Convertir un moyeu Shimano à cassette de 7 à 8, 9, 10 ou 11v

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Avec la banalisation des groupes 11 vitesses, les moyeux vintage à cassettes courtes (31mm utiles) ont pris un sacré coup de vieux… Il y a un gouffre de 7 à 11 vitesses ! Alors, faut-il jeter ces roues encore fonctionnelles, mais devenues ringardes à cause de quelques pignons ? Faut-il les rerayonner avec un nouveau moyeu, subir le casse-tête de la longueur des rayons et du coup de main à avoir pour ne pas se retrouver avec quelque chose qui tourne comme une patate ? Non, il y a plus simple et plus économique.

On peut réduire ce fossé technologique en adaptant – facilement – un corps de roue libre de 35mm de long qui permet le montage des cassettes de 8 à 10 vitesses ; et patience, en fin d’article on verra même comment arriver à loger directement 11 vitesses ! En exemple, cet ancien moyeu prévu pour recevoir une cassette Uniglide peut être mis à jour ; si, si, voyons ça…

Quelles roues sont concernées ?

La plupart des roues vintage ayant un moyeu Shimano à cassette possèdent une étoile à 10 grosses cannelures pour assurer l’emboîtement du corps de roue libre. Actuellement, de nombreux modèles possèdent davantage de cannelures (plus petites) ou sont de construction différente ; on ne peut donc pas s’en servir pour notre transformation en 10 ou 11 vitesses.

Dans tous les cas, on ne peut connaître le type avec certitude qu’en démontant le mécanisme, mais l’étoile à 10 cannelures est présente dans la très grosse majorité des moyeux anciens à cassettes. Attention, ceux de la gamme Silent Clutch – bien que vintage – ont un système d’assemblage totalement différent. Ils ne conviennent donc pas pour cette conversion !

Reste un problème assez évident : la longueur de l’axe. On verra comment le contourner, sauf pour les roues à axes creux les plus anciennes – présentant un entraxe de 122 ou 124mm – où il faudra remplacer l’axe, pas le choix.

Pour finir, dans tous les cas et pour bien faire les choses, il faudra ajuster le centrage de la roue : tendre progressivement les rayons côté corps de roue libre, et détendre ceux à l’opposé. Rien d’insurmontable en étant un minimum soigneux.

Voilà pour le menu, c’est parti !

La procédure :

  1. Il faut tout d’abord retirer l’axe de roue, en commençant par dévisser un écrou et libérer le cône d’un côté.
  2. Retirer les billes sans en perdre. Il y a habituellement 9 billes de 6,35mm (ou 1/4″) sur les moyeux Shimano avec ce type de corps de roue libre.
  3. Sortir l’axe sans perdre de billes de l’autre côté (9 autres billes de 6,35mm).
  4. En regardant au fond du corps de roue libre, on aperçoit maintenant une empreinte creuse à 12 pans.

Avec une clé BTR de 10mm bien positionnée au fond, le corps de roue libre se dévisse sans problème (dans le sens habituel : antihoraire).

  1. Fin du démontage, jusque-là c’est très facile. On nettoie bien le tout avant de passer au remontage… à condition d’avoir un corps de roue libre long (35mm utile) qui est le même de 8 à 10 vitesses. Une multitude de modèles et de versions existent pour la même fonctionnalité. Les différences se situent au niveau du poids, et de la présence ou non d’un joint à lèvre pour protéger le cône. Voici quelques exemples :

Sur la photo, emballés, les modèles Y4DV98110 et Y4SK98070 pour les roues RS10 et R501 ; et déballé, un modèle plus ancien pour moyeu RM40 (ref. Y3SL98030) qui même s’il est bas de gamme, fonctionne également. On peut aussi se fournir du côté des VTT modernes, avec par exemple le Y3SW98050 qui est un corps pour moyeu Deore.Ainsi, beaucoup de corps de roues libres conviennent, à condition de respecter l’empreinte du moyeu en forme de marguerite à 10 pétales. Certains corps sont vendus avec une rondelle. S’il n’y en avait pas au départ sur le moyeu, on ne l’utilisera pas ! Certains sont vendus avec une entretoise (comme celle que l’on a dévissée à la clé BTR). C’est mieux de l’avoir, car elle est plus longue de 3mm sur les modèles de 8 à 10 vitesses. On peut la trouver séparément sous la référence Y3BL03000. Au pire, mais je ne le conseille pas, on peut remonter l’entretoise courte en la sécurisant avec du frein filet (type Loctite 243) mais en gardant à l’esprit qu’une certaine fragilité – théorique, je n’ai rien réussi à massacrer – peut en découler pour un cycliste puissant, une utilisation fréquente en danseuse et/ou sur des parcours défoncés… À vous de voir !

  1. On présente donc l’entretoise au centre du corps de roue libre, et on revisse le tout, fermement, avec la clé BTR de 10mm.
  2. Se pose maintenant la question de l’axe. Hé oui, c’est bien beau de faire de la place pour la cassette, mais l’axe, lui ne rallonge pas ! Il faut avoir à l’esprit deux choses :
      • Le changement du corps de roue libre augmente automatiquement l’entraxe.
      • Cette situation est normale, puisque l’entraxe standard des cadres de route a évolué avec le nombre de pignons, passant de 126mm (pour 7v) à 130 (à partir de 8v).

Donc, en pratique :

      • En VTT, l’entraxe classique de 135mm était déjà présent en 7v. Donc pour ne pas se retrouver trop large, il suffit de supprimer rondelle(s) et/ou entretoise(s) principalement du côté gauche, pour compenser l’élargissement du corps de roue libre.
      • Dans le cas d’un axe plein, comme au départ il dépassait déjà des écrous… maintenant il dépassera un peu moins ! Pas de problème, donc.
      • Si l’axe est creux, avec classiquement un entraxe routier de 126mm pour 7v, il faut jouer avec les entretoises ou rondelles (comme en VTT) pour arriver à 128mm, pas plus. Ce compromis permet de conserver l’axe d’origine. Ainsi, sur un cadre en acier, il reste suffisamment de portée solide sur les pattes : on ne perd qu’1mm de chaque côté. Mettre en place la roue ne demande alors pas beaucoup de contraintes en flexion sur la partie arrière du cadre, et ne pose pas franchement de problème pour verrouiller le serrage rapide… Autre solution plus élégante mais plus coûteuse : monter un axe plus long, directement prévu pour un entraxe de 130 !
      • Pour les roues les plus anciennes, présentant un entraxe de 122mm – cas hypothétique, je n’en ai pas encore vu en cassettes Shimano – il faudra bien entendu remplacer l’axe ; pas le choix !
  1. La question de l’axe étant réglée, dans tous les cas il faut modifier la composition (ajouter, supprimer, déplacer) des rondelles et/ou entretoises équipant l’axe. Pour deux raisons : le corps de roue libre étant plus large de 4mm, l’entraxe final de l’axe réassemblé (si on ne change rien dans sa composition) sera aussi plus large de 4mm ; ensuite, à droite, le bord du corps de roue libre par rapport à l’extrémité de l’axe est passé d’environ 8mm pour les 7 vitesses, à 5 ou 5,5mm pour les 8 à 10v (si on ne change rien, la cassette sera trop déportée vers le centre du cadre). En résumé, c’est la partie la plus délicate de cette transformation, et il n’y a pas de règles ! Tout dépend de l’entraxe de départ, de celui souhaité à l’arrivée, de la composition et de l’emplacement des rondelles et entretoises sur l’axe à l’origine. Bref, beaucoup de paramètres, mais avec un peu de logique – et éventuellement quelques tâtonnements – rien d’insurmontable.

  1. On remet les billes du côté corps de roue libre. S’il est neuf, le chemin de billes est graissé en sortie d’usine. Une fois les billes en place, un peu de graisse supplémentaire ne fait pas de mal, Shimano ayant tendance à ne pas être trop généreux de ce point de vue là.
  1. Présenter l’axe avec la composition – du cône à l’écrou – corrigée en largeur (comme expliqué à l’étape 7).
  2. De l’autre côté, l’axe ressortant un peu, remettre les billes en place, plaquées en périphérie du chemin de billes graissé.
  3. Remboîter l’axe complètement et replacer cône, entretoise(s) et écrou.
  4. Contrôler l’écartement et vérifier la symétrie de l’axe par rapport aux extrémités. Corriger au besoin.
  5. Régler le jeu aux billes. Le réglage est correct quand on sent les roulements raccrocher un peu ; à peine, pas trop ! Un très léger manque de fluidité est toujours préférable – avec des cônes d’occasion l’usure sera forcément irrégulière – à un réglage trop libre, même de très peu, qui sera vite destructif pour les cônes et pistes de roulements. À condition de bien savoir le régler, le système cônes/cuvettes est très fiable et durable.
  6. La composition de l’axe ayant changé, le centrage latéral de la roue est à ajuster. L’écart est en fait moins important qu’il y paraît, car il n’y a que la moitié du décentrement à rattraper. Avec une clé à rayons, procéder 1/2 tour par 1/2 tour sur tous les rayons de la roue et en sens contraire selon le côté du moyeu : serrer les rayons du côté où il y a trop d’espace (flèches vertes), les desserrer où il n’y en a pas assez (flèches orange). La jante retrouvera une place correcte… avec un peu de soin et de patience.

Et voilà le résultat : un moyeu passé de 7 à 10 vitesses, comme si ça avait toujours été le cas !

Et pour avoir 11 vitesses ?

La conversion est plus compliquée car les corps de roues libres 11 vitesses n’ont pas le même système d’emboîtement sur le moyeu. Cependant, il y a une exception, celui qui est monté sur les roues RS11, RS21 ou RS31 (à droite sur la photo) respecte la forme en marguerite à 10 pétales des moyeux 7 vitesses. Ce corps (référence Y49V98040) de 37mm utiles permet le montage des cassettes 11 vitesses. L’axe, fourni avec le corps de roue libre, est lui aussi plus long, mesurant 40mm. Le principe de la transformation reste identique.

En résumé, sur la photo précédente, de gauche à droite :

  • Un corps de roue libre 7v : 31mm de long avec son axe de 34mm (notez ici le double filetage, l’extérieur permettant de monter les anciennes cassettes Uniglide).
  • Un corps de roue libre standard pour 8 à 10v : 35mm de long avec son axe de 37mm.
  • Le corps spécifique des roues RS21 : 11v de 37mm de long avec un axe de 40mm.
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