BCN et BPF : Bourbonnais – 03 Allier

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Kilomètres réalisés : 9665
Provinces BPF validées : 16
Départements BCN validés : 35

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Le mois dernier, je m’étais baladé à travers le Vaucluse pour finir par grimper le Ventoux après avoir tourné un bon moment autour. Pour octobre, la prudence impose de prendre moins d’altitude, alors je vais visiter le Bourbonnais, que j’ai déjà traversé avec plaisir lors du cycle de mes Flèches de France. Cette province a deux visages : à l’ouest beaucoup de champs et surtout de prairies, à l’est le relief et les forêts abritent la Montagne Bourbonnaise. Avec ce qui ressemble à des monts tranquilles plus qu’à une réelle montagne, on pourrait imaginer une route au profil débonnaire… Mais pas tant que ça en fait, car même si le département de l’Allier peut être assez plat – mais globalement bien vallonné tout de même – se cache un côté plus rugueux, plus sauvage, surtout en allant aux confins sud-est comme je vous le propose sur ce circuit, histoire de pimenter la mi-parcours avec :

  • le Col de la Croix du Sud (763m)
  • le Col de la Rivière Noire (1005m)
  • le Col de la Loge des Gardes (1077m)
  • le Col du Beau Louis (824m)

Ainsi, vous verrez que la Montagne Bourbonnaise mérite son nom, et grimpe quand même un peu ! Pour les moins téméraires, je vous propose également une version plus plate, tout en passant quand même par les six pointages BCN / BPF obligatoires du département. Ce tracé ressemble davantage à un beau rectangle… Vous pourrez ainsi court-circuiter 60km – de Châtel-Montagne à Cusset – par la D25… en économisant 1400m de dénivelé, hé oui, mais en vous privant de jolis panoramas ! À vous de voir, le choix est entre vos mains…

Bon, alors point de vue météo des averses sont prévues pour toute ma promenade. Pas de chance, mais octobre est octobre, et il a bien le droit de n’en faire qu’à sa tête. Pas trop méchamment tout de même, vu que le temps ne sera pas vraiment froid, juste frais. 7h du mat’, nuit noire et humide, le ciel se maintient pour l’instant sur Paris. Mais le Bourbonnais est encore loin, à 2h30 de rails d’ici, après que l’aube ait gagné son combat quotidien sur les ténèbres. En s’en rapprochant, l’Allier semble lui aussi avoir gagné, en bleu, par petites touches ; un beau travail de noyautage sur le gris. La pluie ne sera donc pas là tout de suite… Qu’elle ne se presse surtout pas ! Je débarque à la gare de Moulins en milieu de matinée. Pas de miracle, avec les jours d’automne qui raccourcissent et la dizaine d’heures qui me restent avant la nuit, pas moyen de boucler ce circuit dans la journée, surtout en passant aux confins sud-est du département pour aller chasser tranquillement mes quatre petits cols prévus au programme. Je serai obligé d’arriver à Charroux en soirée, déjà dans l’obscurité, et d’attendre que l’aube réapparaisse pour pouvoir pointer et repartir pour la deuxième moitié de ce circuit. Deuxième moitié presque autant vallonnée que la première, mine de rien, donc pas de temps à perdre pour rejoindre Moulins et attraper mon train pour Paris vers la fin d’après-midi. Deuxième journée moins contemplative que la première, mais pas insurmontable.

C’est parti. Un mercredi en milieu de matinée. L’air est frais et humide. Ça se confirme : un temps d’octobre. Le petit vent, même pas là pour me contrarier, sent la terre mouillée. Je m’extrais très vite de Moulins, étant déjà à Yzeure sans m’en rendre compte ; puis après le château de Panloup, viennent vite la campagne, la prairie et les moutons. Départ pépère pour une étape plate. En passant par Montbeugny, je m’arrête devant la belle église bicolore – de pierre aux angles de briques – jolie dans le décor, joli aussi, le clocher dressé vers le ciel. Des nuages gris, bien compacts, en pelotes anthracites, commencent à se lever dans mon dos. La météo avait prévu un temps perturbé sur toute la journée, je sens que ça arrive, même si j’atteins le premier pointage de Saint-Pourçain sur Besbre encore sec. Le village est minuscule, agréable, sans vie sous le ciel prêt à fondre en averses. Je ne trouve que le bureau de Poste d’ouvert. Rien d’autre, presque rien tout court, vu la taille lilliputienne du bourg. La tenancière des lieux, en me voyant entrer, devine en moi le chasseur de tampon presque sans que j’aie à lui demander ! Nous discutons un bon moment, de la pluie et du beau temps. De la pluie surtout, vu que le beau temps a foutu le camp. De moins en moins de monde s’aventure par ici. Je suis le deuxième cycliste qu’elle voit depuis le début de l’année… Et comme nous sommes en octobre, cela semble mal barré pour un troisième ! Mauvaise année. (Je ne vais pas encore vous ressortir ma rengaine sur la rigidité du règlement des BCN / BPF que je trouve stupide ; ceci expliquant cela, mais bon…)

Je repars tranquille malgré la pluie aux fesses, de toute façon il n’y a rien à y faire. Comme disent nos amis anglais : il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements ! Après une première étape courte, plate et champêtre, j’oblique plein sud. Le terrain commence à se vallonner progressivement. Rien de méchant. De grands toboggans. En chemin vers Lapalisse, quelques citadelles guettent l’éternité, semées sur les hauteurs. Au loin, droit devant sous la pluie fine, des monts noirs apparaissent. La montagne se découvre, contraste ténébreux dans la grisaille, une ombre étalée se languissant, et c’est vers elle que je vais. En ville, le château du célèbre Monsieur connu pour ses vérités indiscutables – mais hélas moins pour son titre de Maréchal de France – domine les maisons hautes et étroites ; puis en quittant Lapalisse, je roule sur une portion du tracé historique de la mythique Nationale 7, devenue maintenant route assez déserte. La valse de l’oubli se danse à deux pas de la voie rapide. Arfeuilles se mérite par une longue montée. La première de ce circuit ; faisant gagner 150m de dénivelé. Le crachin s’épuise enfin. Je suis entré dans la Montagne Bourbonnaise, et je vais y rester un bon moment. Ainsi donc, je n’ai pas fini de grimper, et l’arrivée au contrôle de Châtel-Montagne – visible à travers le val à quelques kilomètres sur la colline d’en face – en est le hors-d’œuvre. Le village est désertique en tout début d’après-midi, un pointage par photo s’impose.

J’attaque maintenant le superflu, la gourmandise. Le panache réside souvent dans l’inutile. J’oblique à l’est, direction du Col de la Croix du Sud. Une vingtaine de kilomètres et tout de suite en sortie du village ça monte. La route est détrempée. Elle a dû voir la pluie juste avant mon passage. En passant par Charguéraud, je m’arrête cueillir quelques fruits jaunes duveteux, des petits coings ronds peut-être de la variété krymsk. Ils en ont l’odeur, le goût âpre, fermes mais parfaitement mangeables, sucrés avec une note d’ananas. Savoir se laisser surprendre, profiter de ce que la route réserve pour faire une pause dans la pente… mais il faut repartir, la Croix du Sud est encore loin. Je grimpe dans la forêt de pins et feuillus mêlés, sur une route en lacets qui me rappellent celles des Monts du Forez. Le décor, l’ambiance, la solitude sont semblables. Le silence aussi. Après avoir atteint l’altitude de 700m environ, la route semble ne plus s’élever. Sur une esplanade déserte, je passe devant le monument dédié au corps franc d’Alice Arteil. Cette petite bonne femme incroyable aurait-elle apprécié le chauvinisme de la gravure dorée mentionnant ses « 11 volontaires dont 3 Bourbonnais » en ne détaillant que le pedigree de ces trois derniers hommes ? J’ai comme un doute. Une légère brume prend le relais du crachin, puis j’entre faire une courte incursion en Saône-et-Loire pour finir de monter tout en douceur vers la Croix du Sud. Un alignement d’éoliennes tourne sur les crêtes, brassant presque les nuages du bout de leurs pâles. Effleurages renouvelés, intimes et timides, caresses lentes, tout se fait en douceur. Par les trouées dans la forêt, un vaste panorama s’ouvre sur la plaine en contrebas. Les villages apparaissent blancs, délavés, crayeux sous les rayons du soleil, alors qu’ici la pluie n’en finit pas de tomber par averses. L’ascension vers le Col de la Rivière Noire, avec son millier de mètres d’altitude, est courte et facile. Elle prolonge – sans avoir à en redescendre – la montée de la Croix du Sud. Puis j’arrive sur le Plateau de la Verrerie, où le fort vent en rafales m’envoie valdinguer dans les bas-côtés. Le souffle a au moins l’avantage de balayer les nuages et assécher momentanément le ciel. Me voilà de retour dans l’Allier pour atteindre le sommet du Col de la Loge des Gardes – avec sa portion finale à 8 % – alors que le crachin se remet à tomber. Je suis au point culminant de ce circuit, à près de 1100m d’altitude. J’ai maintenant le temps de récupérer en me laissant glisser dans les lacets vers Laprugne, perdant 500m de dénivelé. La Montagne Bourbonnaise est toujours là autour de moi, et mes tympans n’apprécient pas la baisse rapide d’altitude. Dépressurisés ! Dans le petit village de Laprugne, au pied d’une curieuse Marie dans son kiosque, mi-ombragée par une coupole, mi-encagée par des barreaux m’évoquant une vaste cage à oiseaux, je trouve un robinet. En telle proximité, l’eau ne peut être que bénéfique à mes bidons. En quittant le village, le panorama est gâché par la laide barre d’immeubles de la Cité Cordat, exemple d’urbanisme raté à tout point de vue, autant pour ce panorama sinon vierge de béton, que pour les acheteurs bernés de ces appartements de vacances miraculeux. Je suis en route vers le quatrième col de cet après-midi. Le dernier, celui du Beau Louis, encore un petit col facile. La route est toute tortueuse, un peu vallonnée, mais rien de bien méchant car globalement en descente jusqu’à Cusset et les bords de l’Allier. En cours de route, tandis que je profite de la belle déclivité menant à Arronnes, le décor du soir s’installe : pluie fine et pénombre. Comme prévu, pas moyen de pointer aujourd’hui à Charroux. Il me faudra improviser pour passer la nuit, au sec de préférence ! En passant par Beausoleil, ce qui est déjà curieux de nuit ; comble de l’ironie, le crachin se renforce. Vichy n’est pas loin. Être sous l’eau près d’une ville d’eau, quoi de plus normal ? Je tire des grands bouts droits à travers champs, toujours poursuivi par la pluie. Je m’arrête à Jenzat pour m’adosser dans un abri, juste à côté du moulin qui a perdu ses ailes. Patience. Je serai au moins au sec en attendant l’aube. Charroux n’est qu’à quelques kilomètres, sur sa petite butte.

Aucune trace de vie au petit matin, juste des traces de pluie. L’humidité et la lumière des réverbères tapissent les rues d’or. C’est l’heure de l’ouverture, 7h30 pile, et pourtant rien ne filtre de l’arrière-boutique de la boulangerie. Curieux. L’automne détrempé ne fait pas de lève-tôt ! Après le tour du village, toujours personne. Le petit bourg est charmant cette fin de nuit, s’il n’y avait pas ce crachin. Tant pis, je vais me poster au panneau d’entrée de Charroux pour faire ma photo de pointage. Les minutes passent, le jour peine à monter, indolent et ensommeillé, prisonnier de la grisaille. Je ne tarde pas trop. Même si j’ai définitivement quitté la Montagne Bourbonnaise, cette deuxième partie de parcours, vers l’ouest, est encore bien vallonnée et mon train m’attend vers la fin de l’après-midi. Le timing est serré. J’ai le temps de flâner un peu, mais pas de trop traîner, alors en route. J’accède à Naves par un beau raidillon à 9-10 %. Au p’tit déj’ j’attrape quelques coings dépassant sur la route ! Avec le retour du jour, le crachin s’épuise vite. Les nuages sont balayés en bords de ciel, formant une frange grise près de l’horizon. La journée s’annonce plus belle que celle d’hier. La route détrempée continue à remonter par strates, gagnant doucement de l’altitude. Je me retrouve à nouveau dans une forêt de sapins. Les arbres sont dégoulinants d’humidité, et moi ce matin, j’ai la goutte au nez. L’arrivée sur La Bosse, qui mérite bien son nom, est assez laborieuse. Après Échassières, je fais une courte incursion dans le Puy-de-Dôme pour rejoindre Lapeyrouse. Soudainement le bleu se fait grignoter par des nuages se regroupant droit devant. Une averse se prépare probablement, et se confirme en arrivant sur Commentry. En quittant Montluçon, la bonne saucée s’épuise. Quelques moutons gris restent suspendus pour le principe. Je pensais me perdre en ville, mais non, mon timing est toujours correct, mais sans trop de marge. Huriel n’est plus très loin, pour ce deuxième pointage en fin de matinée.

En quittant la ville, je remonte plein nord sur un profil de montagnes russes assez tranquille. L’asphalte est toujours râpeux – comme souvent sur ces routes du Bourbonnais – peu roulant avec ces gros grains retenant mes pneus fins. Une fois de plus, la fin des pluies en annonce une autre, la prochaine, et les nuages se regroupent à nouveau à la Chapelaude, où je m’arrête pour combler un petit creux avec un pâté aux pommes de terre, spécialité obligée des environs… qui tient bien au corps entre deux averses ! Après la belle église de pierres de Vallon-en-Sully, je fais un petit crochet par le département du Cher, cette fois. Le cours d’eau du même nom, faisant frontière avec l’Allier, apparaît comme une toute petite rivière, royaume tranquille et sauvage colonisé par les plantes aquatiques. À Épineuil-le-Fleuriel, je passe devant l’école du « Grand Meaulnes », siège du roman d’Alain Fournier, puis me voilà de retour dans l’Allier pour traverser la forêt de Tronçais et rejoindre Braize. Pour le jeu de mots, en octobre il n’y fait pas très chaud, mais la fin d’étape est proche. Saint-Bonnet-Tronçais est seulement à quelques kilomètres.

Vers la sortie du Village, un Colbert de tôle rappelle que l’Homme a été à l’origine de l’aménagement de la forêt. Après une dernière averse, je me dirige à l’est pour rejoindre Moulins. En chemin, j’ai à réaliser le dernier contrôle de Bourbon-l’Archambault. En attendant, le profil de la route est toujours vallonné, les toboggans sont plus longs et plus marqués, bref le retour du plat n’est pas pour tout de suite. Je me perds en traversant Cérilly, grimpant la totalité de la butte contre laquelle ce village est fixé tout en pente. Ma direction n’est pas indiquée. J’improvise dans le village et grignote un peu de l’avance dont je dispose pour prendre mon train. Une biche est arrêtée au milieu de la route. Elle me regarde arriver, intriguée par mon engin ne violant pas le silence. Qui observe qui ? J’hésite sur le côté à prendre, heureusement, puisqu’elle fait demi-tour d’une détente de sabots au lieu de poursuivre son chemin. Je passe devant la source de Saint-Pardoux, aux bâtiments à l’abandon. La fontaine d’en face est aussi stoppée, à sec, protégée par une grille de ferraille. Ça ne rigole pas, principe de précaution sans doute. Cette eau gazeuse fortement soufrée, et probablement radioactive, était naguère vendue en pharmacies pour ses vertus fortifiantes et digestives… Je croise un vieux bonhomme, bottes de caoutchouc aux pieds, mégot au bec, béret vissé sur le crâne, râteau à la main. Il en a sans doute bu de cette eau, et ne s’en porte pas plus mal. Il me salue comme tous les piétons rencontrés en campagne ont répondu à mon bonjour… Ce qui n’est pas le cas dans tous les départements. C’est assez réconfortant de voir des coins de France qui n’aient pas encore totalement cette méfiance envers l’« étranger » de passage. En approche de Bourbon-l’Archambault, je grimpe un beau raidillon à 9 % comme un dernier sursaut du relief. Dernier contrôle. J’entre dans la petite ville par les thermes.

Les six pointages du Bourbonnais sont maintenant bouclés. Il me reste à rejoindre Moulins par une route redevenue enfin – ou pas, peu importe – plate. Reste une petite vingtaine de kilomètres. Je marque un arrêt contemplatif devant l’église de Saint-Menoux, et y entre pour voir son débredinoire : sarcophage percé pour y passer la tête et la ressortir débarrassée de sa folie… mais franchement, je doute d’être reparti plus sain d’esprit ! Bientôt Moulins se découvre, de loin, étalée paresseusement autour des deux flèches de sa cathédrale… puis se détachent curieusement proches, deux autres flèches, celles de l’église du Sacré-Cœur, pourtant situé à l’autre bout du centre-ville. Il n’y a plus qu’à rejoindre la gare dans la circulation annonçant la fin de l’après-midi.

 

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