BCN et BPF : Ile de France – 77 Seine-et-Marne & 78 Yvelines & 91 Essonne & 95 Val-d’Oise

Share Button


.

Kilomètres réalisés : 10725
Provinces BPF validées : 17
Départements BCN validés : 41

.

En novembre dernier j’avais enquillé les deux départements de la province du limousin : la Corrèze et la Haute-vienne, et depuis, plus rien. Pas un tour de pédale. Grosse flemme de fin puis de début d’année… et février sera là dans quelques jours. Première sortie pour 2020, donc. 500km à réaliser, paf, d’un coup ! Quatre départements de ces BCN / BPF d’Île-de-France, mais pour douze contrôles seulement. Les Yvelines, l’Essonne et la Val d’Oise ne comportent que deux pointages. Seule la Seine-et-Marne comporte les six sites habituels. Faisable en moins d’un jour et demi sans forcer, surtout que j’ai déjà validé complètement les trois premiers départements en tant que voisin ; donc même si je refais le circuit entièrement, je peux y passer de nuit sans tricher. En résumé, je n’ai qu’à réaliser les contrôles de Seine-et-Marne. Pas roulé depuis plus de deux mois, ça je l’ai déjà dit, météo pas trop engageante, ça c’est l’hiver, alors départ en début d’après-midi, sans grand courage…

Début laborieux. Gonesse, même pas dix kilomètres de chez moi et me sens rincé, essoré par le petit vent de face. Je commence déjà à payer de ne pas avoir roulé depuis trop longtemps. Les routes et la circulation de la région parisienne ne sont pas forcément ce qu’il y a de plus agréable et de plus accueillant pour les vélos, mais je me suis débrouillé pour avoir des pistes cyclables le long des grands axes de ce début de parcours. Route plate, ciel menaçant, bonhomme à la dérive. Qu’est-ce que je fous là ? Après quelques trouées de campagne au milieu de l’urbanisation, des champs apparaissent. Laissés au repos pour l’hiver, seuls les pylônes poussent au milieu de la terre grasse. Quarante kilomètres et presque l’impression d’être arrivé au bout du monde. L’Isle-Adam se dévoile après un court bout de forêt. Étape plate, sans grande difficulté… à condition d’avoir un minimum de préparation.

Juste en repartant, je suis surpris par une première belle côte à 7-8 % – à vrai dire la première côte tout court – pour traverser et m’extraire de Parmain. Les petits villages du Vexin se font typiques en cheminant sur la route tortueuse me menant à Marines. À être parti tard dans cette courte journée d’hiver bien grise, le jour baisse déjà. Un soleil d’huile commence à raser les grosses mottes grasses des champs retournés, marrons foncées presque noires. J’accède à Épiais-Rhuis par une longue montée tranquille. Gros coup de blues alors que le jour s’apprête à tomber. Je suis frigorifié, je n’avance pas, je me sens si seul. Peut-être aussi le fait de tourner en rond autour de chez moi, jamais à plus de cent kilomètres à vol d’oiseau sur des routes familières, et d’avoir à passer la nuit dehors, glacé, alors que j’ai déjà pointé ces départements uns par uns. Ma démarche d’aborder ces BCN / BPF comme tous les autres, en circuit, à bien entendu un sens ; mais dans le froid, à travers une nuit de janvier longue de ses quinze heures, la motivation s’effrite. L’envie de prendre un train de banlieue est si grande. Geler et se traîner en déroute, sans préparation, frise tout de même l’absurde. Puis un chevreuil apparaît, m’observe, hésite, traverse la route en ombre chinoise, m’offrant une présence plus vivante que le moteur d’une bagnole rageuse de loin en loin. La lune est là, déjà haute dans le ciel alors qu’il ne fait pas encore noir, âgée de quelques jours dans son fin croissant, astre rassurant comme une lampe de chevet veillant sur mes nuits d’insomnies vagabondes, et sur celle qui ce soir va s’ajouter à cette longue liste. Au loin dans le couchant, une procession infinie de voitures se croise sans cesse sur une ligne encore imaginaire, tendue entre les champs déjà emplis de pénombre et les nuages filandreux d’un rose orange profond. Nationale 14 que je vais couper bientôt. Au cimetière de Guiry-en-Vexin, après plusieurs tentatives infructueuses, je trouve enfin un robinet qui ne soit pas fermé par crainte du gel. Remplir ses bidons n’est pas toujours facile l’hiver, ce détail m’était sorti de la tête. Sur le chemin de Maudétour-en-Vexin, je passe devant un grand mât de télécommunications dressé sur la plaine, clignotant dans les ténèbres. Je l’avais en visuel depuis longtemps à distance, alors qu’il faisait encore jour, sans savoir que je passerai par là. Solitude. Les décorations de Noël éclairent toujours les rues de Villers-en-Arthies, lumières froides et incongrues, comme des regrets de l’an passé qui seraient restés accrochés. Au terme d’une étape comportant juste deux ou trois bosses, je m’approche du contrôle de Vétheuil en toute fin d’après-midi mais déjà dans le noir épais.

En repartant, je quitte le Val-d’Oise pour Les Yvelines. Je prends en photo l’église de Saint-Martin-en-Garenne, bien éclairé ; puis sur les hauteurs de la route de Limay, je suis hypnotisé par le panorama multicolore offert par les dizaines de milliers de points de lumière de l’agglomération de Mantes-la-Jolie. Toutes ces lucioles artificielles comme autant d’indices de vies. Les cheminées des usines de Porcheville trouent la nuit de leurs panaches de fumées blanches. Je suis attiré par les zones industrielles, portuaires ; par ces lignes géométriques, ces tuyaux ; ces monstres d’acier ronronnant tranquillement dans la nuit, abandonnés des hommes qui d’ordinaire nourrissent leurs entrailles. Le graphisme, les angles bruts que n’aime pas la Nature, et la lumière froide qui se dégage de ces sites me fascinent. Je marque des pauses pour essayer de les capturer en photos. Cette poésie glacée adoucie la première partie d’étape, puis l’urbanisation habituelle revient, pour se diluer dans les champs et la campagne après une petite grimpette pour traverser Mézières-sur-Seine en s’éloignant des bords du fleuve. En route vers Thoiry, la lumière tournante d’un phare balaye l’horizon toutes les trente secondes. Je n’imaginais pas la Tour Eiffel projeter son faisceau si loin, longtemps présent sur ma route du coin de l’œil, puis Montfort-L’Amaury apparaît après une longue montée assez douce. Ses gros pavés sont toujours aussi insupportables en centre-ville. Si âpres, rugueux. Début de soirée, nuit, pas très tard pourtant, mais pas d’âme qui vive. Peu importe, je n’ai pas à y pointer, alors je ne m’attarde pas.

La lune est déjà basse sur l’horizon ; son fin croissant tout troublé. Mon grand-père disait toujours en guettant le ciel, son mégot au coin des lèvres tressautant comme il parlait : la lune est dans l’eau, il pleuvra demain. Moi le gamin, je n’y croyais pas, mais il avait toujours raison le pépé. Après Saint-Rémy-l’Honoré, j’ai le droit à une belle piste cyclable toute neuve pour atteindre la Nationale 10. Le grand axe se profile au loin sur la plaine, trahi par les passages frénétiques de bagnoles et de camions, une heure avant minuit. Longues minutes d’approche. Rambouillet n’est pas très loin. Quelques souvenirs émergent du dernier Paris-Brest-Paris. L’étape est courte, plate, jusqu’à Dampierre-en-Yvelines.

Le cœur de la nuit commence à se faire frais. Juste 1°C, mais si la route est toujours humide, le ciel reste sec. La Tour-Eiffel continue de promener son faisceau muet à l’horizon. Puis en tendant l’oreille, la clameur de l’autoroute A10 s’entend à des kilomètres, bien avant d’être passé à Rochefort-en-Yvelines. Les grands axes autour de Paris ne s’endorment jamais. Encore une étape très courte, plate ; une vingtaine de kilomètres seulement pour rejoindre Dourdan dans le cœur glacé de la nuit.

Cinquante kilomètres jusqu’au prochain point de chute. Court voyage mais les minutes puis les heures se font ingrates, polaires. Le ciel étend ses draps en fines nappes de brouillard ; le sommeil n’est pas au rendez-vous pourtant. La route est à peine vallonnée, parfois incertaine, longue, et voilà Milly-la-Forêt. Combien de fois y suis-je déjà passé ? L’humidité poisseuse de la brume me force à vite repartir. Ne pas s’arrêter pour ne pas geler. Ténèbres profondes et sans pitié.

Sur la route de La Chapelle-la-Reine, la circulation reprend progressivement. Les jambes vont mieux peut-être. La nuit est encore profonde et les gens partent embaucher. Le froid est toujours intense. Le ciel se couvre. La lune est couchée depuis longtemps et il n’y a maintenant plus aucune étoile. Une série de loupiotes rouges marquent au loin un alignement d’éoliennes. Je m’en rapproche puis m’en écarte comme d’une chimère. Un trait de ciel dégagé à l’horizon tente de soulever le couvercle d’obscurité, traçant une ligne de feu. L’aube s’apprête à entrer en scène quand j’atteins Château-Landon en fin de nuit. Les arcades illuminées de la tour clocher permettent d’apercevoir de loin l’église de Notre-Dame de l’Assomption.

Je repars au petit jour de ce premier contrôle de Seine-et-Marne, et le crachin se met à tomber. À la lisière de cette ligne de démarcation imaginaire entre capitale et province ; au fond du département, point le plus éloigné de Paris sur ce circuit, trou du cul du monde pour une catégorie de bobos parigots qui ne conçoivent de franchir le périph’ que pour partir en vacances. Pourtant qu’il est beau notre pays loin du béton ! Allez, on remonte, cap au nord. Quelques petites bosses font leur apparition, et la pluie se renforce avant que je n’arrive à Moret-sur-Loing. Je rôde un instant dans la bruine autour des vieilles pierres, mais ce n’est pas encore aujourd’hui que j’irai faire un tour au Conservatoire du Vélo.

L’église Saint-François d’Assise de Champagne-sur-Seine, toute en angles vifs, se montre toujours aussi surprenante, agréable, sans la laideur que peuvent avoir certains autres ouvrages avant-gardistes. Pour traverser le village dans cette direction – je le connais pourtant bien dans l’autre sens – je tourne en rond un bon moment, puis j’évite un piège facile en ne confondant pas les villages d’Héricy et Féricy. Ça fera toujours un détour en moins ! J’arrive à Blandy-les-Tours après deux ou trois petites bosses. Ce circuit n’est définitivement pas bien méchant… quand on a les jambes ! La bonne pluie est toujours là, et le vent plus calme dans la nuit est revenu à l’assaut ce matin. Je me ravitaille à la boulangerie. Pas de tampon. Cette frilosité des commerçants m’agace de plus en plus. Ceci-dit, j’ai bien conscience qu’un mec à la gueule défaite après 300km de route sans entrainement, mal rasé, dégoulinant de flotte et plein de boue, n’inspire pas vraiment confiance. Tant pis, ce sera pointage photo…

Une fois encore, à peine de relief sur cette étape tranquille jusqu’à Donnemerie-Dontilly. Une trentaine de kilomètres. La flotte ne me donne pas envie de vagabonder à travers ce village auquel je ne perçois pas vraiment de particularité. Tant pis, je repars sans trop tarder.

Après une petite grimpette pour quitter le village, il ne reste qu’une bonne quinzaine de kilomètres me séparant du prochain contrôle de Provins. Un saut de puce. Tout irait bien sans cette pluie tenace qui ne lâche toujours pas prise… et qui sera présente jusqu’à la fin. À l’entrée de la ville, la Collégiale Saint-Quiriace se dévoile sur les hauteurs. Je traverse le bourg sans m’égarer malgré les dédales de petites rues.

De retour à la campagne, les ruisseaux charrient plus de terre que d’eau dans une boue ocre claire. Je passe par Mortery. Le village, comme son nom, n’a pas l’air très engageant, mais le climat du jour doit aussi y être pour quelque chose. Une direction pour le village voisin de Mourant achève de me faire sourire, vu que je ne suis pas bien vaillant, usé par le froid, la fatigue et la pluie. Mais toute cette eau mérite bien aussi un peu d’humour. Après Beton-Basoches, un chevreuil me regarde l’air absent, dans le fossé. Son arrière-train est ensanglanté. Une cuisse lui manque. Découpée. Moment d’étrangeté. Comment tuer peut-il être un loisir ? Et comment laisser bientôt pourrir, inutilement, la bête qu’on vient d’abattre juste par plaisir, et ainsi en gâcher la plus grande partie ? Quel sens cela peut avoir, et quelle fierté peut-on retirer de tout cela ? L’après-midi s’étire sur les grands bouts droits de campagne reliant les rares villages traversés. De petites bosses font quelques timides apparitions, et me voilà à Rebais. Lieu bien connu comme pointage sur d’autres brevets, mais pas pour cette fois. Je profite des minuscules toilettes publiques – les seules rencontrées sur tout le parcours – pour me décrasser un peu avant de reprendre la route pour Jouarre, dernier contrôle de ce circuit. Remis en route, le petit bout de piste cyclable depuis Romeny est submergé, autant que les champs sont saturés d’eau. Jouarre est un village insignifiant dans mon esprit. Tapi dans l’ombre de La Ferté-sous-Jouarre, bien plus grand et plus connu du banlieusard francilien que je suis. A priori, aucune envie d’y passer, et pourtant c’est un charmant petit village, complètement éclipsé par le gros bourg voisin. C’est injuste. Je déambule parmi les vieilles pierres, la pause photo est agréable malgré la flotte qui n’en finit pas de tomber, malgré le jour qui décline. Avant de tomber dans un quasi-oubli, Jouarre a pourtant dû avoir un rayonnement certain dans les environs, pour qu’un autre village se nomme par rapport à lui. La Ferté-sous-Jouarre a donc dû avoir un développement plus rapide et plus récent, pour l’éclipser. Simple supposition.

Tout est maintenant pointé. C’est reparti pour la dernière étape. Une soixantaine de kilomètres pour rentrer chez moi… en passant par La Ferté-sous-Jouarre, vous l’aurez compris. Son monument aux morts est imposant, une masse inhabituelle plantée en pleine ville. Juste à côté, la Marne charrie elle aussi des eaux terreuses. Reste à boucler la boucle via des routes sans grande surprise, qui me sont très familières. Quelques petites bosses en chemin vers Lizy-sur-Ourcq annoncent la belle côte permettant de s’extraire de la petite ville. Les eaux du Canal de l’Ourcq coulent noires dans la pénombre naissante. Après Étrépilly, j’ai le droit à une nouvelle petite bosse, plus douce que celle au sortir de Lizy. En fait, cette dernière étape peut se montrer tranquillement vallonnée, mais rien de bien méchant. Dans le ciel passent les avions à destination de Roissy, et dans à peine deux heures je serai rentré, enfin,  au sec et au chaud, en remontant les berges du Canal de l’Ourcq.

.

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *