BCN et BPF : Roussillon – 66 Pyrénées-Orientales

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Kilomètres réalisés : 25015
Provinces BPF validées : 31 / 36
Départements BCN validés : 82 / 91

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Petite province ce Roussillon, avec son unique département. Pas si petit pour autant avec ses 540km, et pas si plat non plus avec ses 23 cols ; mais bon, c’est le dernier bout des Pyrénées qu’on va visiter. Dans un art consommé du sadisme, le Comité Départemental a installé la plupart de ses contrôles dans des culs-de-sac d’altitude desservis seulement par des grands axes à bagnoles. Du coup ce circuit ne ressemble à rien, on ne peut pas boucler, même difficilement, et on est obligé de revenir largement sur ses pas à chaque fois. Clou du spectacle, le pointage de l’abbaye de St-Martin du Canigou n’est accessible qu’au terme d’une longue montée ingrate sur un sentier piétonnier abrupt aux lacets très courts et incessants, quasiment impossibles à gravir et plutôt dangereux à la descente… où un vélo n’a rien à faire sur un tel chemin de croix, pour rester dans le domaine spirituel ! Pour finir, point de vue paysages si vous faites ce département pyrénéen après celui de l’Ariège, vous risquez d’être déçu. Ici la monotonie est viticole et forestière, bien qu’au passage on va grimper vers 23 sommets :

  • le Col des Auzines (606 m)
  • le Col de la Croix de Fer (642 m)
  • le Col del Mas (554 m)
  • le Coll de Segas (380 m)
  • le Col Campérié (523 m)
  • le Col de Quillane (1713 m)
  • le Col de Fau (1635 m)
  • le Port de Llo (1579 m)
  • le Col de la Perche (1581 m)
  • le Col Saint-Eusèbe (795 m)
  • le Col de Ternère (233 m)
  • le Col Fourtou (646 m)
  • le Col del Fang (665 m)
  • le Col del Ram (668 m)
  • le Col Xatard (752 m)
  • le Col de las Portas (77 m)
  • le Col du Père Carnère (67 m)
  • le Col de Llagastèra (256 m)
  • le Col des Gascons (386 m)
  • le Col de Mollo (231 m)
  • le Col de la Ruine (265 m)
  • le Col de Cassagne (225 m)
  • le Col d’en Calbo (163 m)

Ne vous fiez pas aux altitudes annoncées, même si ce circuit semble de difficulté raisonnable et n’est pas à proprement parler un parcours montagnard, il en a néanmoins le dénivelé. La première partie, jusqu’au Col Xatard, concentre le plus gros des côtes… mais on montera bien plus haut en altitude, en dépassant les 2000m pour accéder au Lac des Bouillouses. Ces 150 premiers kilomètres seront assez exigeants. Bien plus loin, les huit derniers petits cols seront concentrés autour du dernier pointage de Cerbère. La plupart est située en remontant vers Perpignan par l’intérieur des terres, mais même dans le sens de la descente vers la frontière espagnole, la route de la corniche n’a déjà pas la platitude d’un bord de mer ordinaire.

Allez, c’est parti ! Départ nébuleux. Train de nuit bercé d’insomnie, le compartiment rempli d’une famille de futurs vacanciers sans gêne et surexcités. Je dois être l’homme invisible. Tristesse d’un monde qui n’accorde plus aucune place aux autres, où s’en foutre est devenu la norme, l’empathie un mot creux, un concept abstrait dont la théorie des bons sentiments est rattrapée par la réalité de l’individualisme ; pas grave, des gens ordinaires, quoi ! Après avoir fui cette compagnie délétère et le centre du monde – la gare de Perpignan selon Salvador Dalì – la route suit sur sa lancée les grands bouts droits urbanisés, puis la montagne se profile droit devant en sortant de Soler. En quittant l’Ille-sur-Têt, on quitte la platitude rectiligne et le chemin de Compostelle. La montagne se resserre tout autour et les stigmates des récents feux de forêts se font visibles, tristes, âcres de noirceur, d’une odeur piquante et sinistre. L’ocre de la terre et des feuillages roussis ne répond qu’aux troncs recouverts de ténèbres. En arrivant dans le Fenouillèdes, les incendies semblent s’être éloignés, le vert a réussi à ne pas céder trop de terrain. La montée assez facile d’une quinzaine de kilomètres vers le Col des Auzines – commencé depuis l’Ille-sur-Têt – se poursuit en passant par Montalba-le-Château. Le petit village clair se voit de loin, accroché à son monticule. La descente se fait ensuite par quelques paliers, et à l’approche du premier contrôle de Sournia, la route repart à la hausse dans une côte à 5 – 6%.

En repartant, la route continue à s’élever. On aperçoit en contrebas le chemin par lequel on est venu, serpentant dans le massif vert épargné du brasier. En montant vers le Col de la Croix de Fer – bien plus modeste que son célèbre homonyme alpin – le sommet se devine par la petite croix flanquée en haut de sa stèle un peu à l’écart de la route. On passe de nouveau par des petits villages – Prats-de-Sourmia, le Vivier – cramponnés en bordure de roche. La chaleur est écrasante en fin de matinée, dans ce début d’été dont la canicule semble éternelle. Le col suivant, celui de Del Mas, incognito, devient une évidence en basculant dans la descente vers Caudiès-de-Fenouillèdes, pour une petite incursion dans l’Aude. Je rejoins la vallée pour une douzaine de kilomètres sur les grands bouts droits que j’avais pris il y a un mois sur la fin de mes BCN / BPF du Languedoc ; arrivant à nouveau sans grand effort au Col de Campérié prolongé par sa descente agréable en pente douce. En chemin, à Lapradelle-Puilaurens, un point d’eau annoncé potable est accessible dans le village. Autant en profiter, ce sera quasiment le seul de tout ce circuit ! Après Axat, passé les Gorges de St-Georges – aussi grandioses qu’elles sont étroites, et à vrai dire angoissantes pour le claustrophobe que je suis – c’est parti pour une montée, inégale mais continue, de 55km pour se rapprocher du pointage du Lac des Bouillouses. Pas grand changement de route, pas grand changement de décor, lassitude, la forêt et rien d’autre. Passage ingrat et laborieux de ce circuit, une éternité ; ne pas y penser, surtout. Après un début facile s’élevant en faux plat, en approchant de Puyvalador le panorama s’ouvre brièvement sur un décor plus montagnard, avant que la vue ne se referme à nouveau sur la forêt… sans pour autant bénéficier d’ombre dans cet après-midi de fournaise. Les heures passent et la montée commencée depuis Axat mène au Col de Quillane… enfin ! C’est le moment se savourer cet instant. Une courte descente fait perdre 80m de dénivelé, puis s’établit un bon moment en faux plat avant de repartir à la hausse pour se hisser – sur des pourcentages très variables – au fond du cul-de-sac du Lac des Bouillouses, à plus de 2000m d’altitude. Le grondement du tonnerre accompagne toute l’approche comme un feuilleton à suspense. La foudre doit s’abattre dans la vallée d’à-côté, puis en voyant les taches d’humidité sur le bitume léopard, je comprends ma chance de grimpeur pitoyable qui m’a fait passer cette fois juste après l’orage… et pas en plein dedans !

Le panorama du lac d’altitude n’est pas franchement extraordinaire, l’étendue d’eau est juste la retenue d’un barrage électrique, la clôture de protection trouble la vue… le choix de ce lieu de pointage doit certainement beaucoup à son accès isolé et à son altitude, et pas à grand-chose d’autre, alors je repars dans la descente. Comme en montée, prudence avec les navettes de cars, et prudence avec les deux passages canadiens dont j’ai découvert le principe en Suisse lors de la TriRhena, sous le nom plus évocateur de bovi-stop. Alors que l’on peut franchir sans crainte les modèles Helvètes, je suis passé ici – sur les rouleaux particulièrement gros et espacés – plus en confiance à pied, le long de l’étroite marge bétonnée… À vous de voir si vous voulez y risquer vos roues, ou non ! Après avoir frôlé la citadelle de Mont-Louis, je marque un arrêt décrassage intégral aux toilettes publiques de Bloquère en début de soirée. Le Col de Fau n’est plus ni très loin ni très dur, et se cueille sur un terrain vallonné sans avoir vraiment ni perdu ni gagné beaucoup d’altitude depuis la descente du lac. Le jour décline et il est temps de prévoir un arrêt de quelques heures afin de ne pas arriver trop tôt au pointage suivant de Porté-Puymorens. C’est reparti en deuxième moitié de nuit, la descente s’installe en pente douce viroleuse. Passé Targasonne et jusqu’à Ur, les lumières de la vallée m’accompagnent au loin par intermittence ; peut-être celles de l’enclave espagnole de Llivia que je traverserai demain matin ? Peut-être pas. Après Enveitg la route remonte en faux plat, se transforme en douce montée après Latour-de-Carol, puis se raidit à Porta tandis que les montagnes émergent du ciel nocturne, préparant la venue de l’aube ; le contrôle n’est plus qu’à quelques kilomètres, le grand axe menant à Foix ou à Andorre – selon vos priorités ! – toujours désert à cette heure. J’attends un instant pour pouvoir pointer puis redémarre, demi-tour, au lever du jour.

Il suffit de se laisser glisser en sens inverse, en donnant un coup de pédale de temps en temps. Très agréable au petit matin, la route repasse par Carol avec ses tours – à ne pas confondre avec Latour-de-Carol 5km plus loin ! – dont les ruines, froides dans la lumière naturelle de l’aube, ont perdu leur âme sans l’éclairage public les faisant majestueusement émerger des ténèbres. La route descend jusqu’à Ur puis traverse en faux plat l’enclave espagnole de Llivia. Le retour en France se devine, mais n’est pas indiqué par un panneau frontière. Après être repassé devant la citadelle Vauban de Mont-Louis – par le sud cette fois – il suffit de se laisser glisser dans la très longue descente rapide et tortueuse menant à Villefranche-de-Conflent… en faisant perdre plus de 1000m d’altitude ! Moment contemplatif très plaisant malgré la circulation, et sans penser qu’il faudra regagner tout ce dénivelé. En obliquant après les fortifications du village, la route se met – enfin – à regrimper pour la petite dizaine de kilomètres permettant d’accéder au pointage de l’Abbaye Saint-Martin-du-Canigou. Dans le village de Casteil, il faut être attentif aux petits panneaux indiquant l’abbaye… qui n’est accessible qu’au terme d’une longue montée – 1,5km à 15% ! – sur un chemin piéton, qui sans son ciment grossier et ses lacets très courts et incessants, serait déjà quasiment impossible à gravir à vélo.

Arrivé en haut, demi-tour ! La récompense est d’avoir décroché ce contrôle pénible… et à mi-chemin, d’avoir déjà fait les 2/3 du dénivelé du parcours. Le plus dur est passé, à condition de rejoindre le village de Casteil sans finir dans le ravin à la descente au détour d’un étroit lacet… les voies du Bon Dieu étant impénétrables, la prudence profane ne coûte rien ! Pour ne pas reprendre la voie rapide et rejoindre Prades plus tranquillement, le circuit dévie en revenant à Vernet-les-Bains, remontant un peu jusqu’à Fillols. Plus loin, après une descente tortueuse, l’abbaye St-Michel de Cuxa a comme un air de déjà-vu avec sa grande tour… mais son accès est beaucoup plus sympathique ! Revenu à plat sur la grande route, la désolation d’un paysage lunaire dévoré par les flammes réapparaît aux alentours de Vinça. Le Col de Ternère passerait incognito sans sa pancarte, et après Bouleternère – en s’écartant du grand axe ramenant vers Perpignan – la route devient tranquille, totalement débarrassée de sa circulation. Sentiment d’étrangeté, de fin du monde, d’avancer seul au milieu de la nature calcinée en remontant doucement vers le Col Fourtou. Annoncé depuis une quinzaine de kilomètres, il commence laborieusement pour vraiment se mettre à grimper dans les derniers kilomètres. Les suivants se cueillent à l’horizontale : le Col Del Fang passant inaperçu, et le Col del Ram seulement trahi par un poteau en bois à son sommet. Seul le Col Xatard demande à remonter un peu dans ce trio facile. La route redescend ensuite par longs paliers – en passant par St-Marsal et sa sympathique épicerie – pour rejoindre Amélie-les-Bains. Il reste alors, après avoir traversé la petite station thermale, une vingtaine de kilomètres évoluant en faux plat – sauf à quelques moments vers la fin où il peut y avoir de franches montées – pour rejoindre le contrôle de Prats-de-Mollo-la-Preste.

Début de soirée, rien ne presse. Après un décrassage intégral aux toilettes publiques aux pieds des remparts, je flâne dans le village, de la cité fortifiée au Fort Lagarde. La curiosité est toujours une façon agréable de tuer le temps… qui est large jusqu’au pointage suivant. Les ténèbres prennent lentement possession des vieilles pierres et en repartant – demi-tour comme souvent dans les pointages culs-de-sac de ce circuit – il n’y a qu’à se laisser glisser jusqu’à Amélie-les-Bains, que je retrouve endormie au cœur de la nuit. Je chemine à plat en me rapprochant tranquillement du rivage méditerranéen, à l’écart de la grande route amenant à Argelès-sur-Mer alors que le soleil émerge paresseusement, gros disque rouge orangé. N’allez pas croire que rejoindre, et après en repartir, du dernier pointage de Cerbère soit une formalité. La route de la corniche est finalement assez vallonnée… et même assez tôt le matin, déjà envahie par la circulation automobile.

Après un dernier pointage – et un dernier cul-de-sac face à l’Espagne – demi-tour pour boucler cette boucle qui a plutôt la forme d’une araignée écrasée pour revenir au centre du monde, toujours selon Salvador Dalì : la gare de Perpignan ! Pour casser la monotonie et avoir un peu de calme en échappant au flot des bagnoles, je remonte – de Banyuls à Argelès – par une série de petits cols passant sur les hauteurs de l’intérieur des terres. Forcément, la route est plus vallonnée qu’à l’aller par le bord de mer, mais finalement pas tant que ça, en comptant le bénéfice de la tranquillité… bien que le chemin soit très étroit. Un peu après le Col de Mollo, la route redescend… définitivement cette fois. De retour à Argelès-sur-Mer vers midi, beaucoup de monde déambule en ville ou sur les plages. Fin juillet – trop – ensoleillé, comment pourrait-il en être autrement ? Plus rien ne presse, je profite d’un dernier décrassage aux toilettes publiques pour ne pas avoir à prendre le train trop dégueulasse ! La fin du circuit est maintenant totalement plate, remontant au nord à proximité du rivage jusqu’au Canet-en-Roussillon, avant de mettre le cap à l’ouest vers Perpignan, le tout principalement sur des pistes cyclables à l’écart de la circulation. Il règne comme un air de Far West sur les derniers kilomètres, non pas à cause de la chaleur écrasante sous laquelle on ne serait pas tellement surpris de voir surgir les cactus d’Arizona, mais ce sont plusieurs énormes éoliennes de ferraille façon vieux westerns qui se succèdent sur les ronds-points juste avant de terminer cette province… qui malgré sa brièveté n’a pas été la plus facile, et de loin !

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