Osez les ligatures pour vos roues !

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Les ligatures de roues, vous connaissez, ces espèces petits bricolages entortillés aux croisements des rayons ?

Je vous vois venir : c’est un truc de vieux, c’est moche, c’est pour les cyclotouristes, ça ne sert à rien…

Bah oui, et alors ? Voyons chaque argument un pas un :

  • Les anciens avaient souvent des idées pragmatiques et réfléchies…Du bon sens, quoi ; loin du marketing féroce et de l’ultra-light qui font qu’un vélo tout neuf sera obsolète en quelques années.
  • Bien fait, ce n’est si moche que ça !
  • Un cyclotouriste digne de ce nom préfère être peinard avec son matériel, quand il est loin de chez lui ! Normalement, il accorde de l’importance à la fiabilité, ce n’est pas par hasard.
  • Ça ne sert à rien… Justement c’est le genre de choses simples qui empêchent de gros problèmes. Donc comme on est tranquille, on ne peut pas savoir si les soucis seraient arrivés sinon… Preuve d’efficacité ou au contraire d’inefficacité, selon les points de vue !

Pour quel intérêt ?

En fait ils sont au nombre de trois :

  1. Si un rayon casse, il ne va pas aller vadrouiller partout, ravager la peinture, la résine ou le carbone de votre beau vélo, se coincer dans la chaîne ou dans le dérailleur, ni produire tout autre scénario catastrophe pouvant vous amener jusqu’à la chute.
  2. Ils rendent la roue plus rigide latéralement avec une tension des rayons raisonnable. À rigidité latérale égale, la roue conserve donc une certaine souplesse verticale, les rayons étant moins tendus. Au contraire, à tension des rayons égale, la roue ligaturée transmet plus de puissance et de nervosité (dans mon cas, cela reste purement théorique !)
  3. Ils empêchent la casse des rayons, surtout du côté tête, par la grande rigidité vers le moyeu (du côté filetage, cela peut toujours arriver…)

En pratique :

LigaturesIl s’agit d’entortiller un fil au croisement de deux rayons, et de nouer le tout.  Il ne faut pas en faire trop, ça n’apporte rien de plus et c’est moche (photo de gauche). Environ 8 tours suffisent (photo de droite).

  • La méthode traditionnelle consiste à enrouler plusieurs tours de fil métallique fin au croisement des rayons, puis de le nouer… ou mieux de le souder (certains le fond avec une goutte de colle instantanée type Cyanolite… totalement inefficace). Acier, laiton ou cuivre, au choix ! Mais pour pouvoir le souder, il vous faut un fer à souder et de la soudure à l’étain avec décapant incorporé. Ce matériel est facile à trouver dans toutes les boutiques d’électronique.

Privilégier une puissance de fer de 40w et une panne – le bout du fer qui sert justement à souder – assez large, pas pointue. Le plus facile est de prendre du fil de cuivre, très facile à souder, mais trop tendre dans la durée. À l’inverse, il faut avoir le coup de main  pour bien souder le fil de fer, même si le galvanisé ou l’étamé se soude mieux que le fil de fer ou d’acier brut. Le fil de laiton est donc le meilleur choix : résistant et bonne soudabilité… Mais la soudure à l’étain reste tendre, donc les ligatures sont à surveiller de temps en temps, d’où ma méthode sans entretien juste après :

  • Titan_LigaturesMa méthode indestructible, que je ne trouve pas si inesthétique (surtout avec des rayons inox) consiste à prendre du gros fil de pêche, et de faire un double nœud normal (car je suis nul en nœuds marins !) bien serré.

Ensuite, je mets la roue bien à plat, et je noie chaque nœud sous une petite goutte de colle de type Araldite, industrielle de préférence (pas la rapide du supermarché). Si vous avez mis la juste quantité de colle, elle va rester accrochée à la ligature le temps que le tout sèche… Si vous en avez trop mis, tout va goutter par terre !

Avant d’aller rouler, prenez le temps de laisser sécher tranquillement quelques jours pour ne pas cisailler la colle, qui n’est pas encore au maximum de sa solidité à cœur.

Le test à l’épreuve de la route :

Randonneuse650B_LigatureAvec le temps, la colle peut s’opacifier, comme sur cette photo. C’est un peu plus moche, mais la solidité n’est pas altérée.

Sur un vélo, je suis un poissard, je ne le vous cacherais pas… Et si vous suivez mes récits, il serait difficile de vous le cacher ! Dans toute ma vie de cycliste, j’en ai cassé du rayon… Jusqu’à sept à l’arrière sur une vadrouille (avec une roue à 36 rayons quand même) à l’époque de ma jeunesse insouciante de cyclo-campeur… mais ça, c’était avant les ligatures !

Depuis, je n’ai cassé aucun rayon ligaturé, jamais… Mais comme j’aime les rayonnages droits, j’ai continué à en casser, et parfois de manière assez épique ou tragique, comme sur la Ronde Aliénor d’Aquitaine, le BRM 1000 d’Angers, ou encore le 1000 du Sud… Mais mes ligatures n’ont jamais été prises en défaut, et elles ont toujours su protéger mes rayons noués. Je n’ai connu que des ruptures de rayons droits, j’insiste ! Donc pour moi, les ligatures apportent incontestablement solidité, fiabilité et sécurité à une roue, et ça ne se discute pas. C’est indispensable, point !

Et les inconvénients ?

Finissons par le sujet qui fâche… et bien non, car il n’y a aucun inconvénient, mais en cherchant bien, on peut en trouver (de mauvaise foi) :

  • Alourdit chaque roue de un ou deux grammes !
  • Est inapplicable aux rayonnages tangentiels très à la mode (rayonnage droit sans croisement de rayons) !
  • Si jamais un rayon venait à casser, rompre la ligature sur le bord de la route n’est pas forcément simple (surtout si elles sont bien faites !)… Mais avec une casse côté tête de rayon, autant le laisser en place, la ligature fait son travail ; et avec une rupture côté filetage, vous pouvez toujours vous tranquilliser en enroulant le rayon cassé grossièrement autour d’un autre, et vous le retirerez une fois rentré !
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