Les Flèches de France : La Rochelle – Paris

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Le cycle des Flèches de France 2007-2013,
épisode 9.

Normalement, si vous avez suivi mes (més-)aventures, vous savez que ma précédente Flèche Paris – Nantes a été placé sous le signe d’une poisse totale. Ça, c’était l’année dernière. Depuis – j’espère que – le vent a tourné. Dans ma série de brevets de préinscription pour le Paris-Brest-Paris 2011, je n’ai rien trouvé d’intéressant à mon goût entre le BRM 300 km de Noyon du 25 avril, et le 400 km de Creil du 29 mai… C’est donc un peu long entre les deux, alors pour faire un peu de vélo au milieu, cette Flèche La Rochelle – Paris serait idéale pour les 7 et 8 mai prochains. Je prendrai mon vélo pliant, le Dahu-Dahon que je viens de finir d’assembler, en faisant le trajet dans le sens La Rochelle – Paris. L’aller en train me semble plus prudent à faire qu’un retour, plus délicat à planifier et trop sensible à la poisse et autres impondérables. Ne tentons donc pas le Diable, il ne demande que ça !

Vendredi 7 mai 2010, le réveil sonne à 4h15. Pas de perte de temps. Une demi-heure plus tard, départ avec un gros carton et le vélo plié dedans. À Paris, le silence a toujours quelque chose de suspect. Je sais, un vélo pliant est censé pouvoir voyager en train sans être emballé ; alors quel intérêt de ne pas avoir pris mon habituelle randonneuse titane, si c’est pour emballer un vélo ? Je vous en pose, moi, des questions ? J’avais juste envie de tester mon projet de randonneuse pliante ; et pour une première, que les psychorigides à uniforme me foutent la paix ! La prochaine fois, je pense aller jusqu’au quai le vélo à la main, pour le plier avant de monter dans le TGV… en le glissant dans un sac-poubelle géant. La protection sera symbolique et jetable, vu qu’un vélo pliant – surtout plié – est considéré comme un bagage ordinaire et ne devrait pas avoir besoin de housse… En théorie, mais tout est sujet à l’interprétation du contrôleur, car mon vélo n’est pas une merdouille à petites roues tel qu’on le pense d’habitude d’un vélo pliant. Et au final, qu’est-ce qui va primer, le côté pliant, ou le côté vélo ? Être assimilé à l’ennemi public numéro par un intellectuel à casquette ne m’amuse guère. À une époque ou écologie et intermodalité sont furieusement à la mode – mais tellement creux – j’ai du mal à comprendre que la SNCF considère toujours le cycliste comme un être nuisible sur les grandes lignes. Bref, le TGV de 6h05 m’attend Gare Montparnasse, quai 24. Avec mon volumineux carton, pourtant bien inférieur aux dimensions réglementaires, J’ai droit au regard torve d’un homme en uniforme. Il faut dire que ma tenue vestimentaire ne laisse aucun doute sur ce que contient l’emballage de bric et de broc assemblé à grand renfort de scotch ! Une escale de 12 minutes est prévue à mi-chemin : correspondance à Poitiers. Je devrais avoir le temps de remonter le vélo, d’y fixer son chargement, d’abandonner lâchement mon carton, de changer de quai l’engin à l’épaule, et de sauter dans le TER – ouf ! – qui lui, accepte les vélos non emballés ! OK, il faut faire vite, l’amplitude horaire est un peu serrée, mais j’y arriverai avec quelques minutes de marge. Il faut dire que je termine de bricoler une fois dans le train régional, car dans la panique je n’arrivais pas à retrouver la clé me permettant de verrouiller le cadre en position déplié ! Je contemple mon vélo pendu à son croc de boucher, attendant patiemment l’arrivée à La Rochelle. Il se repose de bien curieuse façon, en compagnie de trois de ses congénères. Sans doute discutent-ils dans la langue silencieuse des engins dont les pneus se languissent de caresser l’asphalte. Plus nous approchons, plus le gris est profond sur l’ouest. Mauvais signe. Les autres vélos désertent peu à peu le train. Le dernier appartient à un cycliste nerveux, guitare au dos, qui n’a pourtant rien d’un baba cool tranquille, vu comment Le Dahu-Dahon se fait secouer énergiquement. Restons zen, un imbécile ne mérite pas de me gâcher cette sortie !

 

Terminus, je flâne un peu dans La Rochelle, retrouvant cette ville avec grand plaisir. Pas de stigmate de cette foutue tempête de l’hiver dernier. Apparemment, les lieux n’ont pas trop souffert. Cette constatation me réjouit au point où je ne vois pas le temps passer ; il faut que je me décide à partir à regret. Il est 10h bien sonné ; en route. Le paysage charentais est fidèle à mes souvenirs : aussi plat qu’il est magnifique ! Rien ne semble dépasser la dizaine de mètre au-dessus du niveau de l’océan. La traversée sera de courte durée, le département vite avalé dans le sens de la fuite vers Paris. Finalement, j’aurai dû faire cette Flèche dans l’autre sens pour mieux profiter des Charentes, et c’est déjà le tour de la Vendée qui disparaîtra elle aussi bien vite dans mon dos. En attendant, arrêt pointage à Maillezais. Je suis surpris de voir la boulangère reconnaître immédiatement mon carton vert. Elle semble habituée aux cyclotouristes et se désole de voir de moins en moins de fléchards. Espérons que la saison a seulement du mal à démarrer, début mai ce n’est pas si grave. Depuis le départ, un petit vent de face est juste assez présent pour rafraîchir sans être gênant ; parfait.

Mine de rien, cheminer vers l’intérieur des terres fait s’élever doucement du niveau du littoral. Puis en entrant dans les Deux Sèvres, voilà enfin quelques bosses, là ça devient évident : la température commence à monter et la route aussi. Mon vélo, s’en tire pas mal. Je me dis que cette Flèche prise dans l’autre sens, permettrait une fin de parcours avec une bonne cinquantaine de kilomètres franchement peinards… Peut-être pour une autre fois ! Nouveau pointage et ravitaillement à Partenay. Le soleil est de moins en moins voilé, à croire que je suis plus rapide que les nuages chargés de pluie derrière moi.

En repartant, je croise un cyclo qui me lance un « flèche », à moins que ce ne soit « pêche » ? Avec le vent qui me chante sans discontinuer aux oreilles, allez savoir ! Je réponds d’un « ouais » sonore vu que je fais une Flèche et que j’ai – encore – la pêche ! Cet après-midi est agréable, plus de 20°C. L’avancée est tranquille, il n’y a pas de difficulté sur ce parcours, à part peut-être la distance en mode randonneur. Arrivé à Monts-sur-Guesnes, nouveau contrôle et pause ravitaillement. Le couple de jeunes boulangers s’étonne de mon trajet La Rochelle – Paris en non-stop. Être arrivé là tranquillement en 8h (160km seulement), alors qu’ils mettent largement plus de 2h en voiture leur semble extraordinaire. Ne s’arrêter nulle part et ne pas dormir cette nuit, leur paraît encore plus surréaliste ! Les gens normaux sont souvent incrédules face à la folie ordinaire.

C’est reparti, et j’ai le droit à quelques gouttes de pluie, mais pas de quoi noyer une mouche ! Le jour commence à baisser. Un couple de motard me fait signe. Sympa. Cette fois-ci, nous ne sommes pas du même monde. Mes bécanes sont restées au garage bien au chaud, mais ils m’adressent le salut de reconnaissance entre voyageurs, un petit réconfort dans le déclin du jour. Mon genou droit craque alors que la température baisse, et la selle devient douloureuse malgré le rembourrage du cuissard Assos. La première partie de l’étape a comporté des bosses, avant de redevenir plate. Rien de bien méchant. En traversant la Loire, j’atteins Langeais à la nuit tombante. La carte postale sera de rigueur pour pointer.

L’air devient frais. J’enfile mes jambières pour repartir. Leur légère contention me fait du bien aux genoux. Pour la selle par contre, pas de miracle, il n’y a rien à espérer ! Il faudrait que je réfléchisse sérieusement aux assises en cuir. Le temps d’admirer le château de Langeais, la nuit est devenue profonde. Pas de lune, et seulement de très rares villages seront éclairés sur ce parcours. Le vent profite de l’obscurité pour souffler plus fort. Gênant mais pas insurmontable, il ne me lâchera pas avant d’être rentré en région parisienne. Cette étape est encore une fois assez plate. À vrai dire, il n’y a que quelques séries de petites bosses sur cette Flèche. Je progresse, méditatif et tranquille dans l’obscurité, puis arrive à Montoire-sur-le-Loir. Nouvelle carte postale de pointage.

Nous sommes déjà le 8 mai. Il commence à faire très frais. Les grillons qui ont chanté toute la journée, sont relayés par les déclamations des crapauds et les sonates des oiseaux. Pas envie de repartir, subitement. Blues nocturne, mal au cul. Je suis pris de grands moments de découragement à cause du vent, de la selle toujours plus douloureuse, de cette nuit noire où je ne vois presque rien ; et tout ça fait que je n’avance pas. Cercle vicieux ou impression trompeuse ? Allez, continuer de rouler c’est toujours avancer. Avant de quitter le Loir et Cher, la sombre et glaciale traversée de la forêt de Fréteval aura quelque chose d’inquiétant avec ses bruits de grands animaux. Mes torches n’éclairant pas grand-chose cette nuit, je redoute la collision avec un cervidé. D’après ce que j’entends, il doit en avoir quelques-uns dans les parages. Je me sens observé, ça bouge dans les feuillages, mais rien. À Cloyes-sur-le-Loir, je fais une pause de micro-sieste sur un banc public, tremblant de tout mon corps. Fin de nuit. Un automobiliste blasé passe comme si de rien n’était. Quelques gouttes recommencent à tomber, il est temps de bouger. Repartir. Il y a bien longtemps que je n’ai pas eu aussi froid. La température chutera à moins de 5°C. Frais, le début mai.

J’arrive à Dangeau à l’aube. Le retour du jour et le pointage face à un être humain, plutôt que griffonné sur une carte postale, me remonte le moral. Après cette longue nuit, je suis de retour à la civilisation ! Il ne reste que 120km, le plus dur est fait. Finalement j’ai réussi à avancer. Malgré un ciel se dégageant lentement, la température a bien du mal à remonter. Dans la matinée je croise un cyclo, un vrai, équipé comme pour un trekking, avec sacoches latérales avants et arrières bien chargées. Les salutations sont de rigueur entre routards, même si je voyage beaucoup plus léger que lui. Contrairement à mon collègue qui semble la fuir, je m’approche lentement de l’agglomération parisienne ; et je ne me sens pas vraiment à l’aise sur cette D150 sans intérêt, et surtout très fréquentée entre Orphin et Rambouillet. Pourquoi ne pas faire passer la Flèche par Orcemont, dont la route semble plus au calme pour une distance comparable ? C’est une suggestion que je ferai au responsable des Flèches.

En bleu, l’itinéraire officiel de la Flèche sur le parcours touristique. En rose, l’itinéraire au calme passant par Orcemont… Selon le règlement des Flèches de France, sur le parcours touristique le tracé entre deux villes de pointage est indicatif ; alors rouler en sécurité n’est pas tricher !

À l’entrée de la forêt de Rambouillet, je suis assailli par la fraîcheur. Un carré d’arbres torturés, dantesques, donne une vision grandiose à ce passage en montée. Entre La-Celle-les-Bordes et Les-Bordes, se trouve la seule réelle côte de ce parcours : on l’attaque à 6 % pour un maximum de 11. Pas bien long, mais sympathique le raidillon, surtout en fin de Flèche. Dans l’autre sens, j’en aurai été privé !

Chevreuse me livre la silhouette de son majestueux château juché sur les hauteurs. En tout début d’après midi, je pointe dans une boulangerie. La boutique dispose d’une terrasse. Je m’y installe comme gentiment proposé par la souriante Dame qui trouve incroyable d’être parti de La Rochelle il y a à peine plus d’une journée. Après tout, même si j’en ai assez de tout ce temps à être assis, cela ne se refuse pas. Je fais tranquillement une petite pause avant d’attaquer la dernière étape. Je regarde les gens ordinaires passer, sensation de décalage. Allez, place aux derniers coups de pédales ! Cette fin de parcours dans une région parisienne grouillante de circulation n’est pas ce que je préfère, surtout avec ces horribles douleurs de selle, mais il faut toujours finir ce qu’on entreprend ! Ensuite, après une bonne douche, il sera bien temps de faire une petite sieste.

Une fois rentré, je m’aperçois d’une chose extraordinaire : je ne me suis pas égaré une seule fois, j’ai donc effectué le kilométrage prévu sans aucune rallonge ; champagne !

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