BCN et BPF : Dauphiné – 05 Hautes-Alpes & 26 Drôme & 38 Isère

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Kilomètres réalisés : 5910
Provinces BPF validées : 7
Départements BCN validés : 22

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Bon alors voilà, sous prétexte de faire d’un seul coup et au complet la province du Dauphiné, je vous propose ce circuit d’une pure gourmandise en termes de montées (avec ses 18500m de dénivelé pour 1100km) et aussi en termes de paysages. Les quelques portions inévitables de routes passantes sont vraiment réduites au minimum. J’ai réalisé ce parcours – pour une fois – comme un circuit de cyclo-camping itinérant, tout en voyageant à ma sauce : léger en ne conservant que l’essentiel ! Tout ce qui ne rentre pas sur le vélo est en trop… ou tient dans un tout petit sac à dos ; en fait, essentiellement la toile de tente !

Ce BCN-BPF du Dauphiné n’est pas ordinaire, et pas seulement à cause du relief. Il faut parfois pointer dans des endroits pas simples, des trucs compliqués à dénicher. Des lieux un peu perdus, voire à la limite de l’introuvable pour qui n’a pas préparé soigneusement son parcours. Celui que je vous propose va visiter les 18 pointages des trois départements : Hautes-Alpes, Drôme et Isère, en une seule sortie. Avec un peu de temps c’est franchement faisable, et – presque – franchement facile. Mais comme on n’est pas là non plus pour rigoler, je vous ferai passer par 33 cols. Si, si, ouvrez la bouche et dites 33… Pardon, je m’égare ! Alors si vous aimez les collectionner, les cols – qu’ils soient indiqués par un panneau sur la route ou juste répertoriés et agréés officiellement par le Club des Cent Cols – ce sera également l’occasion de faire une belle moisson, avec au menu :

Col du Lautaret 2057m
Col d’Izoard 2360m
Col de la Platrière 2220m
Le Collet 1390m
Col de l’Ange Gardien 1347m
Col de Manse 1268m
Col des Festreaux 1106m
Col de Saint-Julien 1295m
Col des Prés Salés 1554m
Col de l’Homme 1650m
Col de Rioupes 1429m
Col du Festre 1441m
Col Saint-Jean 1159m
Col de Macuègne 1068m
Col de Veaux 386m
Col de l’Homme 616m
Col Lescou 829m
Col du Geail 920m
Col de Pré Guittard 914m
Col de Prémol 964m
Collet de Maloir 523m
Le Collet 535m
Col de Rousset 1245m
Col de Saint-Alexis 1222m
Col de Proncel 1100m
Col de Carri 1202m
Col de la Machine 1011m
Col Gaudissart 889m
Col de la Madeleine 493m
Col des Croisettes 624m
Col de Porte 1326m
Col de Palaquit 1154m
Col de Vence 782m

Donc sur ce coup-là, la récolte promet d’être bonne. Mais pas de panique, tout va bien se passer ; promis ! Allez, on y va…

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Gare de Lyon un matin encore frais, TGV numéro on s’en fout, voiture 18 – on s’en fout aussi mais c’est la dernière, naturellement – tout au bout du quai. Premier wagon au cul de la motrice, loin, très loin avec ces foutues cales qui glissent aux godasses ; si loin, mais déjà un peu plus près de Grenoble ! Pourquoi les emplacements pour vélos sont-ils toujours le plus éloigné possible, sinon pour mieux avoir l’occasion de se casser la gueule en cours de route ? Bon, j’arrive à tenir debout et accroche mon engin dans son compartiment. Le vélo pendu à son crochet me laisse toujours une curieuse impression de carcasse à la boucherie, puis le train s’ébroue ; s’arrache de Paris, lent comme toujours, pour laisser le temps d’abandonner ses regrets sur le quai, sans doute. Le soleil rasant joue à saute-mouton avec les immeubles bas, à cache-cache avec les autres. Dans le ciel d’un blanc nacré s’attarde encore un souvenir orangé, celui fiévreux de l’aube. Fin juillet, dans quelques instants commencera à planer une chaude promesse bleutée. Le convoi prend de la vitesse. Le paysage se délite maintenant, écartelé, effiloché à l’horizontal ; se désintégrant sous mes yeux, courant tout près, marchant là-bas, figé presque immobile lorsque l’espace est suffisamment dégagé. La Beauce est plate, jaune, paille. Je n’ai pas assez dormi. J’ai quitté les miens pour une illusion, un ruban d’asphalte écrasé de chaleur et serpentant entre les roches. Pour un songe d’été, une grosse grappe de kilomètres gondolés, pour rien finalement. 1100km si tout va bien, si ce corps fatigué veut bien m’accompagner jusque-là, aussi loin qu’a envie de le porter cette tête têtue ! Par la fenêtre la terre paraît si sèche, la Normandie d’il y a une douzaine de jours si peu verte aussi, et je n’ai pas assez dormi. N’y a-t-il que moi pour être vraiment inquiet de ces choses-là ? Le paysage glisse, s’enfuit, insaisissable sous les roues de furie et d’acier. Dans une semaine je reverrai les miens. Pourquoi ne fait-on de vrais rêves que seul ? Les ballots de paille de mon enfance sont aujourd’hui presque tous en rouleaux, en bobines, dés à coudre jetés sur une nappe de toile claire ou sortes de jouets d’enfants laissés là. Je m’assoupis quelques instants, Lyon apparaît par la porte ouverte, et dételle l’arrière du train qui va aller jusqu’à Avignon. Pas  moi. Le paysage prend du relief, et la gare de Grenoble se profile enfin.

  • Laffrey   (25km / dénivelé 690m+)

Jeudi 26 juillet. Le train me débarque à 11h. Une petite journée à pédaler. Deux étapes à faire, cependant. Commençons par la première, un début bien roulant. Parfait pour se mettre en jambes. N’allez surtout pas croire qu’à cause de sa longueur ridiculement courte, cette étape est facile. Bon, d’accord, elle démarre bien sagement de Grenoble – sans doute une des villes les plus plates qui soient, malgré le paradoxe de montagne tout autour – lovée au creux de la vallée du Drac dans une platitude incroyable. En tournant à Vizille, sur la route de Laffrey la partie de plaisir est terminée… ou peut commencer ; selon les goûts ! Place à une montée continue sur les 7km menant au bourg, et pas un truc pour branquignols, non, une pente allant de 8 à 12 % selon l’humeur du terrain. Point de vue température, juillet finit fort : 40°C au-dessus du bitume et pas d’ombre. Si vous êtes habitués de mes récits, vous savez que 25 est mon maximum de confort, alors là je craque sur cette putain de Route Napoléon, et fais une pause pour me vautrer… pile-poil dans les orties ! Pas franchement de quoi arranger mes affaires ! Je me relève d’un bond, en m’aidant de la main droite, et crac malgré les gants, elle aussi en plein dedans ! Avant de repartir, j’en profite quand même pour sympathiser deux minutes avec les lézards du coin, qui eux, trouvent le climat à point. Cette montée est très passante de tout ce qu’on veut : voitures, motos, camions, et curieusement pas de vélos. Je sens juste un peu de frais lorsque les semi-remorques me doublent, emportant l’air, mais me laissant sur place… dommage ! Après une pause pointage / désaltération, je vais juste faire un petit coucou à la statue de Bonap’ en sortie du village, et c’est reparti.

  • La Bérarde   (70km / dénivelé 1400m+)

Bon, maintenant c’est du sérieux : direction La Bérarde. Ça ne vous dit rien ? Rassurez-vous, pas plus qu’à moi il y a deux semaines. Un tout petit patelin coincé en cul-de-sac au fond d’une montée. Une longue montée, sinon ça ne serait pas drôle ! En attendant, c’est reparti dans une belle descente jusqu’à Séchilienne, avec un vaste panorama sur les vallées du sud grenoblois. Ensuite, me revient un proverbe cycliste et alcoolique : « il faut bien remonter un jour tout ce qu’on a descendu ». Me voilà sur cet itinéraire du Lautaret et de Briançon que je retrouve avec plaisir, même si franchement, il y a bien plus calme que cette D1091. Le bon côté des choses, ce sera toujours plus tranquille que la N85 que j’ai prise pour Laffrey. Je marque un arrêt sur l’aire du Garet pour faire le plein de mes bidons et mes ablutions, parce qu’avec la chaleur je me croirais plus dans une piscine que dans un t-shirt. Cette fois on y est : en pleine montagne. C’est le décor qui commence à le dire : à droite, à gauche, devant aussi. Partout. Bienvenue dans la vallée de la Romanche et son fier passé industriel qui perdure encore de-ci de-là, en essayant de se réinventer avec une usine de silicium. Vous savez, ce simple constituant du sable qui est pourtant à la base de toutes nos puces électroniques et quelques autres applications de pointe. Je passe devant une ancienne usine à Rioupéroux, arborant une adresse rue Pigalle à Paris ; plutôt exotique par ici ! Puis me voilà dans le très très long faux plat entourant Le Bourg d’Oisans. Un peu d’ennui s’immisce entre mes neurones, et des nuages dans le bleu. Des gros moutons rageurs, gris d’orage, s’accrochent aux hauteurs sur ma droite. Je crois entendre un vague résonnement de tonnerre de temps en temps. Peut-être un effet de mon imagination ; jusqu’ici tout va bien. En bifurquant vers La Bérarde, je m’attaque à une montée de 27 km. Quelques gouttes se précisent. Je viens de quitter le chemin du Lautaret que je retrouverai demain. Et ça monte pas toujours très régulièrement, mais plutôt franchement irrégulièrement : de 1 à 2 % jusqu’à 12, en passant par tous les chiffres pris dans le désordre. La pluie se précise sans équivoque, mais pas trop froide. Je décide de rester en t-shirt. Je suis déjà trempé par la sueur, alors par de l’eau, qu’est-ce que ça changera ? Tous les kilomètres, des petits panneaux indiquent à quoi s’attendre dans cette montée. C’est la nouvelle mode… Sauf que je m’en fous complètement. Je ne veux pas le savoir, surtout pas ! Je ne veux pas qu’on me dise que je me suis emmerdé à suer 10mn pour faire un malheureux petit kilomètre. Bref, je les hais ces satanées pancartes qui mettent une éternité à s’égrener. Je veux qu’on me fiche la paix et qu’on me laisse grimper tranquillement, même si je suis complètement nul à faire ça ! Laissez-moi la surprise de l’avenir, bordel de merde ! Bon, vous l’aurez compris, je déteste ces petites bornes pour les pros du vélo et du dimanche matin qui veulent se faire un chrono ; vous vous imaginez au resto, le serveur qui reviendrait à chaque bouchée vous dire la saveur de ce que vous allez vous mettre dans le gosier ? Agaçant, non ? En attendant la pluie continue de tomber, et je finis par être complètement trempé au Bourg d’Arud, tandis que la foudre est devenue plus qu’une certitude : une présence dont je n’apprécie pas trop la proximité en montagne. Rien de grave, vu la route détrempée j’arrive un poil après le plus gros de la flotte ; pourvu que ça dure ! Au-dessus de ma tête je vois la prochaine rampe d’encorbellement à l’approche de Saint Christophe. L’accès au village se mérite par de beaux lacets… sous une belle bruine bien épaisse et collante. La petite église est toute mignonne, toute blanche contrastant avec le gris sale et profond du ciel. Je l’imagine encore plus jolie à sec. À quelques kilomètres de La Bérarde, on jurerait la route prête à se faire avaler par la poussée des impressionnants pierriers. Je pense aux bulldozers à la sortie de l’hiver… pas très rassurant. Vers la fin de l’après-midi je plante ma toile de tente au camping, histoire d’avoir un îlot sec pour m’accueillir à mon retour, puis file au bourg pour le dernier kilomètre de montée. Après un petit tour pour flâner au village et pointer, retour au camping pour une bonne douche, mais plus conventionnelle celle-là… La suite demain, peut-être moins humide.

  • Col du Lautaret   (67km / dénivelé 1600m+)

Vendredi 27 juillet au matin. Qui dit La Bérarde dit cul-de-sac, alors il faut redescendre les 27 km d’hier après-midi avant d’aller récupérer la route du Lautaret et de Briançon. Je me décide à replier la tente après avoir mal dormi à cause du torrent un peu trop expressif, et aussi d’un confort approximatif. Il faut savoir voyager léger sans se plaindre du spartiate. 10°C à l’extérieur. Je comprends mieux la fraîcheur ressentie cette nuit. Départ tranquille au petit jour. Le soleil se devine derrière l’Aiguille de La Bérarde. Tout est à la bonne place : les oiseaux chantent, le torrent grommelle… Quels bavards ! Le camping est encore endormi, les premières lueurs de l’aube arriveront bientôt ; en attendant, j’attaque ma redescente. Les pierriers à l’affut de dévorer la route sont aussi impressionnants dans ce sens. Quand revient la vraie roche ; formant un monde minéral plus consistant, stable et cohérent – pas un univers de confettis – je me sens plus en sécurité. Avec le retour du jour, le torrent semble plus calme, plus sage. La route est sèche des orages de la veille. Je suis surpris par la petite bosse en sortie de Bourg d’Arud, je ne me rappelle plus la descente dans l’autre sens. Je goûte l’eau d’une petite cascade en bord de route : fraîche et délicieusement métallique, comme les sources qui n’ont pas été assez intimes à la pierre pour s’en minéraliser. La télécabine de Vénosc aux Deux Alpes est autorisée aux vélos, c’est un raccourci à connaître ; mais d’une part je passe bien trop tôt avant l’ouverture de 8h30, et d’autre part j’ai définitivement le vertige. J’ai donc deux bonnes raisons pour rebrousser chemin – comme prévu – jusqu’à la D1091 en vue du Lautaret. En y arrivant, je suis tout de suite dans la montée vers le col ; pas de chichi. En ressortant du tunnel de l’Infernet, je comprends mieux son nom, vu les impacts de roches ayant laissé leurs stigmates lunaires criblant le bitume. Étant le pire grimpeur de la terre, avoir à reprendre péniblement les 60m de dénivelé dans lesquels je viens de me laisser glisser me fait enrager… D’habitude. Aujourd’hui je m’en fous. J’ai tellement encore à monter dans ce circuit qui débute… Et puis finalement j’ai réussi à me dire que chaque tour de roue réduit la distance, rapproche du sommet, alors autant rester stoïque. Le Tunnel du Chambon, célèbre il y a trois ans pour son feuilleton à suspense au sujet de son effondrement et celui de la montagne au-dessus, m’apparaît comme dans mon souvenir, à cinq arches massives de béton près, renforçant sans doute les points de faiblesse du quasi kilomètre de sa structure. En parlant de tunnels, ils sont autant présents que dans mon souvenir : un certain nombre ! À chaque fois qu’une voiture s’y engage, elle produit par résonance un bruit d’avion impressionnant. Avec l’altitude, un petit vent frais se met de la partie me faisant le plus grand bien, car en quelques heures la température est repassée au-dessus des 20°C. Les pourcentages de montée sont doux, même – et peut-être pour ça – si le col est très long, mais après Villar-d’Arêne la fatigue se fait sentir. J’ai besoin de m’arrêter, bien plus pour soulager la pression de mes fesses sur la selle que pour les jambes. En haut du col, les panneaux d’altitude ont été déplacés sur la petite place des commerces, sans doute pour éviter les attroupements se photographiant au milieu de la route. Je marque un arrêt pointage bistro : expresso parce que je n’ai pas eu mon p’tit noir du matin, et Perrier-menthe parce qu’il fait déjà chaud. 3h30 de montée, pas un exploit, mais pour moi, ça se tient.

  • Col d’Izoard   (48km / dénivelé 1320m+)

Un col appelle l’autre, et c’est maintenant au tour de celui d’Izoard d’être au menu. Je me laisse glisser dans la descente du Lautaret, et je suis à Briançon à midi, après m’être lancé dans ces longs bouts droits où je ne suis pas obligé de sauter sur les freins toutes les vingt secondes, et j’ai plaisir à prendre de belles trajectoires façon moto. En ville, la circulation est dense. La direction du Col d’Izoard est facile à suivre, et je profite du cimetière en sortie de Briançon pour remplir mes bidons. Ça grimpe déjà. Je me fais doubler en quelques kilomètres par trois vélos électriques comme s’ils étaient sur le plat. Tu parles d’un exploit ; débranchez les piles les gars ! Là où le Lautaret avait planté ses agaçants panneaux annonçant kilométrage et pourcentage de montée dans les vingt derniers kilomètres, ici on y a le droit dès le départ ; tant pis ! À force de râler, je commence par m’y habituer, et remarque qu’il en manque quelques-uns. Je marque un arrêt à mi-chemin, à Servières, pour profiter de la délicieuse fraîcheur de la fontaine. Les bidons et le bonhomme y ont droit : remplissage pour les uns, et débarbouillage pour l’autre. Le début d’après-midi est ensoleillé, et à 30°C ça fait toujours une dizaine de moins qu’hier avant la pluie ; et aujourd’hui encore, avec la chaleur, les grondements reprennent dans le lointain. La deuxième partie de montée du col m’a paru laborieuse, avec ses 8 % presque constants qui m’empêchent de récupérer sans être obligé de m’arrêter. Curieusement, plus je monte et plus il y a de papillons noir et orange, semblant être ceux qu’on voit souvent aussi en plaine. Bizarre. En haut du col, je me sens tout petit face à la stèle commémorant la construction de la route. Ensuite, c’est pointage sandwich / boisson, parce que monter les grands cols, ça creuse et ça assèche !

  • Saint Véran   (34km / dénivelé 740m+)

La descente de l’Izoard commence par un paysage très minéral. Après 2km se présente le col de la Platrière, et les aiguilles rocheuses grandioses de la Casse Déserte. Je suis surpris par la courte remontée à 9 % qui me cloue sur place. Un peu plus bas, les sapins reprennent leur droit sur la roche stérile. À partir de Ville-Vieille, la remontée vers Saint-Véran est ingrate et partage sur quelques kilomètres l’accès au Col d’Agnel. Je n’y vais pas, mais ça grimpe quand même ! Quelques coups de tonnerre retentissent toujours ; à sec. Plus tard en chemin, je fais une pause pour admirer – de loin – la Demoiselle Coiffée, étonnante cheminée de roche tendre, surmontée par une plus dure la protégeant de l’érosion. La fin de l’accès à Saint-Véran me semble pénible, sentiment peut-être accentué par la fin de journée. Les voitures doivent se contenter d’un parking à l’écart, et je monte à vélo. Du coup le centre-bourg est plus calme, mais envahi de piétons et de touristes à foison. Après une petite visite très plaisante, je redescends pour camper un peu à l’écart de Molines-en-Queyras. Les grondements lointains de l’après-midi se précisent, mais la soirée restera sèche.

  • Abbaye de Boscodon   (79km / dénivelé 1100m+)

Samedi 28 juillet, je profite des heures fraîches de la fin de nuit, ce qui sera toujours ça d’épargné sur le cagnard de l’après-midi. La Demoiselle Coiffée se devine, dans l’autre sens, par la blancheur de son pilier au clair de lune. Après Ville-Vieille, la lune justement, sort son nez d’entre deux sommets, puis va se recoucher derrière. Au petit jour je passe par le discret Col de l’Ange-Gardien – matérialisé par son petit oratoire – puis je m’arrête un moment devant le monument aux morts situé juste après en contrebas. Isolé au lieu de trôner sur une place de village, il a été érigé symboliquement sur le lieu où se rassemblèrent les jeunes mobilisés du Queyras avant de partir pour la Grande Guerre. Alors qu’on est capable de retrouver de l’ADN dans n’importe quelle rognure, dans n’importe quoi, il reste forcément ici quelque chose de plus consistant que le simple souvenir de ces hommes gravé dans la pierre – 5 % de la population de l’époque tombera aux combats – et c’est peut-être tout simplement cette présence, cette persistance, que d’autres appellent fantômes ? Sur les faces de cet octogone de pierre, figure les noms des morts des sept communes ayant participé à l’édification du monument ; et sur la huitième est sculpté un gaulois recueilli sur un glaive presque aussi grand que lui. En reprenant la descente je m’enfonce dans la Combe du Queyras, de toute beauté, particulièrement son départ où je me sens presque faire partie de la roche tellement le défilé est resserré en deux murs verticaux autour de moi. Sensation d’être retenu prisonnier, mais sans rien d’oppressant. Très curieux, foi de claustrophobe ! Plus tard les tunnels se succèdent, trous de vers dans le minéral, et celui des Roches violettes avec son ciment coffré grossièrement paraît vraiment hors d’âge. Revenu dans la vallée, je roule ensuite sur la tranquille D994a, alors qu’au loin sur l’autre berge de la Durance, les voitures filent sur la route nationale. Une pluie fine se met un temps à tomber. À partir de Crots, la montée devient âpre, sans répit, à part un petit replat juste avant la route forestière menant à l’abbaye de Boscodon… et c’est là que les choses se gâtent sérieusement ! Comment dire ? Dans route forestière il y a route – un truc souvent noir et à peu près lisse – bah oui… et il y a forêt ; gros malin, va ! Sauf qu’ici, si la forêt est bien là, j’en suis encore à chercher la route ! Vous le savez, je ne suis pas du genre à reculer devant le premier chemin improbable ni la première caillasse venue, alors il y a longtemps que je ne vous avais pas embarqués dans une séance de cyclo-cross. Une vraie de vraie, vous pouvez dire gravel si vous voulez être à la mode, mais ça ne change rien, c’est parti pour une bonne dizaine de kilomètres vraiment merdique dans de la pierraille pas possible. Au départ pour vous amadouer, c’est vrai que ça commence gentiment : il y a un peu terre entre les cailloux et les trous d’obus plein d’eau, et puis aussi des détails bucoliques comme un ruisseau à traverser. Mais après, plus rien, que des brouettées de grosses pierrailles où rien ne se tient justement ; alors pour jouer les équilibristes en prenant une photo, hé bien je n’ai pas pu ! Je ne sais pas s’ils ont le sens de l’humour dans le coin, mais ils feraient bien de réviser leur définition de route, parce que leur putain de chemin est tout sauf carrossable, pardon Monsieur Robert et Madame Larousse. Bref, si vous ne voulez pas vous emmerder – appelons un chat un chat – à faire une douzaine de bornes en trop et grimper un dénivelé inutile de quand même grosso-merdo 500m d’altitude qu’il faudra ensuite dévaler dans une descente casse-gueule où des crétins en quads pleins gaz ne ralentiront même pas, ne vous laisseront pas le moindre passage et où vous crèverez vos petits pneus fins à la con en rayant vos belles jantes à éviter ces connards, ne passez pas par là. Désolé, c’était juste pour poser l’ambiance ; le passage grossièretés est terminé. Bon, vous l’aurez compris, même si ça fait un truc à raconter, ce passage n’est pas ce que j’ai préféré dans le parcours. Un conseil donc, montez par où vous repartirez : la D568 qui comporte un truc assez magique… ta, da… du bitume, mais oui ! Bref, au bout d’une éternité, je rejoins l’Abbaye de Boscodon, pointe et repars vite fait, parce que franchement… Franchement !

  • Giobernay   (93km / dénivelé 1900m+)

Autant la montée a été un calvaire, autant la redescente de l’abbaye est un rêve : une route goudronnée où je peux prendre une belle vitesse pour fuir ce lieu au plus vite ! Après avoir quitté la très passante N85, c’est le retour de la pluie jusqu’à Chorges. Le col de Manse me semble bien dur – en plus du crachin qui s’épaissit – mais pas très long à grimper. Au sommet, je m’aperçois que mon frein arrière frotte d’un côté ; quel con ! Je l’avais pourtant vérifié en remontant ma roue après la crevaison dans mon aventure du Boscodon. À croire qu’elle s’est ensuite décalée dans cette foutue caillasse. Bon, après ça va mieux, et je comprends pourquoi j’avais l’impression de me traîner. Saint-Laurent-du-Cros, troisième épisode de flotte et bruits d’orage assortis… Les choses se précisent. Quatrième rincée à Saint-Bonnet, ça en devient lassant. Faudrait se décider à la fin : il pleut ou il pleut pas ? En passant par Les Costes, des bagnoles ont tout envahi, milieu de la route compris ; mariage sans gêne, mariage heureux ? À l’approche de La Choup, nouvelle crevaison ; fatalité de la morne plaine. Un peu plus loin, dans le village, la fête met tout le monde dehors ce samedi après-midi, et on joue même à la pétanque sur la route. Un mec tire alors que je passe… la boule me rase les moustaches (que je n’ai pas). Les coutumes du coin ont quand même l’air assez pittoresques ! Par inattention et confusion en lisant ma carte, je m’embarque dans Saint-Jacques, surpris que le patelin se finisse en cul-de-sac. Bon, bah, demi-tour et c’est reparti. Après tous les petits et gros couacs de la journée, je me sens fatigué et l’après-midi touche à sa fin. Il est temps de trouver à se loger. Je m’installe au camping de Villar-Lioubière, à mi-chemin dans ce cul-de-sac du Giobernay dont la deuxième partie s’annonce revêche… Demain sera un autre jour, et je partirai à l’aube ou un peu avant, à la rencontre de ce fameux chalet du Giobernay. En attendant, douche et dodo.

Dimanche 29 juillet, 4h du mat’ et on remet ça ; tranquille. La route est encore plate jusqu’à La Chapelle, ou La Chapelle-en-Giobernay pour les intimes ou les exhaustifs. Les hostilités mettent du temps à s’installer, mais finissent par être bien là après Le Casset. Je monte sans forcer. Il ne sert à rien de se battre contre des passages à 12 % ; il faut savoir rester humble. À Rif du Sap le replat me fait du bien, après une portion à 12 % justement. La route ne s’élève plus qu’à 4 %, c’est la fête. Je réussis à descendre quatre pignons et à passer les 10km/h ! Cette séance de « plat » se termine par une courte descente… avant de repartir à la hausse de plus belle. Lors de ma promenade au clair de lune, l’astre apparaît entre les sommets. Je suis bien. Faire l’ascension en fin de nuit rend cette partie plus facile que je l’aurais pensé, surtout dans le final à 15 % ! La nuit aide toujours à passer les difficultés, et en masquant l’essentiel du relief, empêche le cerveau de gamberger. L’effort n’est pas limité à ce que les yeux croient possible. Le chalet-hôtel du Giobernay est un énorme bâtiment de pierre, trop grand et trop massif pour l’idée que je me fais d’un chalet. Tout est encore endormi, sauf la cascade qui murmure pas très loin, à flanc de montagne ; et le groupe électrogène qui ronronne doucement au pied du chalet. Terrasse déserte, bar fermé, pas de chance pour le p’tit déj’ du dimanche matin. L’enseigne de la bière locale, la Tourmente, me fait sourire. Il aurait suffi d’un rien pour qu’elle soit de circonstance, mais non tout va bien ; étape terminée, même pas mal, les genoux encaissent. J’ai juste à attendre le retour du jour pour prendre ma photo de pointage et redescendre.

  • Notre-Dame de la Salette   (50km / dénivelé 1150m+)

Je me pose un moment en terrasse, écoute la cascade me parler, puis prends ma photo comme prévu à l’arrivée franche du jour. Le chalet est toujours endormi, alors j’attaque la descente pour aller récupérer ma tente que j’ai laissée au pied de la montée, vu qu’il faut que je repasse par là pour sortir du cul-de-sac du Giobernay. Pour une fois, il faut bien s’économiser un peu ! La route pas toujours exemplaire demande de freiner pour ne pas décoller sur les cahots du bitume… et me voilà revenu au camping que je retrouve comme je l’ai laissé : encore appesanti, où sans doute personne ne s’est même aperçu de mon absence. Une demi-heure plus tard, je repars avec mon attirail. Dans le creux de la vallée flotte maintenant des nuages de lait. J’y plonge bientôt moi aussi. Les sommets sortent seulement le bout de leurs nez du coton. Le clocher de pierre de Saint-Maurice surgit d’un virage : élégant et massif. L’approche du col de Festréaux me surprend avec ses 13 %… Décidément. Un chien saute de la clôture à Aspres les Corps, et voudrait bien goûter à une partie du mien ! Arrivé à Corps, en tournant sur la route de Notre-Dame de la Salette, ça grimpe dur et long, finit dur et court, et avec divers pourcentages entre les deux, y compris quelques replats. Cette montée sans doute pas insurmontable me paraît laborieuse. Tournicotant entre les sommets recouverts de sapins, ils contrastent avec ceux plus lointains, chauves et minéraux, qui apparaissent parfois entre deux. Avec l’altitude, l’herbe rase gagne la partie sur les arbres. Des moutons broutent, indifférents aux bonshommes rouges célébrant la messe de 10h30 en plein air. J’arrive sur le site de Notre-Dame de la Salette dimanche matin à 11h pile, fermée pour cause de messe… de 10h30, justement ! Pas de chance, ce sera pointage photo et redescente, où entre les lacets serrés je peux prendre une bonne vitesse.

  • Saint-Étienne en Dévoluy   (40km / dénivelé 620m+)

En fin de pente et de matinée, je suis de retour à Corps. La bourgade est maintenant grouillante de monde, et j’en profite pour me ravitailler. Contrairement aux deux derniers jours sous le signe de la pluie et des orages, c’est aujourd’hui grand ciel bleu et la chaleur commence à devenir étouffante. Je prends le temps de me vautrer dans le belvédère du Sautet, une espèce de cube vert moche planté de traviole à côté du barrage au doux ronronnement, offrant ombre et fraîcheur – toute relative – pour ma pause pique-nique. Des touristes passent, aux regards droits ou en coin, mais j’ai besoin de me pauser un instant. Crème solaire en guise de digestif, puis je quitte les abords de ce lac d’un bleu intense, comme souvent l’eau en altitude. Déjà à sec, je refais le plein des bidons à la fontaine de La Posterle prise d’assaut par une nuée de guêpes. Je fais bien attention à mes gestes, à ne pas me faire piquer par accident, comme bêtement en remontant en selle. En repartant je comprends mieux, en voyant la proximité avec un prunier juste derrière. J’ai du mal à supporter les 37°C de ce début d’après-midi accablant, et fais des pauses lors des rares moments où je trouve de l’ombre sur mon chemin. Cette étape, toujours bien vallonnée depuis le départ, m’a semblé cette fois un peu moins se cabrer. Saint-Étienne en Dévoluy se présente désert, alors que presque arrivé, entre le lit du cours d’eau et la pierre remontant à l’aplomb de la route, des personnes se livrent en face aux joies de la via ferrata. Pour le vertige, c’est sans moi !

  • Montbrun les Bains   (111km / dénivelé 1250m+)

Je refais le plein des bidons à une des fontaines du village, puis le quitte, écrasé de chaleur. Ce début d’étape est facile. Je connais les cols de Rioupe et du Festre. Dans ce sens ils ne posent pas de difficulté, avec environ 250m de dénivelé chacun à franchir. Loin d’être insurmontable, mais la chaleur corse un peu les choses. Aux abords du sommet, des vaches broutant flegmatiquement font tinter leurs cloches, tandis qu’arrivé en haut du col de Festre je sais la descente interminable – et tant mieux – sur de très longs bouts droits jusqu’à Veynes, où je peux prendre pleine vitesse sans arrière-pensée. La route sera fidèle à ce souvenir pour un début d’étape tranquille, et je m’arrêterai revenu en terrain plat – en sortie de Serres – pour mon escale du jour dans un camping cossu, une « usine à Néerlandais » qui me change des lieux où j’ai séjourné jusque-là. Mon aspect davantage routard que cyclotouriste organisé et civilisé, mon équipement minimaliste où tout est arrimé à coups d’élastiques et mon vélo dégueulassé par les jours de pluie, me permettent d’alléger facilement la facture. Faire envie ou pitié, telle est la question ! ? Jusqu’à la nuit bien avancée, j’ai le droit à un ramdam de discothèque de plein air, avec un DJ chantant comme un pied – et encore du gauche ! – sans doute en provenance du camping d’à-côté. Pour dormir pénard c’est foutu, d’autant plus que le calme revenu, des Néerlandais se mettent à beugler à 2h du mat’ comme si de rien n’était. Un petit vent se lève et bruisse dans les arbres du camping ; lui au moins n’emmerde personne, tandis que les bataves sans-gêne remettent ça une demi-heure plus tard. Trop c’est trop, je me décide à replier le camp après ce qui n’aura pas été ma meilleure nuit… pourtant passée dans le camping le plus cher !

Lundi 30 juillet, 3h30 au clair de lune. Départ de Serres par le grand axe, roulant et désert à cette heure-ci de la nuit. Je retrouve vite des routes plus petites et les lumières de la ville s’éloignent dans mon dos, en reflets et paillettes dorées sur la retenue d’eau du barrage Saint Sauveur. Dans les bas-côtés, les vergers sont endormis sous leurs voiles, comme des mariées frileuses. En entrant dans Orpierre à l’approche de l’aube, la montagne réapparaît toute proche du village. Je pourrais presque, en étendant les bras, toucher les parois rocheuses. La bourgade semble blottie dans la pierre, et en la quittant, l’étreinte minérale se desserre. Sur le chemin des Bègües, l’horizon rougeoie derrière moi en charpies lacérées. La route s’élève doucement avant d’attaquer le col Saint-Jean à Laborel. Apparaissent au petit matin de discrets champs de lavande ainsi que j’en ai senti l’odeur au pied du col, et vu l’installation de distillation artisanale. Le col est court et facile à grimper dans ce début de matinée, sans avoir croisé personne depuis mon départ du camping. Je passe par la modeste Nécropole d’Eygalayes avant de rejoindre le village dans la fin de la descente. Vu les possibilités aléatoires de trouver des commerces ouverts dans la France rurale du lundi, je marque un arrêt ravitaillement dans une supérette de Séderon avant que la route ne remonte en direction du col de Macuègne. Ce col aussi je le connais, mais je ne connaissais pas encore sur ses pentes, une espèce d’élevage de patous – bordélique et sûrement plus ou moins clandestin – ouvert aux quatre vents et dont la bonne vingtaine de bestioles se balade au milieu de la route en allant se jeter en braillant tous crocs dehors sur la carrosserie des bagnoles ! Cela ne semble pas inquiéter le moins du monde les propriétaires du lieu…  et j’approche de ce merdier pas franchement fier me moi. Les bestiaux me regardent au loin sans brailler. Je dois être moins appétissant qu’une caisse de fer-blanc ; à croire que je dois davantage ressembler à un mouton faisant du patin à roulettes qu’à une voiture ordinaire. Je ralentis, ralentis encore, pas de réaction des corniauds. Bon, il faut y aller… Je passe tout doucement – encore plus lentement qu’à mon habitude dans un col, c’est vous dire le miracle d’arriver à tenir en équilibre – à la vitesse d’un marcheur peinant dans la montée, et là miracle : je ne me fais pas bouffer en passant au milieu des gros trucs en peluche, comme quoi tout peut arriver. Les champs de lavande – ou de lavandin, vu qu’il paraît qu’il y en a de moins en moins, de la vraie lavande – sont plus présents que dans mon souvenir, mais pour le reste, ce col reste aussi facile à grimper que lors de mon dernier passage. Dans la fin de la descente pour arriver à Montbrun-les-Bains, flotte dans l’air comme une capiteuse odeur de fenouil dont la provenance restera un mystère. Et voilà la fin d’une étape comportant globalement moins de dénivelés, mais pour un profil encore bien vallonné.

  • Grignan   (67km / dénivelé 630m+)

En repartant de Montbrun, la route baisse encore jusqu’à Saint-Léger du Ventoux. Vu le peu d’altitude, je me demande d’ailleurs comment elle a pu encore descendre. En traversant le village, ça regrimpe sérieux malgré tout, malgré un air trompeur de faux plat. Je suis dans la montée du col de Veaux, invisible sans son panneau mais qui se sent pourtant bien dans les jambes. Au loin sur son sommet chauve, trône l’antenne flanquée au bout de l’affreuse tour du Mont Ventoux. J’y retournerai, mais ce n’est pas pour cette fois. Dans la redescente pour Mollas, les vignes ont remplacé la lavande. Par contre, je ne sais pas ce qu’ont les cigales, mais je trouve leurs stridulations insupportables depuis le début de matinée. Une sorte émet même des cliquetis secs, comme un couinement de ferraille qui manquerait d’huile. Plusieurs fois je me surprends à regarder ma chaîne… Qui va bien, merci ! Même le bruit de crécelle de ma roue libre lancée à bonne vitesse ne couvre pas le concert tonitruant des bestioles. Incroyable. En passant par Faucon j’affronte une belle petite bosse, mais c’est normal de s’élever à Faucon, non ? Je marque une petite pause à l’ombre de Vinsobres. La montée dans les pins est dure-dure vers la table d’orientation. Encore un autre jour bien trop chaud pour moi, avec ses 40°C… alors même sobre le p’tit vin serait de trop pour se rafraîchir. Les cigales préfèrent apparemment les pins aux vignes, car avec le retour du vignoble dans le paysage, je ne les entends plus brailler. Après quelques passages dans le Vaucluse, m’y revoilà ce début d’après-midi pour une nouvelle incursion à traverser l’Enclave des Papes, curiosité géographique entourée de Drôme. La route redevient bientôt plate après avoir été assez casse-pattes plus tôt. J’arrive à Grignan par un tronçon de voie rapide, les bidons et le bonhomme à sec. Je trouve une petite fontaine bien cachée dans le village, et à l’occasion de mon pointage j’engloutis une bouteille d’eau gazeuse du coin, en tout cas pas loin dans la Drôme : celle de Vals-les-Bains.

  • La Motte Chalancon   (61km / dénivelé 950m+)

Avant de repartir, attiré par une bécane peu commune, une CL250 de 1983 – je dois vous avouer ici un faible pour les Honda des années 70’ 80’ – je papote avec son propriétaire sorti de l’agence immobilière, ma bouteille de Vals à la main. Je lui apprends deux ou trois astuces… Comment régler le klaxon souvent enroué sur les machines de cette époque. Il est parfois bon, pour changer, de parler boulons… et puis faut y retourner. En reprenant la route, je passe par le joli petit village de Taulignan avec sa cité médiévale fortifiée accueillant logements et commerces sans – trop – dénaturer l’édifice. Dans le bourg, la route reprend du relief ; fin du plat. Un camion chargé de lavande passe en face, je m’en gave les poumons. Montjoux se présente comme un vieux village de pierre mais qui ne fait pas vieillot, encore un exemple de patrimoine qui n’est pas obligé de passer par le bulldozer pour s’accorder avec la modernité. À La Paillette je traverse à nouveau Le Lez, curieux nom de ruisseau. J’ai eu l’impression de le faire je ne sais combien de fois ces dernières heures. Toujours dans une sensation de faux plats mais finalement bien vallonnés, j’atteins Vesc pour y planter le camp ; et petit plaisir du soir, déguster une assiette de ravioles et caillettes.

Mardi 31 juillet, pour la première fois depuis le début du parcours je dors bien jusqu’à 6h du mat’… Le camping du matin calme porte bien son nom. Le temps de remballer, départ une heure plus tard. Les oiseaux commencent à s’échauffer la voix par quelques vocalises. En cinq minutes je suis déjà au col de l’Homme pour bien commencer la journée, mais j’ai l’impression de ne pas avancer. La mise en jambes est laborieuse. Pourtant, j’arrive au col de Lescou avant 8h… et de deux ! Je profite de la courte descente jusqu’à Gumiane, puis la remontée me cueille en sortie du village. Pré Guitar, et l’invisible col de Geail, font deux p’tits cols de plus dans la matinée : et de quatre ! Elle est pas belle la vie ? Et pourtant je ne me sens toujours pas en forme. On verra après un moment de récupération, car je n’ai plus qu’à me laisser glisser dans la descente rapide – se terminant par des gorges bien plus viroleuses – jusqu’à La Motte Chalançon.

  • Col de Rousset    (73km / dénivelé 1420m+)

Je fais mon pointage ravitaillement au bourg, parce que quatre cols dans la matinée, même s’ils sont petits, bah ça creuse quand même ! Et hop, grand palmier et pizza dans la sacoche. Encore dans La Motte Chalançon, la route remonte déjà en direction du col de Prémol. En cours d’ascension, un faux plat d’Establet à Bellegarde est le bienvenu. 10h, 30°C, pas le moindre nuage ; la journée promet encore d’être chaude, et j’ai de plus en plus de mal à le supporter. Le col se laisse finalement franchir. La récolte est bonne : et de cinq ! En attaquant la descente, je passe par Jonchère qui a son originalité : le village est tout en montée alors que pourtant c’est bien ça, je descends le col… qui serait tout en descente dans le sens de la montée. Il y a des mystères dans la vie, et des trucs un peu cons qui m’amusent bien ! Revenu en plaine sur la route de Die, la vigne perdue de vue depuis hier refait son apparition, sans doute pour la Clairette ; de Die, forcément. Malgré le soleil, Les cigales sont aujourd’hui moins bavardes, ou en tout cas plus discrètes. Il y a une certitude : elles ne me cassent pas les oreilles. En repensant au raffut d’hier, et en voyant que j’avais transporté un passager clandestin à moitié endormi dans mon porte-cartes ce matin jusqu’au col de Lescou, je pense que ce sont des sauterelles – ou des criquets, allez savoir – qui m’ont tapé sur les nerfs. Pour éviter un bout de l’ennuyeuse et passante D93 jusqu’à Die, je fais un crochet par Saint-Roman en montant deux tout petits cols invisibles. Dans le village, je déjeune en tête-à-tête avec ma pizza achetée ce matin, à l’ombre d’un abribus de pierre. Une habitante d’en face me voit et me propose de l’eau ou autre chose, si j’ai besoin. Bienveillance ou pitié, j’espère ne pas avoir une trop sale tête, contrecoup de ma « grasse » matinée ou de ma grosse flemme du sixième jour. J’arrive à Die en tout début d’après-midi. Avec la méforme qui me colle à la peau aujourd’hui, je ne me vois pas monter le col de Rousset avec cette chaleur qui ne va rien arranger. Je décide de le laisser pour demain. Petite journée à pédaler, mais bien remplie en p’tits cols : sept tout de même ! En tout cas, là, j’accuse le coup des 800 premiers kilomètres de cette bonne balade. Et puis Le Rousset, je le connais bien. La meilleure fois où je l’ai grimpé c’était de nuit, sous une flotte diluvienne, avec la foudre qui tombait pas loin, droit devant. Une expérience finalement assez originale… Alors ce sera pour demain matin en fin de nuit, avec j’espère des températures plus fraîches et si possible pas d’orage. En attendant, je plante le camp à Die en bord de Drôme, pour une petite après-midi de repos en compagnie d’un bon bouquin.

Mercredi 1er août, 2h30, tout est replié pour monter à l’assaut du col de Rousset.  Je m’y prends sans doute un peu tôt, tant pis, mais cette fois-ci, il faut y aller. Le veilleur de nuit du camping est surpris de me voir partir à cette heure-là. Je lui explique avoir du mal avec la chaleur, mieux monter les cols la nuit, alors le moment ne me semble pas trop mal choisi pour grimper les 850m de dénivelé, et affronter sans trop ramer les zigzags du Rousset qui font assez peur sur une carte routière. En remplissant mes bidons, je croise aux toilettes une grappe d’anglais qui rentre de beuverie l’œil brillant et la cervelle embrumée, se demandant sûrement ce que je suis en train de foutre. Allez, c’est parti, toujours au clair de lune. De ce côté-là, je suis gâté depuis le départ, rien à redire. La nuit sent la tisane. Je m’arrête à une des fontaines de Chamaloc. L’accès au village se fait par une montée tranquille avec replat. J’ai à peine besoin de l’appoint d’un bidon, et encore, trois fois rien. C’est psychologique, question d’habitude, je me suis toujours arrêté là en m’attaquant au Rousset. Et puis la nuit est encore chaude avec ses 20°C, surtout quand ça monte, alors il faut bien boire. Après le village, le pourcentage restera modéré jusqu’au sommet, avec de nombreux moments « plus doux » permettant de récupérer, et des lacets qui peuvent même être joueurs, si, si ! À 2,5km du sommet, où il y a de récents hauts murs bétonnés terminés en dents de scie, la roche s’effrite sur mon passage… Je n’ai pas entendu de bruits d’animaux qui pourraient en être la cause. Je ne suis pas rassuré, mais heureusement cela n’annonce rien de plus gros venant dévaler derrière ! L’atteinte du sommet se fait tranquille, surtout sans le vent – car j’en ai des souvenirs plutôt effroyables en pleine journée – il y a juste ce matin des moments de souffle plus rafraîchissants que gênants. Bref, tout va bien. Jusqu’en haut, je peux apercevoir d’un lacet à l’autre les lumières de Die, lovée au creux de sa vallée. Il est 5h du matin, du coup je suis là une bonne heure trop tôt. À vouloir aborder ce col pépère, je suis servi ; j’ai vu bien trop large, tant Pis. Pas un exploit dans l’absolu, mais ça me va. Finalement, je l’aime bien ce Rousset, je crois que je suis réconcilié avec lui ! J’attends que le jour se lève, adossé à un des piliers de l’entrée du tunnel pour faire ma photo de pointage. Je contemple les ténèbres se délayer, le gris se charger de couleurs par petites touches, patiemment. Un mercredi sur le toit du Diois, j’attends que l’aube entre en scène, et c’est simplement beau.

  • Col de la Machine   (28km / dénivelé 400m+)

Clic-clac, c’est dans la boîte, je repars du Col de Rousset. La photo prise, je m’engouffre dans le tunnel. De l’autre côté, la petite station est encore endormie, alors je poursuis ma route. Je me fais du Alain Bashung dans un coin de tête avec « La nuit je mens » chantonnée au petit matin. La route est étonnamment plate jusqu’au discret col Alexis ; à chaque fois ça me surprend. Ensuite la route descend et je suis cueilli par une langue de froid glacial en ressortant de la forêt, direction Vassieux en Vercors. Les lumières de l’aube, mêlées aux couleurs rousses et ocre du décor caressé par le soleil rasant – sous une légère brume qui vient draper le tout – donne une ambiance paradoxalement frisquette mais chaude par les teintes. Le col de Proncel ne comporte qu’une petite montée, une formalité… celui de Carri est un peu plus âpre avec son milieu de montée à 10 % ; mais rien d’insurmontable, le col est court. D’un col à l’autre, celui de la Machine est lui aussi très facile d’accès dans ce sens : juste à se laisser glisser dans la faible pente depuis le sommet du col de Carri. Comme pour hier matin, la moisson devient bonne : et de cinq cols avant 9h, en passant par l’invisible col de Gaudissart ; belle matinée ! Et aujourd’hui c’est beaucoup plus agréable, les jambes répondent bien.

  • Bathernay   (57km / dénivelé 592m+)

Mais avant de redescendre, au sommet du col de la Machine je me demande quand même quel est l’intérêt – après le pointage au Rousset – de faire passer par deux cols presque situés l’un sur l’autre. Il n’y avait donc pas d’autre coin sympa un peu plus éloigné dans le département ? Bon, je sais, je ne suis jamais content… mais pas buté non plus, car en repartant, je comprends. Le décor des falaises de Combe-Laval est grandiose. Toute cette roche verticale, vraiment verticale, semble résolue à tenir indéfiniment en équilibre. Royaume du vent et des hirondelles, elles s’amusent entre les pierres et le vide… moi aussi, à ma façon, toute proche du vertige  ! Plus loin, la montagne ne semble reposer sur rien, tellement la route a rogné sous son aplomb, défiant toute rationalité. Le résultat d’un travail d’élargissement de la voie – cependant encore étroite – entrepris en 1938, donc à l’évidence depuis le temps ça tient le coup ! Sorti de la combe et étant passé par Saint-Jean en Royans dont la circulation dans le village me ramène à la réalité de la civilisation, je suis surpris par la longueur de la belle bosse menant à Rochechinard avant le retour en plaine. Dans la montée, j’attrape une pomme à la volée. Une petite pomme à cidre que je partage avec les asticots. Je croise ensuite le pont haubané de l’autoroute A49 enjambant l’Isère, tissant ses filins sur l’horizon, aussi effilé qu’un couteau en le voyant de face. À l’Écharpe, le passage à niveau se ferme et un TER passe dans un raffut sur sa voie unique ; comme quoi il faut croire en la survie des petites lignes… pour l’instant ! Je m’arrête au feu rouge des Fauries – avec la flemme de remonter la file de camions et bagnoles – juste à la hauteur d’une maison dont la vigne courre sur la façade. Les petits grains d’un violet profond ont juste une pointe d’acidité agréable pour réveiller les papilles. Ensuite je me perds un peu, arrivé dans Saint-Donnat sur l’Herbasse, mais ce n’est pas la première fois. Ce nom m’a toujours fait sourire : l’Herbasse. Appeler ainsi un petit cours d’eau coulant juste sur un lit de cailloux et sans un brin de végétation… Le Merdaret qui passe lui aussi dans le bourg, bien moche et avec un filet d’eau insignifiant, porte lui au moins, bien son nom ! Dans le village commence la longue et belle bosse menant à Bathernay, comme il y en a eu quatre ou cinq sur cette étape au vallonnement raisonnable.

  • Saint Antoine l’Abbaye   (25km / dénivelé 290m+)

Bathernay, le village semble mort, écrasé sous le soleil. 36°C aujourd’hui, avec quelques lambeaux de nuages ici et là. Il fait trop chaud pour se compliquer la vie, alors ce sera pointage photo. Après être reparti dans la descente très rapide, la route peut sembler plate, mais reste bien vallonnée. Je passe par Charmes sur l’Herbasse et son église aux énormes vitraux, trop vite pour les admirer. Un petit vent de face se lève, m’apportant un peu de fraîcheur. Un gros lézard vert tendre dans les 20cm se carapate à mon passage, je n’en ai jamais vu d’aussi impressionnants. Sur la route de Saint Bonnet, je recroise l’Herbasse avec toujours son filet d’eau et ses cailloux, et toujours sans un poil de végétation ; comme quoi ça doit être autre chose qui lui a donné son nom… Je longe des vergers de noyers comme souvent sur ce parcours, et souvent aujourd’hui. Dans leurs brous encore verts, les noix sont déjà grosses. Changement de département au pied du col de la Madeleine. Me voilà de retour dans l’Isère pour les trois derniers pointages. Ça sent la fin ! Ce petit col en faux plat n’est qu’une formalité ; par contre on verra bientôt pour l’autre versant, car il n’y a maintenant qu’à se laisser glisser vers Saint Antoine l’Abbaye.

  • Cremieux   (79km / dénivelé 750m+)

Ce qui saute aux yeux en arrivant à Saint Antoine, c’est le grandiose de son abbaye trônant sur les hauteurs… et le reste du village n’est pas en reste, justement. Je prends un grand plaisir à déambuler dans ce petit bourg médiéval au charme fou. Avant de repartir, je monte le grand escalier menant à l’abbatiale. Un instant de sérénité à l’abri de la nef, avant de reprendre la route dans la fournaise de l’après-midi. Après avoir regagné le col de la Madeleine, effectivement plus laborieusement dans ce sens, la montagne réapparaît au loin sur ma gauche. Je vais y faire un tour, mais pas avant demain. En attendant je vais faire escale aux environs de Roybon, au terme de cette journée la plus « plate » du circuit.

Jeudi 2 août, départ une heure avant l’aube. Le bourg de Roybon est à deux pas, avec sa statue de la Liberté identique à celle de New-York, mais tenant en trois mètres de haut ! La route monte, puis je m’aperçois que je suis en chemin pour le discret col de la Croisette qui descendra ensuite jusqu’à Saint-Siméon de Bressieux. Je m’égare un peu dans La Côte Saint-André, puis l’aube se lève sur les champs de maïs. Dans la descente à 10 % menant au village de La Combe des Éparres, un tracteur avec sa remorque me coupe la route, pas gêné, sortant de son champ à gauche comme si de rien n’était, et comme si freiner un vélo lancé à 68,5km/h précise – c’est mon compteur qui me le dira plus tard – était en plus de la priorité qu’il me refuse, quelque chose d’instantané ! Je fais une manœuvre d’évitement et passe devant l’irresponsable… avec un petit geste obscène de la main, parce que ça va bien cinq minutes sur la route, la loi du plus gros et le mépris de la vie des autres ! Bourgoin-Jallieu n’est plus très loin, et j’arrive à m’en sortir très bien dans le gros bled avec les indications que je m’étais préparé, m’y voyant déjà perdu par avance… et du coup, non ! Comme il est encore tôt dans la matinée, il n’y a pas beaucoup de circulation, ni en ville ni sur les grands axes autour. En arrivant à Crémieu, il commencera à avoir du monde sur les routes. Cette étape – surtout la partie de ce matin – me semble globalement plate, mais pas tant que ça, c’est une impression trompeuse.

  • Saint-Pierre de Chartreuse   (84km / dénivelé 1560m+)

Je quitte Crémieu, bourgade aux bons restes médiévaux… mais traversée par une route passante lui offrant hélas une tranquillité relative. Je m’évade du village par les rochers que j’avais vus en arrivant. La grimpette sur une petite route au calme ne sera pas si terrible, car assez courte.  C’est maintenant la dernière étape vers Saint-Pierre de Chartreuse, avant de se laisser glisser vers Grenoble. 80km, deux grosses buttes à franchir, et le reste peinard… en principe. En fait, le profil reste bien vallonné et s’assagit un peu de Sérémieu à Corbelin, mais ce n’est toujours pas aussi roulant que je l’aurais cru. En arrivant sur le bourg, je distingue une promesse au loin, à travers un dégradé de lignes gris-bleu : celle du retour de la montagne, avec ses sommets encore pudiques, drapés dans le voile atmosphérique. Je me pause quelques instants à l’ombre du parking, et à peine installé, trois clébards idiots ne trouvent rien de mieux à faire que de me gueuler dessus sans discontinuer. Adieu tranquillité, même deux minutes c’est trop demandé, alors je retourne sous la fournaise. Après Saint-Albin de Vaulserre et l’entrée dans le Parc Naturel de Chartreuse, je quitte la plaine pour regagner de l’altitude. Plus de 400m de dénivelé à grimper pour rejoindre Miribel les Échelles. La montée de cette simple côte me paraît bien fastidieuse sous le cagnard. Je suis en surchauffe, m’arrête plusieurs fois malgré pas mal de passages à l’ombre, mais il faut dire que le pourcentage n’est pas toujours très sympathique. Le haut de la montée s’appelle La Montagne, franchement quelle blague, donner un nom pareil à un hameau sur une grosse butte alors qu’elle est partout autour, la montagne ; comme point de repère on peut trouver mieux ! Le petit vent frais de l’altitude me fait du bien, et je rejoins Miribel les Échelles – les échelles, décidément ils ont de l’humour dans le coin – pour me laisser glisser vers Saint-Laurent du Pont… sachant qu’il me faudra regrimper tout de suite après, vers Saint-Pierre de Chartreuse. Et cette montée me semble ingrate, toujours dans la fournaise et malgré l’ombre ; et je m’arrête plusieurs fois en cours de route. Manque de motivation de fin de parcours ? On dira ça ! Encore en forêt, le panneau d’entrée de ville de Saint-Pierre de Chartreuse ne signifie pas la fin de la montée, car le bourg n’est pas là. Il faut encore affronter une centaine de mètres de dénivelé… ou se contenter du pointage photo ! Ne reculant devant aucun sacrifice, j’ai continué à grimper les 8 % vers le village que je connaissais déjà ; mais quoi, vous ne faites pas les choses jusqu’au bout, vous ? Bref, c’est parti pour un petit tour dans le bourg, avec pointage et ravitaillement pour le soir. Je fais une pause sur les hauteurs. L’entrée de l’église me paraît toujours aussi étrange avec ses deux portes battantes vitrées ; cela me fait davantage penser à une vitrine de charcuterie qu’à un accès à l’univers Sacré. Et son style m’interpelle aussi, avec ses éléments rappelant – comme celle de Villette un peu plus tôt – les temples antiques.

  • Grenoble   (29km / dénivelé 520m+)

Bon, bah voilà, après ça il n’y a plus qu’à se laisser glisser pour retourner à Grenoble prendre le premier train demain matin vers Paris. Je m’accorde un dernier arrêt camping en cours de route, pour profiter de la montagne et repartir bien frais. Sauf que… Dans mes souvenirs j’avais mis le col de Porte dans l’autre sens, et donc dans celui de la descente… Sauf que non m’sieur, il faut le grimper avant de pouvoir se laisser glisser paresseusement vers Grenoble. Et merde ! Bon, entre nous, est-ce qu’après une semaine à escalader tout ce qu’on peut à travers le Dauphiné, je vais faire une montagne – oh l’humour à deux balles – pour 500m de dénivelé ? Ben non, alors c’est reparti… avec quand même un peu de mal, je ne vais pas vous servir une belle histoire de héros infatigable, et tout et tout. Ce qu’il y a de bien avec le col de Porte, c’est que vous traversez une forêt. Une balade en forêt comme une autre, sauf que la forêt, celle-là, allez savoir pourquoi – ah si, je sais, je suis dans un col – elle n’en finit pas de grimper. Et dans les forêts, des fois, il traîne des grands méchants loups ; ou plutôt des abrutis dont un me pile au cul dans de longs crissements de pneus. J’aurais presque eu pitié du caoutchouc et de ses cris déchirants, s’il ne s’agissait pas de se faire aplatir. Finir écrabouillé si près du but, c’est bête ; c’est très con, même ! Pour ne pas me voir en bleu clair, jaune fluo, orange criard, et avec deux guibolles qui tricotent ; je ne sais pas ce qu’il faut de plus, ah si… Un cerveau peut-être ? Le Rallye de la Chartreuse passera sur ces routes dans une petite quinzaine, et j’ai l’impression qu’une poignée de débiles à bagnoles s’entraînent déjà avec leur caisse de tous les jours… à moins qu’ils soient seulement crétins à temps plein ! Bref, une fois en haut et de justesse en vie, au Col de Porte donc, je n’ai plus qu’à rejoindre ma dernière escale au Sappey en Chartreuse pour une bonne douche et une nuit tranquille.

Vendredi 3 août, il fera jour dans près de deux heures. Je replie une dernière fois tout bon bazar à la lampe torche et quitte le camping endormi. Ce coup-ci c’est vrai, il n’y a vraiment qu’à se laisser glisser dans la descente jusqu’à la gare de Grenoble. Tout juste après le col de Vence, un magnifique panorama nocturne s’ouvre sur les lumières de la cuvette grenobloise en contrebas. Je ne me lasse pas du spectacle de la métropole encore ensommeillé. Voilà, c’est fini : une semaine à courir le Dauphiné pour réaliser 1100km et les 18 pointages des BCN-BPF, à franchir 33 cols – identifiés ou non par leur p’tite pancarte – sans aucun souci physique, et si peu de problèmes mécaniques. Maintenant je peux vous l’avouer, j’ai eu peur en cassant une gaine de câble de dérailleur à peine à mi-parcours, et qui a tenu rafistolée avec des passages de vitesses un peu merdiques, mais franchement, je ne pouvais pas espérer mieux ! Alors, l’été prochain vous y allez ?

 

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