Remise en état d’un mécanisme de roue libre Maillard Course / Compact / Sprint

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Malgré le sentiment de robustesse qu’inspirent les roues libres Maillard en général, en démontant leur mécanisme dès que les cliquets commencent à raccrocher ou ont leurs premiers ratés, on peut avoir quelques surprises… Mauvaises, parfois. En effet, il n’est pas rare de découvrir des cliquets bien écaillés ou des dents de loup ravagées. On pourra éventuellement trouver la bague du chemin de bille supérieur fêlée, traduisant un mauvais traitement thermique de l’acier. Des résidus de pétrole, de vieille huile et de crasse mêlés sont aussi redoutables pour colmater l’intérieur du mécanisme et immobiliser les cliquets. Pour toutes ces raisons, je vous conseille un démontage et une remise en état au moindre doute… surtout si vous allez tourner plus loin que votre quartier ! Si vous hésitez encore, vous pouvez lire cet article : quand démonter le mécanisme d’une roue libre ?

Pour savoir de quoi on parle, et pour séparer les pignons du corps de roue libre ; ce qui est obligatoire pour entreprendre confortablement la suite des opérations, voir ICI la présentation de cette famille.

Assemblée, une roue libre Maillard Course (Compact ou Sprint) ressemble à ça (les finitions en pignons noirs ou dorés sont possibles, mais assez rares) :

Les photos de cet article illustrent la remise en état d’une roue libre Maillard Course, modèle très populaire, mais la maintenance est identique pour les modèles Compact ou Sprint. Les pièces sont semblables, mais leurs dimensions ne sont pas identiques ; même le diamètre des rondelles de calage est différent, tout comme le profil des cliquets. Seuls sont rigoureusement identiques les ressorts des cliquets, ainsi que les billes toujours au diamètre de 1/8″ ou 3,175mm.

Pour la conception, les choix techniques ont été différents selon les modèles :

Course et Compact : 26 engagements de cliquets avec 13 dents de loup. Sur les 2 cliquets, il n’y en a toujours qu’un seul en prise.
Sprint : 20 engagements de cliquets avec 20 dents de loup. Les 2 cliquets sont toujours en prise ensemble.

 

  1. Le démontage commence. Pour avoir accès à l’intérieur du mécanisme, dévisser la bague centrale dans le sens horaire. Une clé à ergots est toujours beaucoup plus recommandable qu’une lame de tournevis ou un pointeau, car ne massacrera pas les empreintes, et en agissant sur les deux trous simultanément, sera plus efficace tout en exerçant moins d’effort. Pour y arriver, serrer la partie centrale du corps de roue libre dans un étau à l’aide d’une grosse rondelle positionnée à l’arrière (permet de rattraper l’épaisseur). Il faut bien entendu laisser les ergots dégagés pour manœuvrer la clé.

  1. On voit alors les billes du chemin de billes supérieur (ici tout est sec, elles n’ont pas l’air d’avoir vu d’huile depuis bien longtemps). Mettre ces billes de côté. Il y en a 35 pour les modèles Course ; 32 pour les Compact et Sprint.
  1. On retourne délicatement la roue libre en faisant attention que la partie centrale ne se déboîte pas de l’ensemble.

  1. Soulever délicatement la partie centrale, en faisant jouer les cliquets en cas de résistance. Une rondelle de calage pourra éventuellement gêner, mais cédera très facilement. Ici, la rondelle qui a gêné la séparation est restée au fond du mécanisme (à droite). Les autres rondelles sont restées sur la partie centrale (à gauche).
  1. Mettre la ou les rondelles de côté (de 2 à 4 habituellement), ainsi que les billes ; il y en a cette fois 40 pour les modèles Course et Sprint ; 41 pour les Compact.

Selon les modèles, il y a donc entre 72 et 75 billes en totalité, et du même diamètre : 1/8″ ou 3,175mm.

  1. On a maintenant accès aux cliquets qui se dégagent en les tournant perpendiculairement au corps de roue libre (flèche verte), puis en les soulevant à la verticale. Ici une lame très fine de tournevis aide à écarter le cliquet collé par la crasse.

  1. Les ressorts sont plus délicats à retirer. Il faut glisser une très fine lame de tournevis entre le corps de roue libre et le retour en épingle du ressort, pour écarter cette partie recourbée bloquée contre le corps (surligné en vert), ce qui permet alors de sortir le ressort à la verticale (flèche).

Hormis les billes, voici toutes les pièces de ce mécanisme de roue libre. Tout est recouvert d’un vernis de crasse solidifiée.

Diluer cette bouillasse par du pétrole ou de l’huile dégrippante sans ouvrir est une technique de fainéant qui ne ferait qu’user le mécanisme encore plus rapidement que de ne rien faire, car le cambouis liquéfié est le pire des abrasifs… Ici tout est bien collé. Les billes ne tombent pas, même à la verticale ! Le démontage n’a pas été superflu et un bon nettoyage de tout ce vernis de bouillasse noire s’impose.

  1. Le gros défaut de ces roues libres réside dans la relative fragilité des dents de loup. À vérifier, donc.

En haut, après sans doute avoir beaucoup roulé : de profonds cratères rendent cette pièce inutilisable.

En bas, dans son état habituel : l’usure du métal est superficielle avec ces traces brillantes sur l’avant des dents, mais rien de gênant, cette pièce est parfaitement utilisable.

  1. Les cliquets sont aussi un point important à surveiller. À gauche, le bout des palettes est légèrement marqué. Rien de grave.

À droite, l’écaillage prononcé va rapidement accentuer l’usure des dents de loup et entraver la fiabilité du verrouillage. Mieux vaut remplacer ces cliquets avant d’avoir des soucis.

  1. Avec des pièces en bon état, soigneusement nettoyées, il reste à inspecter les billes qui ne doivent pas avoir d’irrégularités et/ou de traces d’usure prononcées. Leur diamètre est de 3,175mm ou 1/8″. Maintenant, tout est près pour le remontage.
  2. On commence par remboîter (verticalement) les ressorts dans leur logement. Le prolongement situé sous la languette vient se loger dans le trou de droite de chaque alcôve.

 

  1. Badigeonner légèrement de graisse le chemin de billes sans remonter vers le milieu du mécanisme, car la graisse a tendance à figer les cliquets (qui aiment l’huile mais pas la graisse).

La graisse sert surtout à coller les billes le temps du remontage, donc à utiliser avec modération.

 

  1. Bien plaquer les billes sur leur piste. Une fois toutes en place (40 pour les modèles Course et Sprint ; 41 pour les Compact), il semblerait éventuellement rester un peu d’espace sur les modèles à 40 billes, mais franchement, 40 ou 41 ne change pas grand-chose !
  1. Mettre en place les cliquets, à sec. Les ressorts doivent largement les écarter. Au besoin, déformer très légèrement la lame de laiton vers l’extérieur. Puis graisser le chemin de billes de l’autre pièce principale, toujours sans déborder vers l’intérieur du mécanisme.

Réassembler les deux pièces principales du corps de roue libre est très délicat, car les cliquets ont la fâcheuse manie de sauter très facilement de leur logement. Cette partie du remontage demande beaucoup de zen et un certain doigté. On pourra s’entraîner au préalable sans avoir remonté les billes à la graisse, pour éviter une difficulté supplémentaire… À vous de voir !

  1. Présenter de travers la partie supérieure en posant les dents de loup sur le cliquet vers soi (flèche verte, le cliquet n’est pas engagé). La partie supérieure du mécanisme se pose de travers, c’est normal.

  1. À l’aide d’un tournevis très fin, venir chercher et plaquer par l’intérieur du mécanisme, le second cliquet. La partie supérieure du mécanisme se pose alors à l’horizontale sur les deux cliquets (qui ne sont pas encore engagés).
  1. À l’aide d’un tournevis très fin, revenir chercher et plaquer par l’intérieur du mécanisme un cliquet, en tournant légèrement la partie supérieure pour engager le cliquet entre les dents de loup. La partie supérieure du mécanisme se repositionne de travers, c’est normal.
  1. Répéter l’opération pour l’autre cliquet, en faisant attention à ne pas désengager le premier. La partie supérieure du mécanisme se remet à plat, et vient cette fois toucher l’établi. Pour être sûr que tout soit engagé à fond, faire jouer les cliquets en tournant en sens antihoraire, les billes trouveront ainsi leur place définitive.

Vous n’arriverez pas forcément à réaliser toute cette procédure (étapes 15 à 18) la première fois. C’est normal, gardez votre calme. Une fois le coup de main trouvé, cette manipulation vous semblera très simple !

  1. Le plus compliqué est passé, reste le remontage du chemin de bille supérieur.

Remettre les rondelles de calage, la plus épaisse vers le fond, car la ou les plus fines se déformeraient au vissage final de l’anneau central. Cela pourrait venir gêner le mouvement des cliquets.

La rondelle épaisse a un sens de montage : le côté brut (à gauche) dirigé vers le haut, et le bord adouci (à droite) dirigé vers le mécanisme, pour là aussi optimiser le mouvement des cliquets.

 

  1. La présence de la ou les rondelles venant protéger un peu les cliquets et dents de loup du passage de la graisse, on peut maintenant graisser le chemin de billes supérieur, toujours avec modération.

 

  1. Il reste à mettre en place les billes (35 pour les modèles Course ; 32 pour les Compact et Sprint) en les plaquant bien en périphérie. Une fine lame de tournevis peut faciliter l’opération.

  1. Remplir généreusement d’huile le centre du mécanisme de roue libre en faisant tout le tour de la rondelle. Ainsi tout le mécanisme sera lubrifié… et la graisse sera diluée au passage, le surplus coulant sur l’établi. Une huile moteur bon marché comme une 15W40 est assez épaisse pour bien adhérer au métal sans risque de coller les cliquets au fond de leur logement.

  1. Poser l’anneau central bien à plat, puis le revisser fermement à la main (dans le sens antihoraire). Pas besoin de graisse à ce niveau, les billes resteront en place.

 

  1. Contrôler que la roue libre fonctionne parfaitement. Dans un sens : engagement franc des cliquets (un seul des deux ne peut être engagé qu’à la fois sur les modèles Course et Compact) en rotation lente ou brutale. Et dans l’autre sens : roue libre sans frottement excessif et avec des cliquetis vifs.
  2. Finir de serrer l’anneau central avec une clé à ergots.
  3. Contrôler à nouveau le bon fonctionnement : rotation libre et sans frottement dans le sens roue libre, et engagement net des cliquets dans l’autre sens. Même bien réglées ces roues libres ne sont pas d’une fluidité extraordinaire. Sans être rhabillées de leurs pignons, elles ne feront qu’environ un quart de tour lancées vigoureusement (une fois remises en état et bien lubrifiées). Un mécanisme à sec donnera l’illusion d’une meilleure fluidité… qui causera surtout une usure rapide !
  4. Dernier contrôle : il doit y avoir le moins de jeu possible dans le mécanisme, c’est-à-dire qu’on ne doit pas arriver à mettre en crabe la partie centrale par rapport à l’extérieur. Si c’est le cas, c’est que les chemins de billes se sont un peu creusés (ou que le montage initial n’a pas été réalisé avec une grande rigueur). On peut régler cela en jouant sur l’épaisseur les rondelles de calage. Dévisser l’anneau central, retirer une rondelle fine et reprendre à l’étape 23… en faisant attention aux billes ! Mais bon, comme la graisse est encore là, les billes devraient être restées en place.

 

Et si une fois terminé, un doute vous prend : vous avez oublié de remplir d’huile l’intérieur du mécanisme ! Pas de panique, et pas besoin de tout redémonter. Il suffit de retourner le corps de roue libre, et d’injecter de l’huile tout doucement à l’aide d’une seringue dans un des trous de ressort de cliquet, en faisant tourner lentement la partie extérieure pour répartir l’huile en interne sur les cliquets et dents de loup. Il y a assez d’huile quand le trop-plein commence à ressortir par le pivot du cliquet (flèche verte). Passer alors à l’autre trou de ressort de cliquet, pour l’huiler à son tour. Et voilà, l’étourderie est rattrapée !

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