Essai des chambres à air latex Vittoria Competition

Share Button

Après avoir testé il y a un bon moment déjà, une paire de chambres à air en latex,  je m’étais dit : plus jamais ça ! Entre les regonflages tous les deux jours et les crevaisons à répétition par pincement – les uns devant sans doute favoriser les autres – j’ai vite fait abandonné ces saloperies de boudins Michelin verdâtres. Mais quand même, dans l’absolu le latex est pourtant une bonne idée – à la base – pour fabriquer des chambres à air de vélo. Vous pouvez en faire l’expérience avec un simple gant (en vrai latex, hein, pas en vinyle ou en mélange de n’importe quoi) : vous le gonflez bien à la bouche (ça fait de beaux pis de vache transgénique ou une crête de coq assez sympa, mais on s’en fout) puis vous le percez à l’aiguille. Résultat, votre « ballon » n’explose pas et ne fuit pas non plus. En effet, la paroi du latex se resserre autour du trou, et on n’en parle plus, c’est étanche. Magique ! Plutôt pas mal pour éviter les crevaisons lentes, même s’il n’y a pas de miracles à attendre d’une passoire ou d’un trou d’un kilomètre de diamètre…

Gonflage et confort :

Deuxième vertu du latex : le confort. Bon franchement, là, il faut relativiser un peu ; et je ne vous parle même pas de la prétendue plus faible résistance au roulement, qui me laisse franchement perplexe et tient surtout de l’argument marketing ! Bon, si vous y tenez, parlons-en deux minutes… Pour rester logique, c’est le pneu en contact avec la route qui fait la résistance au roulement ; que la chambre plaquée dedans soit d’une matière ou d’une autre… ouais, bof ! Le latex, plus souple, devrait au contraire davantage faire accrocher le pneu à la route là ou un truc plus raide rebondira comme un ballon de basket et vous fera « survoler » les minuscules aspérités. C’est le même principe qu’avec les amortisseurs. Demandez à votre garagiste, à Midas ou à un chat blanc qui passe par là : en bon état, ils plaquent les roues au sol ; et usés, la distance de freinage sera plus longue car les roues n’accrochent pas au sol (tendance à dribbler à cause des amortisseurs usés qui font juste ressort).

Bref, de manière objective, une chambre en latex est beaucoup plus souple qu’un truc noir ordinaire en butyle. Rien à voir, et ça se vérifie facilement tant le toucher façon vieux chiffon est assez déconcertant au départ. Cette souplesse, cette mollesse même, va nous servir pour les astuces que je vais vous donner après ; patience, ça vient. Mais cette souplesse, si vous gonflez votre pneu à 9kg de pression, elle ne pourra pas s’exprimer ; quelle que soit la chambre, gonflée à bloc elle restera dure comme du bois ! Par contre, en gonflant juste ce qu’il faut – en se fichant pas mal du manomètre – le confort sera au rendez-vous. La bonne pression sur route, vous l’avez au bout des doigts : il faut que le pneu s’enfonce juste d’un bon millimètre en essayant de l’écraser contre la jante (le pouce sur le pneu et 2 doigts sur la jante) tout en restant souple au niveau des flancs (s’ils ne bougent pas, c’est trop gonflé).

Soyons clair, il y a aussi une part de mythe dans tout ça. Avec un pneu de route normal – l’incontournable 700x23c – le gain n’est pas flagrant du tout ! Avec une section plus large, même un « petit » 650B – en 32mm – la différence se fait bien sentir, même en longue distance ; les gros grains du bitume se font cajoleurs… À condition que le pneu soit souple à la base, comme un Hutchinson Top Slick ou un Schwalbe Kojak ; avec un Marathon ou une autre horreur renforcée, il n’y a pas de miracle à en attendre !

Les modèles testés :

Après ma mauvaise expérience des chambres Michelin – qui se sont peut-être améliorées depuis, mais si je voulais consacrer de l’argent aux jeux de hasard j’irai jouer au Loto ! – je tente les Vittoria Competition Latex.

Tout d’abord, sur la boîte la mention latex est plutôt discrète. Cherchez pas, c’est écrit tout en bas. On pourrait facilement passer à côté et les prendre pour des chambres ordinaires. Une fois déballées, elles sont plutôt sympas dans leurs robes rose pastel, non ? Presque un p’tit air des chambres de jadis, celles en orange marronnasse qu’on pouvait truffer d’une cinquantaine de rustines – vraiment – sans qu’elles ne fuient pour autant ! Bon, après tout, la couleur on s’en fout un peu. Pour gonfler la bestiole, la valve est montée sur une tige – laquée noire et affichant la marque Vittoria, détail classieux – assez longue pour s’accommoder des jantes profilées… Et dans le cas où ça ne serait pas encore assez long, la valve est démontable. Sur jantes basses, au contraire, elle devient disgracieuse au bout de sa tige proéminente – et sur une roue « vintage », la finition noire n’est pas très heureuse – mais on ne peut pas tout avoir. La base de la valve est raccordée de manière robuste à la chambre, là aussi rien à redire ; par contre, l’endroit où le boudin se referme sur lui-même semble plus donner dans l’amateurisme qu’autre chose. Bon, ça dépend peut-être de la dextérité de l’opérateur en Thaïlande ; en tout cas c’est assez moche, mais c’est étanche !

Le sujet qui fâche – car il en faut bien un – est celui des tailles proposées. En 700C (ou en 29″) on couvre bien toutes les sections de pneus du 19 au 58mm. Pas de problème. En 26″, le principal est pourvu de 1.7″ à 2.3″… Pour le reste, bah en fait y’a pas ! Rien en 650 notamment ; ni B, ni C. La gamme est donc plutôt réduite. Dommage pour ces bons produits, car à rouler – gonflé comme je l’indique plus haut – le confort est au rendez-vous, sans pincement de chambre ; et la pression tient facilement la semaine – ce qui est déjà très bien pour du latex – de quoi affronter un long brevet sans se soucier d’avoir à regonfler en cours de route.

Dans un monde idéal, et pour le prix de ces chambres, on serait en droit d’attendre un minimum de test qualité… Hé bien non ! Regardez ces deux chambres. Pas de problème pour celle de droite, qui prend une section ventrue et harmonieuse. Pas de problème, elle se comporte comme toute chambre normale, même une saloperie merde in China y arrive sans problème. Pour celle de gauche, par contre, voilà une belle hernie qui se produit avant d’être arrivée à sa section d’usage. Normal, une chambre n’est pas faite pour être gonflée hors du pneu me direz-vous. OK, mais quand même ! Ce qui est choquant est la différence d’épaisseur. Le latex devient translucide à cet endroit… Il n’y a pas franchement épais de matière ; mais surtout, la pression est très basse puisque le reste du boudin ne fait que 22mm de section, ce qui est quand même petit pour une chambre prévue pour être logée dans un pneu de 25 à 28mm ! Bref, ça n’inspire pas vraiment confiance. Alors, à la poubelle ou pour l’avant ? C’est à vous de voir, mais n’allez pas me mettre ce genre d’horreur à l’arrière…

Astuces et adaptations :

Attention, ce qui suit n’est valable que pour les chambres en latex, en raison de leur grande souplesse.

  • En largeur, le plus peut le moins

En montant une section de chambre supérieure à celle du pneu, les pores du latex sont plus serrés et les parois plus épaisses, la chambre est donc moins sensible aux crevaisons et à la perte de pression naturelle (car moins distendue). C’est le même principe qu’en gonflant un ballon de baudruche : plus il sera gonflé et plus il deviendra gros, et surtout ; plus son enveloppe deviendra transparente et fragile… jusqu’à éclater ! À l’inverse, à peine gonflé, vous pouvez le malaxer dans tous les sens sans craindre qu’il n’explose.

Voilà pourquoi je préfère prendre une chambre 700C de 25-28 pour y monter un pneu de 23mm. Ok, mais comment faire pour que ça rentre, et sans risquer de  pincer la chambre au montage ? D’abord, il faut gonfler la chambre simplement à la bouche. Elle prend une forme de cerceau sans être distendue. Monter un côté du pneu, faire passer la valve dans la jante et loger la chambre dans le pneu. Jusque-là, classique. En poussant sur toute la périphérie du pneu, asseoir la chambre dans la jante. En écartant légèrement le flanc du pneu, s’assurer que la chambre repose bien tout le tour au creux de la jante. Il reste à monter l’autre face du pneu sans que la chambre ne ressorte du creux de la jante. Vu la souplesse de la chambre, le montage final se fait sans dégonfler ni démonte-pneus ; vos deux pouces suffisent ! Pour éviter tout souci de plissement de la chambre autour de la zone de la valve, penser à tirer sur la tige de la valve pendant tout le gonflage.

À l’inverse, ne jamais monter une chambre de plus petite largeur maximale que la largeur du pneu. Vous pensez bien que si la même chambre pouvait s’adapter à toutes les sections de pneus, les fabricants en auraient fait un argument commercial ; il y a un réel risque d’éclatement à l’usage (surtout en descente de col les mains sur les freins). Pensez au ballon de baudruche trop gonflé !

  • En longueur, le moins peut le plus

En gonflant une chambre en dehors du pneu, vous avez sûrement remarqué que sa circonférence augmente rapidement. Plus vite que sa section. On peut donc par exemple équiper une randonneuse en 650B (27.5″, pneus de 32 ou 35mm) avec une chambre de 26″ 1.7″-2.3″ (soit 43 à 58mm de large). La chambre a donc là aussi une section plus grande que celle du pneu, ce qui nous renvoie au cas ci-dessus et à ses avantages. Le diamètre est par contre un peu court, même si concrètement la différence n’est pas monstrueuse. Pour le montage – même procédure que dans le cas précédent – il faudra donc gonfler un peu plus la chambre (pour que son diamètre augmente et pouvoir la monter facilement dans le creux de la jante sans tirer dessus) puis dégonfler un peu avant de monter la deuxième face du pneu. Comme la chambre est beaucoup moins contrainte en diamètre (ici pneu de 32 pour une chambre prévue au minimum pour du 43mm) cela compense l’allongement du diamètre. Ceci dit, tout a ses limites ; n’allez pas essayer de monter une chambre en 26″ sur du 29″. Même si vous arrivez à la rentrer aux forceps, elle aura toutes les chances d’éclater à l’usage.

À l’inverse, ne jamais monter une chambre de plus grand diamètre que celui de la jante, même s’il y a peu d’écart. Il y aura forcément un pli à un endroit… qui à l’usage finira par découper la chambre par frottement au niveau de la pliure, en provoquant une belle crevaison !

Share Button