au modèle EMPIRE – inspirent confiance et peuvent être utilisés ; ceux de l’arrière font vraiment camelote, et ne méritent pas qu’on s’y attarde. Alors c’est bien beau d’avoir les leviers, mais sans les bons dérailleurs à leur associer, comment faire ? En fait, tout se résume à une question de tirage (voir le tableau dans cet article), et même si les valeurs réelles relevées aux câbles s’écartent quelque peu de l’idéal, en pratique les groupes IGNITE et PHI sont compatibles avec l’ancien ratio Shimano (de 1,7) et les QUANTUM et TEAM PRO avec l’actuel ratio Shimano (de 1,4).

Et pour la cassette ?

On a le choix. N’importe quelle cassette classique Sram, Shimano ou compatible – du bon nombre de pignons – fonctionne avec ces transmissions. Il n’existe pas de modèles Sensah… sauf un 11-28 à 11 vitesses. Ce n’est pas impératif de l’avoir – de toute façon cette cassette est très difficile à trouver – mais son rapport qualité / légèreté / prix est intéressant. Je l’avais déjà évoquée dans deux projets (ICI et ).

Point de vue fabrication, les petits pignons sont en acier et les 4 plus grands sont taillés dans une belle dentelle d’aluminium. Comme les derniers pignons ne sont pas en principe les plus utilisés, et comme la nuance d’aluminium choisie est assez résistante, cela donne un bon produit pour à peine plus de 200g (208 habituellement). Heureusement, en se fiant au visuel on peut trouver facilement cette cassette sous tout un tas de marques alternatives comme Sunshine, Ztto, Meroca, Wuzei ou Goldix (qui proposent d’autres étagements légers, notamment un 11-32). Je ne sais pas si toutes ces fabrications passent par le même contrôle qualité, mais elles semblent bien produites par les mêmes machines. Pour une quarantaine d’euros, c’est plutôt une bonne affaire.

Cependant, il y a un piège ! L’empreinte recevant l’outil pour extraire la cassette n’est pas au standard Shimano. Ainsi le profil des cannelures est toujours arrondi (en haut sur la photo)…  La différence est minime, mais il faut le rendre plus anguleux (en bas sur la photo) pour qu’il devienne standard. Rien d’insurmontable avec une lime toute fine, deux minutes et un peu de soin suffisent.

Plus compliqué à comprendre ; sur un exemplaire, la chaîne avait du mal à redescendre du 3ème au second pignon – juste sur le grand plateau et pas avec toutes les chaînes – ce qui était aussi agaçant qu’étrange. J’ai donc démonté la cassette pour voir ça de plus près, et au revers du 3ème pignon, j’ai découvert cette bavure. Suite à un défaut d’emboutissage du pignon, le creux des dents a dû être rectifié grossièrement (on voit les traces, flèche verte) par la lime d’un ouvrier chinois, en négligeant le sommet (flèche rouge). Un coup de lime supplémentaire – le mien – et tout est rentré dans l’ordre, la chaîne n’a plus raccroché. Moralité même sans être dentiste, inspectez bien vos dents avant de monter ce type de cassette, cette petite attention en vaut la peine !

Pour résumer :

Ces groupes sont tout à fait recommandables, même en usage intensif. Voici un petit tableau pour ne pas se perdre dans les modèles et savoir ce qui existe, car si toutes les manettes sont disponibles, le reste pas forcément… ou pas forcément de bonne qualité ! Pour se simplifier la vie et ne pas aller chercher à droite à gauche, l’EMPIRE est le seul groupe complet. Dans cet article, le résultat de mon test longue durée sur 5000km.


LeviersDérailleur avantDérailleur arrièreCassette
IGNITE2x9v
ancien tirage 9/10v Shimano
ouipas recommandétoute 9v compatible Shimano/Sram
`PHI2x10v
ancien tirage 10v Shimano
ouipas recommandétoute 10v compatible Shimano/Sram
QUANTUM2x10v
tirage actuel 10/11v Shimano
n'existe pas
(ou `PHI)
n'existe pastoute 10v compatible Shimano/Sram
TEAM PRO2x11v
tirage 11v Shimano
n'existe pas
(ou EMPIRE)
n'existe pasoui 11-28 (et disponible sous d'autres marques)
EMPIRE2x11v
tirage 11v Sram
ouiouioui 11-28 (et disponible sous d'autres marques)

 

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