C’est un secret pour personne, pour que votre transmission fonctionne silencieusement et en douceur, tout en garantissant une usure minimale, quelques gouttes d’huile sont indispensables sur la chaîne. Oui mais voilà, après quelques averses si le bonhomme est bien trempé, la transmission, elle, est devenue totalement sèche ; toute l’huile s’est faite lessivée par la flotte. S’il ne reste plus beaucoup de chemin à faire, pas trop grave, on s’en accommode, mais pour aller plus loin, pour finir les 500 ou 1000 km d’une longue sortie bien arrosée, comment faire ?
Même si d’habitude vous emportez toujours un petit flacon d’huile sur vous, il peut arriver que vous l’ayez oublié, ou que la répétition des épisodes pluvieux en soit venue à bout. À ce moment-là, la chaîne raccroche, les vitesses passent mal, la transmission est moins souple, les couinements deviennent agaçants… Forcément, rien en vue pour vous sortir d’affaire. Vous êtes en pleine campagne ou montagne, pas de vélocistes, pas de quincailleries, mais avec bien du mal une supérette se présente enfin. Pour la fringale vous voilà sauvé, mais pour le vélo alors ?
De l’huile, vu que c’est juste ce qu’il nous faut, il y en a partout en fait : sardines, miettes de thon, anchois, plus rarement maquereau… Avec les pizzas en distributeurs qu’on croise de plus en plus souvent sur le bord des routes ça ne marchera pas. C’est un manque de savoir vivre impardonnable, mais il n’y aura pas de dosette de la traditionnelle huile piquante. Comme la pizza est réchauffée avant de sortir de l’appareil, le berlingot en plastique serait à moitié fondu… donc voilà, il n’y en a pas ! Ne dégainez surtout pas en dépannage une boîte de sardines à la tomate ou de maquereau au vin blanc qui ne lubrifierait rien, ne tiendrait pas sur la chaîne, et formerait une mixture absolument abominable.
Bref, vous l’aurez compris, en ouvrant délicatement un coin de la boîte, on va se servir du jus pour lubrifier notre chaîne… Et voilà ! Ceci dit, pour essayer de le faire le plus proprement possible il y a trois écoles : soit en percutant l’anneau d’ouverture a minima, soit en faisant juste une petite entaille verseuse à l’aide d’un ouvre-boîte de survie, ou la barbare avec le tournevis de votre outil multifonctions que vous emportez toujours avec vous – n’est-ce pas ? – mais ça risque de gicler !
Bien entendu, la première solution ne nécessite aucun outil, mais le goutte-à-goutte sera plutôt de la grosse cochonnade… Vous pourrez ensuite en profiter pour manger ce qu’il y a dedans, la boîte, plutôt que de la gâcher !
En faisant défiler la chaîne sous la boîte, donc, essayez de ne pas en mettre partout, mais c’est un peu inévitable. Je vous entends d’ici : y’en a vite fait beaucoup trop, ça va attirer la poussière ou les chats, faire pâte à roder avec la crasse, tout ça, tout ça… D’accord, mais ce sera toujours mieux qu’une transmission complètement sèche couinant à l’agonie avec une chaîne raccrochant sur les pignons au lieu de passer de l’un à l’autre en souplesse.
Voilà comment se sortir de la panade à peu de frais, il fallait juste y penser. Pour éviter tout malentendu je vous rappelle le contexte : on est ici dans le cas d’une solution d’urgence pas d’un entretien de routine. Sur cette photo, 500km plus tard s’il ne s’est pas mis à pleuvoir à nouveau trop intensément, l’huile est toujours là… et bien dégueulasse aussi !
Une fois rentré, essuyez soigneusement le tout. C’est très important, et pas seulement pour l’esthétique. Si les résidus gras sont difficiles à retirer, ne pas utiliser d’acétone ou d’autre diluant ; une giclée de WD40 disperse très facilement l’huile à sardines sans être agressif.
Remettez ensuite votre lubrification habituelle et allez faire un petit tour pour bien la répartir sur chaîne et pignons. Ne laissez surtout pas ça tel quel – sous aucune raison – car si on l’oublie, l’huile végétale utilisée en mécanique a la fâcheuse tendance à se figer avec le temps, se transformant en un film collant, épais et tenace qui grippera tout… Et il sera très difficile de s’en débarrasser par la suite. Bref, une aide à court terme mais qui peut être un piège si on la laisse à long terme.
Et si vous êtes dans un coin paumé sans la moindre épicerie de village en vue ? En attendant, maintenir la transmission humide sera toujours mieux que de la faire fonctionner totalement à sec, alors une petite giclée du bidon, quelle que soit la boisson, de temps en temps sur la chaîne à la volée – voire uriner dessus si vous avez l’âme plus acrobatique ! – sera toujours mieux que rien du tout pour aider à faire glisser. C’est aussi pour ça qu’il ne sert à rien de remettre de l’huile après chaque averse, parce que tant que la chaîne est mouillée, pas d’urgence, et de toute façon l’huile ne restera pas accrochée au métal à cause de l’eau ou la présence d’humidité… et ce sera comme si vous n’avez rien fait.
Et en cas d’embargo sur la sardine, alors ? L’huile animale peut aussi convenir, avec la même procédure de nettoyage une fois de retour à la maison. Le foie de morue c’est très bon, mais son huile est particulièrement fluide. En dépannage ça fonctionne également très bien, mais on en met plus facilement vite fait partout. Autre alternative, les petits bocaux de filets d’anchois sont aussi intéressants si on veut pouvoir s’en servir plusieurs fois… malgré la présence de sel qui justifiera encore plus un bon nettoyage une fois rentré. En effet, la boîte de conserve on ne peut pas la refermer, le bocal si, c’est une évidence. Par contre, pas sur vous ni dans le sac à dos. Pour des raisons de sécurité évidentes en cas de chute, toujours dans une sacoche le verre !
Voilà, c’est une astuce répugnante que j’hésitais à partager, mais un jour ou l’autre vous serez peut-être contents d’y repenser ! Ce qui est certain, c’est que c’est moche, ça dégouline, mais au moins la transmission ne s’usera pas, les vitesses passeront en douceur, et si vous êtes aux changements de vitesses électroniques, votre batterie sentira la différence.
