BCN et BPF : Languedoc – 07 Ardèche & 43 Haute-Loire & 48 Lozère

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Kilomètres réalisés : 23440
Provinces BPF validées : 29 / 36
Départements BCN validés : 78 / 91

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Deuxième partie de cette province du Languedoc aux huit départements, après un début « tranquille » dans le Tarn et la Haute-Garonne, ici on s’attaque à du sérieux, du brutal, du lourd ! D’accord, on est loin des Alpes et des Pyrénées, pas vraiment tout à fait dans le Massif Central, et pourtant ça va grimper… et pas qu’un peu ! Un parcours plus exigeant qu’il pourrait paraître, donc, sillonnant les routes de Haute-Loire, d’Ardèche et de Lozère. Pour vous en convaincre, matérialisés par des panneaux de sommets ou non, ce circuit ne manque pas de cols ! Pas de panique, certains sont très faciles, pas tous, mais aucuns ne sont insurmontables. Comme chez le toubib, dites 33 :

  • le Col de Montclard (860m)
  • le Col de Crie (1015m)
  • le Col de la Clède (1385m)
  • le Col des 4 chemins (1260m)
  • le Col de Gage (1098m)
  • le Col du Cros de Boutazon (1378m)
  • le Col de la Chavade (1266m)
  • le Col du Pendu (1435m)
  • le Col du Bez (1229m)
  • le Col de Meyrand (1369m)
  • le Col de Loubaresse (1142m)
  • le Col de la Croix de Rocles (476m)
  • le Col du Suchet (479m)
  • la Tranchée de Bellevue (180m)
  • Le Pertus (183m)
  • le Col du Mas de l’Ayre (847m)
  • le Collet de Villefort (656m)
  • le Col de la Banlève (624m)
  • le Col de Canteperdrix (545m)
  • le Col de Valoussière (501m)
  • le Col de la Croix de Berthel (1088m)
  • le Col du Sapet (1080m)
  • le Col de l’Oumenet (902m)
  • le Col du Rey (987m)
  • le Col de la Pierre Plate (1015m)
  • le Col de Rieisse (946m)
  • le Col de Saint-Rome de Dolan (909m)
  • le Col de Longue Louve (864m)
  • le Col de Charpal (1375m)
  • le Col de la Pierre Plantée (1274m)
  • le Col de Très Regards (1232m)
  • le Col de Rossignol (1296m)
  • le Col de l’Hospitalet (1304m)

C’est parti, fin d’après-midi, sortie de Brioude sous le crachin. La voie verte permettant de franchir la route nationale en sécurité s’apparente plutôt à un sillon de gravier et de boue qu’à autre chose. Vestiges improbables, résidus de ce qui a peut-être été un jour du bitume… mais qui l’a oublié ! Dans ce bourbier on pourrait se demander où l’on a atterri. En étirant le regard vers l’horizon, tout de suite le ton est donné, la montagne est là tout autour. La promesse est tenue, on est là pour grimper, je vous l’avais dit. Avec le mauvais temps, les nuages très bas se sont accrochés en haut des monts. Simple mise en jambes, pas plus loin qu’un jet de pierre, cette première étape minuscule de 10km permet d’atteindre en début de soirée le joli petit village de pierre de Lavaudieu. Je ne sais pas ce qui, plus de l’heure tardive ou de la pluie fine qui continue à tomber, mais il n’y a aucun signe de vie dans les rues. La présence de l’Homme est juste trahie par la cloche de l’église qui se met à sonner alors que je m’apprête à repartir.

Après ce hors-d’œuvre vite enquillé, les magnifiques ruines du château féodal de Domeyrat attirent mon regard sur leur colline, jouant à cache-cache avec les arbres encore presque dénudés, pour se montrer plus proches ensuite et monumentales dans la vue dégagée. À mesure – qu’après Barthold – je monte vers le Col de Montclard dans le jour déclinant, je m’enfonce dans un nuage de brume. Le soir est gris laiteux dans la forêt. Rien ne vient troubler l’ambiance magique et solitaire sauf quelques cloches de troupeaux. Après le petit panneau du col, la route monte encore. Dans la nuit qui s’installe petit à petit, les grumes des pins coupés exhalent une délicieuse odeur rehaussée par l’humidité ambiante légèrement poisseuse. À Trabesson après un petit replat, la route repart à la hausse sur un pourcentage raisonnable. La montée du col s’achève en fait bien plus haut, 200m supplémentaires par rapport à son sommet, avant d’osciller en dents de scie en direction de Connangles. Après le village, la redescente se fait enfin évidente (12% selon le panneau) pour arriver vers les 900m d’altitude en approche de La Chaise-Dieu… puis la route remonte doucement pour atteindre ce contrôle. Monter, descendre, remonter, redescendre, ça va être la signature de ce parcours à la Sisyphe, autant se faire à l’idée !

Ne pas quitter la ville avant le pointage de l’aube. En attendant, je m’abrite dans le bâtiment sans porte ni fenêtres de l’ancienne gare… et c’est reparti au lever du jour. La route reste sur les hauteurs, sillonnant à plat. Le petit matin est très beau – très frais aussi avec les 4°C de cette fin avril – entre brume et nuages violacés jouant à travers les pins et les sommets. À Bellevue-la-Montagne, une longue descente très tortueuse avec peu de visibilité en face fait perdre dans les 500m d’altitude pour arriver à Vorey-sur-Arzon. Il est très agréable de se laisser glisser au creux du relief. Dans le brouillard, seul le jaune des genêts sauvages ravive les teintes laiteuses du paysage nébuleux au petit matin. La route continue à plat, largement brumeuse, dans la forêt mêlée au minéral des gorges de La Loire jusqu’à Ventressac, pour terminer sa descente à Retournac. Le chemin s’éloigne alors du fleuve en grimpant sur des kilomètres, offrant un temps de récupération par une légère descente à Malataverne puis à Yssingeaux. Le profil ne s’établit en longs vallonnements peu prononcés qu’à quelques kilomètres du pointage de Tence.

En repartant dans cette étape courte et facile, la route monte jusqu’aux abords du Chambon-sur-Lignon avant de se stabiliser à plat puis de reprendre un peu de relief jusqu’au contrôle de Saint-Agrève.

Ce début d’étape est facile puisqu’il suffit de se laisser glisser dans la descente en repartant du village, puis de continuer à plat en passant par le très facile Col de Crie. En chemin vers Les Vastres, s’étale à l’horizon sur fond de gros nuages ventrus l’alignement des Monts du Vivarais, et parmi eux, la silhouette du Mont Mézenc encore tacheté de plaques neigeuses bien visibles au loin. Après le faux plat menant à Fay-sur-Lignon, on peut profiter d’une courte descente avant que la route ne reparte à la hausse. Pour les deux derniers kilomètres permettant de rejoindre le pointage de Saint-Front, la route est enfin à la descente.

Le Chemin repart au sud, continuant à contourner le Mont Mézenc en s’en rapprochant, mais ce n’est pas celui-ci qui nous intéresse, mais le Gerbier de Jonc encore invisible dans le lointain. Dans cette étape toujours globalement en montée, le paysage se fait plus minéral en passant par Les Estables. La roche affleure l’herbe rase, et avant d’arriver au village, des jonquilles sauvages apportent une touche de jaune vif aux prairies. Quelques kilomètres plus loin, la route redescend momentanément et il faudra regrimper un peu en repassant par le Col de Clède, détour insignifiant apportant un col de plus au parcours, comme ça, pour rien, juste pour le plaisir ! Revenu sur l’itinéraire principal, la montée se poursuit pour devenir plus roulante sur cette étape pas si longue mais paraissant tellement laborieuse. À l’approche du Mont Gerbier de Jonc, la silhouette en pin de sucre fait quelques apparitions jouant à cache-cache avec les autres éléments du décor, et petit à petit – comme la route tourne autour on le voit sous un angle changeant – le rend plus évident avec ses lignes de fractures dans la roche le faisant ressembler à un empilement un peu désordonné de gros blocs rectangulaires.

Sur une petite vingtaine de kilomètres, cette fois globalement en descente, voilà une récompense du trajet déjà accompli. Il ne faudrait pas trop s’y habituer, car l’accès au lac d’Issarlès peut surprendre, avec un final en remontée permettant d’accéder au village éponyme et y pointer.

En repartant, la route grimpe en traversant le village et continue jusqu’au Col de Gage en donnant avec la hauteur de belles vues sur le lac. La descente jusqu’au lit de la rivière fait perdre 150m de dénivelé… qu’il faut reprendre, en dents de scie, juste après le cours d’eau. Comme continuer à rouler me ferait arriver en pleine nuit au contrôle suivant – que je ne pourrai pas valider avant l’aube – je marque un arrêt pour la nuit à Saint-Cirgues-en-Montagne. J’en profite pour me récurer consciencieusement aux toilettes publiques… qui excellente surprise ont même de l’eau chaude. Pour une fois je ne serai pas obligé de me laver à l’eau froide, autant en profiter ! Milieu de nuit, c’est reparti sur une route à plat menant jusqu’au tunnel du Roux pour se stabiliser ensuite en montée assez facile jusqu’au sommet du Col du Cros de Boutazon. Le col suivant, celui de la Chavade se cueille sans effort dans la descente… Alors vite au suivant ! L’ascension du Col du Pendu suit des pourcentages inégaux, plus élevés en bas que vers le haut où la pente s’épuise et le vent prend le relai sur le plateau. S’ensuit une bonne descente sur les 3km menant au Col du Bez. Dernier col au pourcentage régulier et raisonnable, celui de Meyrand est atteint en fin de nuit, il n’y a plus alors qu’à se laisser glisser jusqu’au contrôle de Loubaresse. La descente raide me donne le vertige dans les premières lueurs du jour, et c’est la première fois dans ce parcours – mais il y en aura quelques autres – où cette sensation étrange et merveilleuse de rouler au bord du précipice s’accompagne de cette peur archaïque.

Le minuscule village de vieilles pierres est encore endormi à l’aube, et c’est reparti vers le col du même nom… qui passera inaperçu dans le début d’une descente qui s’étend sur 20km. Après ce bon moment de récupération, la route fait deux sursauts assez faciles vers le Col de la Croix de Rocles puis entre Le Travers et le Col du Suchet, avant de continuer à perdre de l’altitude jusqu’à Largentière. En une heure à peine le chemin a dévalé toute la montagne ardéchoise pour se retrouver de façon incroyable au cœur de la vallée, dans des ambiances totalement différentes. En arrivant dans les Défilés de Ruoms il y a comme un petit air d’arrière-pays provençal dans le paysage, puis en route vers Lagorce, les arbres sont étonnamment feuillus. C’est idiot, mais ils sont encore largement déplumés en altitude dans leurs branchages d’hiver, que j’en avais oublié que dans la vallée ils pouvaient déjà avoir leur parure d’été. L’approche de Vallon-Pont-d’Arc se fait roulante pour accéder au contrôle au terme d’une étape facile ayant connu pour une fois très peu de montées par rapport aux descentes.

Beaucoup de monde dans le village et c’est reparti sur des grands bouts droits bien roulants. À l’horizon, se détachent les montagnes. Ça tombe bien, je dois y retourner pour la suite de ce circuit ! La route gondole un peu en traversant le Bois de Païolive inondé de soleil. La vision de ses magnifiques rochers affleurant et arbres torturés perd un peu de sa magie dans la lumière crue, mais permet à la fin de cette étape facile d’atteindre Les Vans.

Fini l’avancée tranquille, retour à la montagne donc – et jusqu’à la fin ! – et ça remonte tout de suite en quittant le village. En chemin vers le Col du Mas de l’Ayre la vue est tout de suite large sur le contrebas, puis le panorama se referme et la vision devient plus fugace. La montée est constante (à 5-6%) pour finir plus douce mais plus irrégulière, finissant vraiment à plat sur les deux derniers kilomètres. La descente se fait ensuite longuement attendre puis s’intensifie jusqu’à l’invisible Collet de Villefort. La route se poursuit plate et très roulante jusqu’au Col de la Banlève, pour continuer en descente dans la traversée de Génolhac et finissant à la bifurcation en direction du Pont-de-Montvert, à l’invisible Col de Valoussière. Ensuite, forcément il faut remonter… via un bon replat en passant par Le Travers. Le passage par Nojaret me fait sourire. Je suis bon public, je sais, mais il faut en avoir du jarret pour toutes ces montées… et celles qui restent à venir ! Après un nouveau moment de récupération et une franche redescente, passé Vialas on rentre dans le vif du sujet de l’ascension du Col de la Croix de Berthel avec une côte dans les 6,5% d’une régularité extraordinaire, montée plus fastidieuse que difficile dans mon impatience de rejoindre le contrôle du Pont-de-Montvert. La descente du col se fait en faux plat, avec bien du mal à retourner sous les mille mètres d’altitude, en devenant enfin franche à 2,5km du village.

Je ne sais pas qui de l’Âne, des Cévennes, de Stevenson ou de quoi que ce soit d’autre – à vrai dire je m’en fous je ne fais que passer – tout ce que je sais c’est que les commerçants étaient plus aimables la dernière fois que je suis venu ici, et c’est dommage pour un lieu tout de même mythique… Nous ne sommes qu’au début du printemps, qu’est-ce que ce sera en plein été avec les touristes ? Bref, je m’arrête quelques heures à l’écart, encore cette éternelle histoire de l’impossibilité de pointer de nuit, et c’est reparti. 4H du matin, il faut s’extraire du village endormi au creux de sa cuvette. Les étoiles sont assez nombreuses, de quoi se sentir moins seul. L’air est glacial, j’avais prévu pour les mains, pas pour les pieds. Je m’improvise une surépaisseur de chaussettes – je tiens à mes orteils avec mes problèmes de circulation sanguine – en découpant une couverture de survie. Il en restera toujours un bon bout au cas où… La montée vers le Col du Sapet suit une pente inégale mais toujours douce, presque un faux plat, sur la petite route serpentant en forêt. Au sommet, la même petite route étroite et viroleuse poursuit son chemin, mais sur ce versant la descente est franche… Difficile et dangereuse dit même le panneau, bien qu’avec le minimum de prudence que les ténèbres imposent, je ne me sois pas senti en insécurité. Au cœur de la nuit, manque de pression à l’arrière. Je regonfle ce qui m’a tout l’air d’une crevaison lente. Pour l’instant pas d’urgence. Il y a mieux pour bricoler que de cette petite route torturée bien qu’il n’y passe personne, mais sait-on jamais ; si ça pouvait attendre pour réparer, je préfère autant faire ça au jour dans un meilleur endroit ! Le col suivant, celui de l’Oumenet, commence par une belle côte puis s’épuise dans une série de replats successifs sans panneau sommital. Je joue de la pompe de plus en plus souvent, pas de miracle pour les fuites, puis le petit jour se profilant et surtout une belle zone dégagée, je m’arrête pour réparer à deux pas du contrôle de Barre-des-Cévennes.

En repartant du village, la route monte jusqu’au petit Col du Rey avec des portions à 8%. Après la route étroite et tortueuse de cette nuit au revêtement incertain, me voilà dans la longue descente en approche vers Florac sur une route large et lisse, comme dans un rêve si ce n’était pas déjà le matin ! À l’entrée en ville, un robinet de fontaine me permet en plus de l’appoint des bidons de me faire enfin un décrassage sommaire des mains après ma séance de mécanique de l’aube ; et en ressortant, le Causse Méjan est là tout près, barrière minérale dentelée bien dressée sur les hauteurs, comme un défi. Un de plus à relever sur ce parcours exigeant, dans les 500m d’altitude à reprendre d’un coup sur une pente régulière à 7-8%, ne pas ni y réfléchir ni hésiter, ça a déjà été fait sur ce parcours… et il faudra le refaire plus tard ! En haut se trouve le Col de la Pierre Plate, matérialisant le point d’entrée sur le plateau du Causse. Si l’Homme laisse les pins coloniser spontanément tout ce paysage ouvert d’herbe rase et de pierres affleurantes à perte de vue, que restera-t-il à l’avenir de ce décor grandiose, de ce désert vivant exceptionnel ? Dans cet univers dépouillé bosselé de légères collines sur le lointain, une butte assez inattendue fait prendre 80m d’altitude de Nivoliers à la Croix du Villaret. À partir de là, la fin de la traversée du Causse passe du plat au légèrement vallonné. En approchant du contrôle d’Aven Armand, le chemin d’accès se voit de loin, formant un arc de cercle montant dans la perspective droit devant. L’accès au site se fait en passant la butte… et c’est reparti en prenant la butte dans l’autre sens pour revenir sur le circuit !

Le début d’étape est plat, puis l’ascension du Col de Rieisse commence tranquille à 3-4% pour atteindre 6-7% dans sa deuxième moitié. Rien ne matérialise le sommet – comme souvent dans les cols de ce circuit, et particulièrement en Lozère – seul un petit refuge de pierre se trouve en haut, tandis que la route continue sans vraiment perdre de l’altitude… et même petit à petit fini par en gagner pour mettre enfin 6km à se décider à plonger vers le contrôle des Vignes, entre décor rocheux somptueux et précipice vertigineux, laissant entrevoir les villages profondément enchâssés au creux de la vallée.

Après une telle descente il faut forcément, en poursuivant son chemin dans la même direction, regrimper les Gorges du Tarn et reprendre les 500m d’altitude perdus. La Côte des Vignes est redoutable, je la connais déjà. Inutile de chercher à la passer en force, il faut patiemment y aller sur une pente démarrant à 8% avant même de quitter le village. Plus on s’élève et plus on aperçoit la saignée à travers le paysage par laquelle on a dévalé de la rive d’en face, comprend son âpreté, et à l’inverse explique la montée ingrate où l’on se trouve ! À Saint-Rome-de-Dolan, les Gorges du Tarn forment une fracture évidente, un effondrement grandiose dans le paysage… mais la montée n’est pas finie, elle continue plus douce en se terminant en chemin vers Le Massegros au panneau du Col de St Rome de Dolan. L’étape se poursuit très roulante avec – passé le discret Col de Longue Louve – une bonne longue descente en approche de La Canourgue. En quittant le centre-ville de Marvejols la route se met à grimper, nous sommes au pays du Gévaudan et de sa Bête. La montée est entrecoupée de quelques – trop – rares moments de répit en allant vers le Col de Charpal dont l’ascension commence par un raidillon à 10-12%. La pente se calme progressivement allant vers un long faux plat descendant qui peine à se réinstaller graduellement dans la montée. L’ascension se fait par sauts de puce successifs dont le dernier est beaucoup plus long que tous les autres. Bien que son existence soit confirmée par des panneaux routiers préalables, rien au sommet non plus n’indique ce Col de Charpal. L’altitude grimpe encore un peu au-dessus du sommet supposé pour descendre légèrement et se stabiliser en plateau. La suite est plus abrupte et plonge à 15% par paliers. C’est peut-être exagéré, mais se sont les panneaux qui le disent en chemin vers Le Plo-de-l’Habitarelle. Châteauneuf-de-Randon apparaît au loin de manière surréaliste dans le soir, camouflé derrière une série de monts herbeux dans la vision d’une maquette grandeur nature. Comme pour confirmer cette impression d’étrangeté, il faut faire tout le tour du tertre pour accéder au village de contrôle au sommet d’une autre butte. Sur la grande place du bourg figure une improbable statue de Bertrand Du Guesclin, témoignant de la volonté du breton d’assiéger – pendant la guerre de Cent Ans – le site pour en chasser les Anglais.

En repartant dans le petit jour glacé – 1°C pour une fin avril, on pouvait espérer mieux ! – il faut redescendre des hauteurs par la petite route viroleuse. Le panorama d’altitude est pris dans la brume, et les nuages filandreux sont de toute beauté. La route continue en longs creux et bosses faiblement marqués pour un début d’étape tranquille, à l’heure ou comme l’a écrit Victor Hugo blanchit la campagne. Premier village traversé après une vingtaine de kilomètres, la boulangerie de Grandrieu offre le réconfort matinal du ventre, la route perd 300m d’altitude et je fais le plein des bidons au ruisseau tandis que la descente s’achève au Nouveau-Monde ! Curieux nom hérité de la construction de cet ancien nœud ferroviaire, village frontière entre Lozère et Haute-Loire. Il faut ensuite remonter pour s’échapper du bourg blotti au creux d’un méandre de l’Allier, en s’élevant jusqu’au Bouchet-Saint-Nicolas, puis au Col de Très Regards via un replat en traversant Saint-Haon. Reste alors à descendre pour rejoindre le contrôle du Lac du Bouchet.

Après un demi-tour pour remonter – si l’on peut dire ! – au Col de Très Regards, d’un seul coup l’horizon s’ouvre sur la chaîne bleutée des monts et le village de Cayres étalé un peu en contrebas au loin. En sortant du village, grimper le Col de Rossignol prend seulement 3km pour une pente douce malgré un milieu à 7%. Tout de suite après l’altitude redescend comme dans un col typique… et contrairement à beaucoup de cols rencontrés en Lozère, qui eux, continuent à monter après le site, que ce soit en présence ou non d’un panneau. Ici au moins il y en a un… sur l’autre versant ! Tout de suite la vision se dégage aussi en sortant des bois. Après une bonne descente il faut regrimper un petit peu jusqu’à Saint-Jean-Lachalm. C’est un dimanche matin de braderie dans le village. Les vendeurs sont installés en sortie de bourg de part et d’autre de la départementale, les promeneurs gravitent autour, et tout ce beau monde cohabite avec la circulation ordinaire sans mise en garde, barrières, personnel de régulation, chicanes ou quoi que ce soit pour mettre habitants et visiteurs en sécurité. On s’en remet naïvement à l’intelligence des conducteurs transitant par ici… une installation surréaliste pour un pari risqué ! La côte redescend longuement et fortement après Conil jusqu’au contrôle de Monistrol-d’Allier en passant par Saint-Privat-d’Allier où de nombreuses devantures espèrent leur part juteuse du business de racket du pèlerin de St-Jacques fraîchement parti du Puy-en-Velay.

En traversant le village, il faut vraiment faire très attention au sol mouvant du pont cage Eiffel. En bougeant sur votre passage, les traverses métalliques du sol dégagent des rainures. La situation est périlleuse pour les vélos, le risque de chute bien réel, d’autant plus avec des pneus fins. Une fois passées ces ornières mouvantes, la route remonte l’Ance en direction de Saint-Préjet-d’Allier. La petite rivière impétueuse est bavarde, sa compagnie – que font taire momentanément deux barrages – agréable. Point négatif dans le paysage, en étant que fin avril les bassins de retenus sont loin d’être remplis. Les langues de sables asséchés sont déjà larges. Est-ce que vendre des bagnoles électriques à tour de bras comme un nouvel eldorado consumériste va vraiment sauver notre pauvre Planète, est-ce que le problème n’est pas plus vaste, est-ce qu’il ne mérite pas d’autres comportements que de vouloir tout changer sans rien changer de nos habitudes… pour ne surtout pas gâcher le festin cannibale ? Est-ce que l’écologie est devenue autre chose que le dernier Marché à la mode ? Faisant écho à mes réflexions je passe par Croisances ; presque croissance du coup, mais ici au moins vue la taille du patelin, il y a encore de la marge ! Constituant une menace – mais laquelle ? – protégeant leur troupeau, deux pastous dans un champ aux clôtures symboliques par apport à la taille des bestiaux tentent l’intimidation. Ils marquent des points mais deux fragiles rangées de fil de fer nous séparent… sans que j’aie remarqué de potentielles électrifications depuis le début de ce circuit ! Des attaques de clébards de toutes sortes j’en ai connu, les morsures qui vont avec quelquefois aussi, alors je ne suis pas tranquille. Je ralentis, j’essaie de tirer parti de la barrière illusoire qui nous sépare. Ils aboient, haussent le ton. Je me cale sur une avancée au pas et commence calmement les négociations. Tenter d’occuper sa tête et l’espace par la parole, se concentrer sur l’instant. Ils m’escortent bruyamment, je regarde la route d’un œil les chiens de l’autre, grand écart oculaire. Le laïus canin s’assourdit, je le trouve moins menaçant tout en continuant les pourparlers. Un traité de paix implicite fini par être conclu et je profite de mon laissez-passer sous quelques rabrouements pour la forme, question d’orgueil sans doute. Plus loin, bis repetita, un autre chien déambule librement dans la bourgade suivante, et quelques champs plus loin, un pastou de plus… Tout se finit miraculeusement sans course-poursuite, mais décidément, dans le Gévaudan je commence à avoir une idée de l’identité de la Bête ! Pendant ce temps-là les choses restent immuables et la route continue à monter. En direction de La Brugère et Le Villeret, le terrain se fait plus vallonné mais sans vraiment prendre de l’altitude. La montée vers le Col de l’Hospitalet se fait attendre et commence vraiment en quittant Chanaleilles avec un début à 10% qui s’agit à 8 pour finir en replat à 1200m d’altitude. Après une portion de descente, ça remonte d’un seul tenant en longeant le Domaine du Sauvage pour finir tranquille. Bien que sans panneau, c’en est fini du dernier col de ce circuit… mais ce qui ne veut pas dire dernière montée, il en reste encore de belles ! La descente se poursuit jusqu’à Saint-Alban-sur-Limagnole pour se poursuivre roulante et à plat à travers bois. L’accès à Saint-Chély-d’Apcher se mérite par une bonne côte d’un kilomètre, puis la route se remet à l’horizontale. Le clocher de l’église de Termes se voit de loin dans le paysage et annonce le dernier contrôle, celui de Fournels, tout proche.

Plus rien à pointer, la fin approche dans une petite centaine de kilomètres. Il n’y a en principe qu’à retourner à la gare de Brioude, mais avant de remonter cap au nord, autant prolonger jusqu’à Saint-Juéry pour profiter de la magnifique vue d’en haut du petit village éparpillé autour de son église. Après ce début d’étape vallonné, je marque un arrêt pour contempler depuis le Belvédère de Mallet le lac de retenue du Barrage de Grandval en contrebas… et me préparer pour la nuit dans l’air qui commence à rafraîchir. Je me laisse ensuite glisser jusqu’au pont qui me semblait minuscule il y a quelques instants vu des hauteurs. La petite route suit la berge d’en face, à plat avant de remonter la belle côte jusqu’à la sortie d’Auriac pour remonter dans un deuxième temps à l’entrée de Faverolles, tandis que la ligne des monts rougeoie sur l’horizon. La route repart ensuite en descente jusqu’à l’approche du viaduc de Garabit. Le majestueux pont ferroviaire de Gustave Eiffel est toujours là, grandiose comme dans mes souvenirs, enjambant La Truyère dans une teinte moins vive que le rouge éclatant lors de mon dernier passage. Sa vision nocturne fait toujours son effet, même si sur l’axe ouest-est on ne tourne pas autour des piles autant que sur l’axe sud-nord… et que l’éclairage s’éteint au moment où je passe juste dessous. 22h pile, extinction des feux, pas de chance ! Au cœur de la nuit, j’ai l’impression que la route grimpe pendant une éternité depuis le voisinage de la rivière. En effet, passé Ruynes-en-Margueride l’altitude est remontée à 1100m. Cette fois-ci le parcours peut enfin redescendre définitivement du relief ; depuis La Chapelle-Laurent il n’y a qu’à se laisser glisser jusqu’à Brioude. De quoi faire tourner les jambes, mouliner sans retenue, une heure à peine et c’en sera fini de ces petites routes de nuit, ce duo D13 D10 fatigantes et interminables demandant une attention constante, sans aucune ligne blanche pouvant servir de guide. Enfin revenu dans Brioude endormie, il me reste quelques heures à attendre le premier train… dans les 4h30 du mat’. Pari gagné pour ce trio Haute-Loire, Ardèche, Lozère qui sans être dans un grand massif est bien un véritable circuit montagnard exigeant… À vous d’essayer pour le confirmer !

 

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