BCN et BPF : Languedoc – 11 Aude & 30 Gard & 34 Hérault

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Kilomètres réalisés : 24475
Provinces BPF validées : 30 / 36
Départements BCN validés : 81 / 91

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Troisième et dernier circuit pour boucler cette province du Languedoc, après le Tarn et la Haute-Garonne suivis de la Haute-Loire, l’Ardèche et la Lozère. Cette fois-ci encore, davantage de cols sur ce millier de kilomètres. 40, comme ça, parce que j’aime les comptes ronds, mais il aurait pu en avoir un de moins, celui du Pradel… un féroce avec une bonne prise de dénivelé qu’on aurait pu s’éviter, dans les 550m après le pointage de La Fajolle. Mais bon, un de plus, un de moins ; allez on y va, voici la liste :

  • le Pas du Sant (602m)
  • le Col de Caunan (597m)
  • le Col du Fauredon (807m)
  • le Col de la Tranchée (832m)
  • le Col de Frajure (957m)
  • le Col Notre Dame (667m)
  • le Col Vert (555m)
  • le Col de l’Engayresque (828m)
  • le Col de la Cravate (960m)
  • le Col de la Sablière (1025m)
  • le Col de la Broue (1102m)
  • le Col du Minier (1264m)
  • le Col de la Serreyrède (1299m)
  • le Col de Prat Peyrot (1415m)
  • le Col de Trépaloup (1503m)
  • le Plo du Four (1407m)
  • le Col Salidès (1014m)
  • le Pas de Gallardet (71m)
  • le Col de Villerouge (404m)
  • le Col de la Tranchée (372m)
  • le Col des Liges (406m)
  • le Col du Prat (455m)
  • le Col d’En Gleizes (430m)
  • le Col de la Croix (478m)
  • le Col de Grès (406m)
  • le Col de la Croix Dessus (403m)
  • le Col du Triby (344m)
  • le Col de l’Auzine (335m)
  • le Grau de Maury (436m)
  • le Col de Bose (234m)
  • le Coll de Segas (380m)
  • le Col du Campérié (514m)
  • le Col du Pradel (1673m)
  • le Col des Rives (907m)
  • le Col du Chandelier (854m)
  • le Col de Saint-Benoit (614m)
  • le Col du Bac (620m)
  • le Col de l’Espinas (500m)
  • le Col d’Al Bosc (250m)
  • le Col du Loup (285m)

Pas de panique, certains sont faciles, d’autres sont informels, parfois ils sont les deux à la fois… mais finissent tous par se laisser grimper, plus ou moins bien ! C’est parti, début de matinée, sortie nébuleuse de la gare de Carcassonne après une nuit au confort et au calme approximatif passé assis dans le train de nuit. Pas de couchette – pour le retour non plus d’ailleurs – pas très malin, question de budget… car même en faisant tous ces BCN / BPF à la façon d’un clochard céleste, le coût du transport est incompressible… et au bout du compte, si on additionne, il devient colossal ! Bref, nuit nébuleuse mais début de circuit doux en suivant directement le Canal du Midi en sortant de la gare, puis au bout de 5km le chemin s’en éloigne en échangeant l’eau contre le vignoble du Cabardès. Arriver au pointage de Lastours n’est qu’une formalité au terme d’une étape courte, plate et tranquille…. mais ça ne va pas durer, promis !

En obliquant dans le village en direction de l’église, tout de suite la route se cabre. 200m de dénivelé à gagner… et ce ne sera pas la dernière côte ! Sur la gauche apparaissent au loin, atténues par le voile atmosphérique, les Pyrénées dont quelques sommités sont encore un peu enneigées, bien qu’ici encore tôt dans la matinée il fait déjà 27°C… et la température va monter – férocement – chaque jour de cette randonnée. Après l’altitude gagnée, la route repart à la hausse pour s’extraire de Villanière pour continuer à monter doucement jusqu’aux abords de Cuxas-Cabardès. On est bien rentré dans la Montagne Noire comme l’indiquaient les panneaux dès Lastours. La route s’établit ensuite plus ou moins en plateau pour arriver au contrôle de Saissac qui laisse de temps à autre voir sur la gauche un panorama dégagé sur la plaine lointaine en contrebas.

En repartant, la route remonte doucement. Après une longue descente agréable menant à Arfons, elle forme de longs vallonnements. Au Pas du Sant, même si rien ne matérialise le petit col, la descente est raide et les lacets courts. À Escoussens, on perd 300 bons mètres d’altitude en ressortant de la Montagne noire qu’on vient de longer sur son bord sud-ouest. La route est ensuite plate, facile en passant par Boissezon, puis s’élève doucement jusqu’au Col de Caunan. Après une petite redescente, aller vers le Col de Faurédon se fait sur le même rythme de montée raisonnable. Après le sommet supposé, faute de panneau, la route descend ensuite en longues dents de scie pour repartir à la hausse en quittant Anglès avec seulement une cinquantaine de mètres de dénivelé perdue. Après le col suivant, celui de le Tranchée qui n’est toujours pas indiqué, la descente est plus franche jusqu’aux rives du Lac de la Raviège, où je continue plus ou moins au voisinage des berges. Je marque un arrêt à la fontaine pour faire le plein des bidons à l’eau de caractère de La Salvetat-sur-Agout qui me paraît âpre, amère. Ici, contrairement à la publicité elle ne jaillit pas pétillante mais se laisse boire… surtout par la chaleur qui monte. La fin de l’étape finit plate pour atteindre le contrôle de Fraïsse-sur-Agout.

Tout de suite, avant de ressortir du village, la route grimpe vers le Col de la Frajure et je m’arrête saluer l’Hêtre de la Jasse, qu’on dit millénaire… et vraisemblablement plus jeune de 300 ou 400 ans, mais c’est déjà très largement exceptionnel pour un hêtre, et encore plus pour un Être ! La patience du végétal à habiter le monde nous ramène à notre condition de petits animaux éphémères et vaniteux. Redescendre le col se fait sous un couvert d’arbres opaque jusqu’au Lac du Laouzas dont on suit là aussi longuement le voisinage de la berge. La route se fait un peu vallonnée à Murat-sur-Vèbre ; et après La Bessière, la longue descente viroleuse au calme dans les bois, puis s’enfonçant dans de très belles gorges, est très agréable en début de soirée. À Brusque, les ruines du château veillent de leur éternité sur les âmes du village en contrebas. La route est plate et bien roulante jusqu’à Fayet, à peine gondolée jusqu’à Cénomes où en quittant le bourg, commence l’ascension du Col de Notre Dame. Bien que redescendu au fond de la vallée ça ne fait « que » 200m de dénivelé à reprendre. Sur la crête, les éoliennes tournent joyeusement sous la force de ce vent qui m’a agacé toute la journée, rafraîchissant à peine l’air, incitant avec leur bruit de voiles légères a déjà y voir la chimère d’un bord de mer, mais ça ne sera pas pour tout de suite, même pas pour demain ! Après cette montée assez facile, comme pour Brusque, Ceilhes-et-Rocozels est profondément inséré au fond de sa cuvette ; les altitudes entre les trois cols qui se succèdent jusqu’à celui de l’Engayresque sont trompeuses, laissant penser qu’il y a peu à reprendre à chaque fois. Trop tard pour arriver à pointer de jour au Caylar, alors je m’arrête au bord du Lac d’Avène. Les batraciens font un bruit incroyablement entêtant. Les laissant à leur discussion sans fin, je repars au bout de quelques heures. La nuit est paisible, la montée du col met longtemps à s’établir. Passé Roqueredonde, une ribambelle de clignotements rouge révélant dans les ténèbres un champ éolien s’éloignant dans mon dos. Au sommet du Col de l’Engayresque les clignotements sont devenus multitude, n’arrivant  pas cependant, à rivaliser avec la légion muette et éternelle des étoiles. Après un instant contemplatif – la proximité du temple bouddhique de Lérab Ling y est peut-être pour quelque chose ? – la route baisse paresseusement, remonte, bref reste sur les hauteurs. Les lumières de l’aire de l’autoroute du Caylar se voient de loin sur la plaine, indiquant l’arrivée prochaine au village encore invisible en fin de nuit. Il reste à attendre le retour de l’aube pour pouvoir pointer.

Le chemin menant au contrôle suivant de Blandas je le connais, pour l’avoir fait à l’identique il y a un mois… en sens inverse au début des 1950km de La Vie de Château. Pas de grosse surprise donc, un air de déjà-vu, mais une vision quand même un peu différente. Le paysage de Causse est magique dans les premières lueurs du jour. L’air est très frais, le vent aussi ; il faut en profiter, je vais bientôt regretter cette douzaine de degrés du petit matin ! Le début d’étape est bien roulant, puis la route plonge vers Vissec qui porte bien son nom avec l’aridité du paysage alentour, et le petit ruisseau réduit à l’état de champ de cailloux asséché. Il faut alors reprendre dans les 200m de dénivelé jusqu’aux abords du contrôle de Blandas où ça redescend.

L’’étape redémarre bien roulante, puis plonge – hélas ! – pour faire perdre toute l’altitude péniblement gagnée au cours du labeur d’hier. L’altitude n’est plus qu’à 200m… alors que dans une cinquantaine de kilomètres il faudrait être retourné en haut de l’Aigoual à 1550 et quelques mètres. La matinée s’annonce âpre, donc. En attendant, rien de trop difficile jusqu’à temps de frôler Le Vigan, où il faut maintenant grimper. La pente est régulière, et à mesure que l’on s’élève, l’ombre devient inexistante. Les premiers cols de la série se font informels, ni Cravate ni Sablière. La montée se fait fastidieuse jusqu’au premier qui sorte de son anonymat, celui de la Broue passés les 1100m. Poursuivre vers le Col du Minier se fait sur le même rythme. En bord de route, les rochers largement fracturés en gros blocs semblent tenir miraculeusement en équilibre au lieu de s’écraser sur le bitume ou au fond de la vallée. Au cours de l’ascension on regagne un peu d’ombre. Après le sommet, l’altitude redescend d’une centaine de mètres avant de se stabiliser, de repartir encore un  peu à la descente avant de se mettre à remonter à l’approche de l’Espérou. Après le village, le parcours échange la route sur laquelle on grimpe depuis près de 30km pour des chemins qui varient un peu… mais toujours en montée. Depuis ce matin, toutes les ascensions de cols restent raisonnables avec des pentes autour de 5%… plus ou moins longues ! L’observatoire du Mont Aigoual est atteint à midi.

Quelques touristes déambulent là-haut, et je m’attendais à davantage avec le beau temps de cette fin juin. La descente commence avec un relief un peu hésitant, puis devient franche, rapide. Passer le Col Salidès demande à regrimper une centaine de mètres de dénivelé à 7-8%. L’effort est surprenant après toute une matinée passée sur des pentes moins raides, et la paresse d’une chute de 650m d’altitude. Pas un poil d’ombre, pas de panneau de sommet, et la route reprend sa descente jusqu’à Saint-André-de-Valborgne, se poursuivant en faux plats descendants jusqu’à Saint-Jean-du-Gard. L’étape se termine vallonnée pour atteindre le contrôle d’Anduze.

Début d’étape gondolé mais roulant en passant par Alès – ni plus ni moins laide que la plupart des grandes villes – puis Auzon. Seule la remontée vers Méjannes-le-Clap est un peu pénible, puis la traversée du massif boisé de la Cèze est facile, moitié à plat moitié en descente, pour continuer sur les grands bouts droits en sortie de bois à Saint-André-de-Roquepertuis. L’arrivée au pointage de La Roque-sur-Cèze en début de soirée reste facile.

Après une escale de quelques heures c’est reparti. En fin de nuit une petite trentaine de kilomètres vallonnés mènent au contrôle de Uzès.

C’est reparti à plat. En passant par le très beau Pont Saint-Nicolas, le Gardon est totalement à sec, ne reste dans son lit qu’un vestige de graviers. La route s’élève ensuite dans un décor montagnard rocheux. La montée s’étire sur des kilomètres en direction de Poulx, reprend pour traverser le village, et redescend pour en sortir. La route plate contourne Nîmes avec un sursaut en quittant Générac. La vigne est omniprésente et exubérante sur les bords des routes. Je la retrouverai souvent… souvent irriguée, d’ailleurs, hélas. Que vaut le terroir, le « climat », si on freine le développement de l’enracinement par un apport paresseux d’humidité en surface ? La mer se rapproche avec en avants-postes les étangs de Scamandre et du Charnier. Franquevaux marque le point d’entrée en Petite Camargue. Aigues-Mortes n’est plus très loin au bout des longues lignes droites plates cyclables.

Il reste à garder le cap sud-ouest pour descendre les 60km de littoral jusqu’à Sète. Pas simple, car sur toute cette étape pistes cyclables et voies vertes n’ont pas forcément grande cohérence ni beaucoup de continuité, partent dans tous les sens, se perdent en ville, s’absentent, réapparaissent plus loin. Bien qu’il n’y ait aucun relief, l’avancée se fait laborieuse, impatiente, pénible dans la fatigue mentale de détricoter un chemin en principe tout simple, mais entravé par l’absence de routes en dehors de grands axes risqués et/ou interdits comme celui menant vers Carnon où l’on se retrouve face à un chemin de terre caillouteux sans avoir d’autre choix d’itinéraire. Avant cela, au Grau-du-Roi tout s’est compliqué. Le village est embouteillé, en fête, celle de la Saint-Pierre, fête des pêcheurs. De gros passages sableux glissants traversent la route, j’évite la chute et plus loin le pont tournant est pivoté. Une armada de navires rentrent au port ce midi. La noria de chalutiers est interminable. Impossible de passer ailleurs à vélo – en sécurité – que par cet unique chemin menant à La Grande-Motte. J’attends sous le cagnard un temps infini que le pont se remette face à la route. Après une éternité les barrières se lèvent, et la foule des deux côtés se rue droit devant. Nouvelle grosse poche de sable sur le bitume. Je ne l’anticipe pas celle-ci, l’aperçois au dernier moment en tournant… et m’étale lourdement au sol. En repartant, une pédale ne s’enclenche pas. Je suis agacé par ce gravillon qui m’empêche de vérouiller, et  mets un moment à comprendre que je viens de casser bêtement une cale. J’en ai d’habitude une de secours dans la sacoche, mais comme j’en avais mis des neuves avant de partir, aucun intérêt ! Cela m’étais pourtant arrivé sur la Flèche de France Bellegarde-Paris… sauf que cette fois, entre aujourd’hui et demain, le dimanche et le lundi, aucune chance de trouver un vélociste pour me dépanner. Il faudra faire avec… pour les 500km restants ! Première chose, j’intervertis les cales pour avoir la défectueuse du côté où je mets pied à terre à l’arrêt. Ainsi les démarrages sont plus faciles sans que le pied châsse trop. Ensuite il faut adapter son pédalage. À chaque tour ne pas oublier de bloquer le pied vers l’arrière alors que l’appui l’entraîne naturellement vers l’avant. Faire attention à ne pas se décaler en latéral à la longue, sinon le pied s’éjecte. Pour les démarrages en côtes et gros appuis dans les cols, appuyer davantage du côté stable… Une fois que vous avez intégré tout cela – y compris les possibilités de chutes en cas de violent déclipssage inattendu ! – le pied ne châsse que toutes les 5 ou 10mn lorsque le pédalage redevient naturel et automatique alors que l’attention se relâche. Finir par rejoindre le contrôle de Sète tourne au calvaire dans ces conditions… mais le plus dur reste encore à faire. Passer devant la gare sans réfléchir – elle est pourtant grande et belle, une vraie tentation – au chemin qui reste, prendre sur soi, savoir que ça ne va pas être simple, continuer !

Après avoir réussi à s’extraire de Sète, à partir de Gigean le plat se change en longs vallonnements sous la chaleur écrasante de l’après-midi. La canicule est là – pas plus de fraîcheur en bord de mer qu’à l’intérieur des terres – et va s’intensifier sur le reste de cette randonnée… ce qui ne va pas arranger mes problèmes de pédalage. Le Pas du Galardet, petit col symbolique, se passe sans même s’en apercevoir. S’il devait y en avoir un dans les environs, la belle montée après Villeveyrac l’aurait mérité davantage. Pour le reste, arriver à Saint-Guilhem-le-Désert par les magnifiques gorges de l’Hérault ne représente pas vraiment de dénivelé.

En repartant, avant de bifurquer vers le joli village de Saint-Jean-de-Fos, en repassant devant le pont médiéval – construit par le Diable lui-même en trois jours, qui comme bien souvent dans les légendes finit par se faire berner par un homme plus malin que lui ! – on peut apercevoir au fond des gorges un énigmatique vestige de tour carrée, qui était en fait le moulin de l’ancienne abbaye. En chemin vers Jonquières, les montagnes se font présentes sur une bonne moitié de l’horizon, en particulier droit devant… bien qu’en principe le circuit n’y retourne pas vraiment dans cette étape facile… où ne peuvent surprendre que les quatre cours raidillons – le plus dur à 13% – de la petite route permettant d’arriver au contrôle de Mourèze.

Le jour décline. Je marque un arrêt décrasse intégral aux toilettes publiques… sur fond sonore improbable. Dans le village, 21 juin oblige, la Fête de la Musique bat son plein ; plus braillarde et semblant venir du parc des Courtinals… et plus mélodieuse à la terrasse du restaurant en centre-ville. Je pousse jusqu’à Salasc, à travers le défilé rocheux au crépuscule. Le petit bourg est joli, plus calme, plus propice à faire une halte nocturne de quelques heures pour ne pas arriver trop tôt au contrôle suivant… puis c’est reparti, sur une route à la hausse. Les ratés se font plus nombreux avec la pédale, il faut réapprivoiser la gestuelle particulière de cette cale cassée au Grau-du-Roi… et surtout, ne pas penser aux 350km restant où le pied va continuer à s’éjecter toutes les 10mn, pour ne pas devenir fou ! En attendant, il faut grimper en continu sur plusieurs kilomètres dans la nuit tranquille. Comme hier le vignoble est omniprésent au bord des routes, et ce matin c’est au tour du vin Faugères dans les longs vallonnements pas très durs qui se poursuivent. À traverser les vignes sur les hauteurs par les petits chemins, on voit en contrebas la plaine s’étendant jusqu’à Béziers, d’où provient le murmure assourdi des moteurs. Les éphippigères endormies dans les feuilles ne font pas entendre leurs stridulations. Contrairement aux insectes encore muets, les clapotis de la grande fontaine de Cazedarnes sont apaisants sous la chaleur de ce début de matinée, et je peux faire le plein des bidons au robinet du cimetière de Cébazan, troquant mon eau tiède pour de la – provisoirement – plus fraîche. Le sommet du clocher de l’église de Villepassans est colonisé par tout un groupe d’antennes-relais. La cloche disparaît dans le fouillis de cette forêt impie. À quoi bon, un édifice de Dieu a déjà en principe la connexion directe avec le divin. En tout cas, le bon goût et le respect du patrimoine n’ont apparemment pas étés des considérations essentielles, impossible de faire plus laid… même en le voulant ! Sur les coteaux d’en face, j’aperçois les premiers stigmates sombres et ocrés d’anciens incendies de forêt au milieu de quelques touches vertes résilientes. Vu la chaleur qui continue à monter cette fin juin, il suffirait d’un rien pour que le feu revienne finir son oeuvre. La rivière La Cesse porte bien son nom, comme tant d’autres petits cours d’eau, transformés en champs de cailloux asséchées. Pour moi qui suis peu habitué à ces paysages méridionaux, je trouve cela d’une grande tristesse. Le contrôle de Minerve se rapproche au terme de cette étape vallonnée mais restant roulante. Le joli village minéral aux maisons de pierres repliées les unes sur les autres apparaît de loin sur son éperon rocheux.

Fin de matinée, 43°C – au-dessus du bitume – et ça ne fait que monter… Rester en mouvement permet d’entretenir une fraîcheur relative engendrée par le vent du déplacement sur ces routes sans aucune ombre. La deuxième partie d’étape devient plate sur les grands bouts droits tracés à travers les Corbières, et permet de rejoindre facilement le contrôle de Lagrasse désert et écrasé de chaleur. Cette fois je chemine en plein à travers les arbres à moitié calcinés. Le contraste entre les troncs noirs et la végétation qui peine à reprendre est étonnant… et profondément triste !

Quelques kilomètres après être reparti, la route prend de la hauteur en direction de Villerouge-Termenès, village pris entre le Col de Villerouge – et son panorama sur les Corbières – et celui de la Tranchée. En passant par Félines-Termenès, si vous avez l’œil, vous aurez remarqué à gauche le robinet juste avant le jeu de boules pour vous rafraîchir à l’ombre. L’enchaînement continu des petits cols depuis Lagrasse – certains indiqués, d’autres anonymes – cherche son identité entre de très longs vallonnements pour le peu de dénivelé pris, et de vrais petits cols pour leur caractère et le paysage environnant. Seul le Col de la Croix, sans aucun panneau, grimpe bien plus haut que son sommet supposé. En descendant de l’informel Col de la Croix Dessus, se dévoile le prochain pointage de Duilhac-sous-Peyrepertuse, visible quelques kilomètres avant, au détour d’un lacet.

C’est repart en toute fin d’après-midi en passant par le supposé Col de Triby, car même sans panneau on sent bien que ça monte. Le parcours frôle Cucugnan, petit village qui semble étrange sur cette face, comme bâti sur un pain de sucre avec un moulin en son sommet, presque comme une image d’Épinal d’un Montmartre pour touristes chinois ! Face au Grau de Maury, les ruines du château de Quéribus guettent l’éternité du sommet de la crête rocheuse. La bascule de ce col informel est incroyable. Le paysage change du tout au tout, comme certains cols ont cette faculté étonnante d’offrir des physionomies totalement différentes selon leurs versants. La vue est saisissante, extraordinaire tout le temps de la descente très rapide qui permet d’en pendre plein les yeux… mais aucune photo ! Arrivé en bas, le parcours transgresse le Languedoc en traversant le Fenouillèdes, allant plein ouest en faux plat jusqu’au col de Campélié. C’est le seul moment où la route monte sur la trentaine de kilomètres de ces grands bouts droits depuis Maury. Il faut surtout profiter, après, de la belle descente avant de mettre cap au sud dans les gorges du Rebenty. La route y serpente au fond, assez sombres au soir, près du ruisseau joyeux et expressif. Le jour tombe rapidement au creux de la roche et je poursuis ma route, tranquille. Les villages s’égrènent de loin en loin. L’éclairage urbain au clair de lune joue avec les reflets du ruisseau, poésie simple de la montagne. Après Mérial, la pente qui était douce jusque-là devient un peu plus raide, et l’approche de La Fajolle se présente via un beau raidillon d’une douzaine de pourcents. Le village apparaît bien trop tôt pour le contrôle. Mais comme j’avais cette idée en tête, je pousse plus haut, pour grappiller le 40ème col de ce parcours, comme ça, par goût, de l’effort… et l’obsession des comptes ronds !

À partir de là, la montée raisonnable se change en vraie ascension de col sur les huit derniers kilomètres permettant de gagner les 550m de dénivelé menant au Col du Pradel. Après plus de 900km à crapahuter, c’est long. Avec une pédale foireuse, c’est emmerdant – et éventuellement dangereux – mais il fait nuit, j’ai du temps, il n’y a personne. C’est un peu laborieux, m’en fous ! En haut, règne la silhouette noire des roches, dentellière du bleu marine du ciel. Heures suspendues, un moment à contempler l’immensité, un autre à profiter des caresses de fraîcheur  – toutes relatives comme les pierres ont emmagasinées la fournaise en journée – du vent léger. Bientôt l’aube se fait promesse, le bleu profond du ciel pâlit, je peux redescendre prudemment jusqu’à La Fajolle, pour y pointer cette fois au jour revenu. Demi-tour, donc. En repartant dans la descente, je marque un arrêt décrassage intégral aux toilettes publiques sur la petite aire aménagée de Mérial. Le défilé de Joucou est extraordinaire avec ses énormes blocs rocheux revenant en porte-à-faux au-dessus de la tête et occupant toute la largeur de la route ! En obliquant avant Belfort-sur-Rebenty, en quittant l’itinéraire de l’aller, on se retrouve tout de suite à grimper vers le Col des Rives et ses 200m de dénivelé à reprendre… Sensation étrange de retrouver ensuite une petite route facile, roulante après la nuit à grimper, d’avancer sans effort sur le plateau de Sault, puis la descente se poursuit jusqu’à Chalabre. En quittant le village la route commence à remonter vers le Col de Saint Benoit, sans un poil d’ombre par cette canicule se faisant de plus en plus féroce à mesure que les jours passent. Après le supposé sommet, la route se retrouve à l’ombre et le Col du Bac passe dans la foulée sans grimper, pour se poursuivre principalement en descente jusqu’à Limoux. C’en n’est pas encore finit des montées, et il faut passer les cols d’Al Bosc, du Loup, et de Gardie avant de rejoindre le dernier contrôle de Saint-Hilaire par une courte descente.

Midi, 45°C au-dessus du bitume. La chaleur a encore du potentiel pour grimper dans l’après-midi. L’air est sec, brûlant. Les bidons chauds coupent l’envie de boire mais la soif est là, le cadre du vélo est tiède, même le vent qui se lève ne rafraîchi rien. Il reste une petite vingtaine de kilomètres. La route est plate jusqu’à Leuc, puis remonte à Couffoulens en direction de Cananac. Une fois rentré dans le village la côte s’arrête, plonge avec en perspective un beau panorama sur la plaine de Carcassonne. La fin est toute proche, l’entrée en ville évite les grands axes en passant par un petit chemin improbable, puis les fortifications de La Cité apparaissent fugitivement. La gare est à deux pas. Fin de cette province du Languedoc aux huit départements, un gros bout de ces BCN / BPF, une belle… mais exigeante aventure. À vous d’essayer pour le confirmer !

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