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Le printemps se fait attendre, laborieux, les températures nocturnes restent glaciales. Je suis impatient de me remettre à ces BCN / BPF. Comme il ne me reste que des Provinces comportant de la montagne, il faut attendre que le temps se remette au beau, que la neige fonde pour éviter les mauvaises surprises sur les petites routes en altitude. Les fenêtres météo sont trop courtes pour avoir la certitude de parcours praticables. Arrive Pâques, début avril. Ces jours-ci, le cumul des chutes de neige a dépassé le mètre sur les Pyrénées, pas le bon plan pour y aller… et le week-end prochain, un autre mètre est prévu ! Entre les deux, une petite semaine d’accalmie. Les températures restant positives la nuit, en principe pas de verglas, que demander de mieux ? En grimpant là-haut juste avant le deuxième épisode neigeux,
on peut espérer que – bien qu’elle se termine en cul-de-sac – la route menant à la station – fermée le week-end d’avant – ait été dégagée par le passage des roues des bagnoles … Ou pas, on verra bien ! À vélo on ne plaisante pas avec les prévisions météo en montagne, attention au timing, un petit décalage et le piège peut vite se refermer. Il faudra passer avant le retour du déluge et des cumuls de neige à venir. Bref, le seul risque sur ce circuit ne dépassant les 1000m d’altitude est en fait l’accès au contrôle de Superbagnères, 800m plus haut. Malgré tout, il y aura quand même quelques cols en chemin :
- le Col de Peyronnenc (879m)
- le Col de Sié (999m)
- le Col de la Croix de Deux Sous (890m)
- le Col de la bassine (885m)
- le Col de Hountarède (475m)
- le Col du Treuil (1785m)
Allez, début de saison pour un début de province, celle du Languedoc, un gros bout comportant huit départements… mais seulement deux pour cette fois, on commence doucement avec le Tarn et la Haute-Garonne. Ce parcours comporte du dénivelé, mais pas tant que ça en fait, avec de bonnes parties plates… et de bonnes parties vallonnées. L’alternance en fait quelque chose qui n’a rien d’insurmontable. Seul l’accès au contrôle de Superbagnères demandera un réel effort pour grimper le millier de mètres d’altitude de Luchon jusqu’à la petite station de ski à deux pas de l’Espagne. Attente de la météo, attente du train, laborieuse l’arrivée en gare de Toulouse à l’approche de 14h, et c’est enfin parti ! Cette journée de mise en route s’annonce très courte avec seulement un ou deux pointages de réalisables… et beaucoup de temps à patienter avant le retour du jour pour le contrôle suivant, ce qui risque de se répéter les jours suivants. Comme ce point du règlement des BCN / BPF empêchant de rouler de nuit est agaçant… surtout en voyageant léger sans jamais prévoir de point de chute !
Allez, tout va bien, penser à autre chose, il est temps de s’éloigner de la Ville Rose, cap au nord-est par la piste cyclable faisant prendre doucement de l’altitude en direction de Gaillac. Après une quinzaine de kilomètres, en quittant Garidech, l’urbanisation et la circulation cèdent la place à la campagne tranquille. Le début d’après-midi n’est pas froid avec ses 28°C pour un tout début avril. La traversée de Montastruc-la-Conseillère se fait âpre. Il faut affronter un raidillon inattendu atteignant un instant 15%. Mauvaise surprise ! À l’approche de Buzet-sur-Tarn, un insecte rentre dans la manche, et forcément la bestiole est du genre qui pique… et le fera bien sûr avant que j’aie le temps de m’arrêter. Deuxième mauvaise surprise !
Le début de parcours ne manque pas de piquant, mais cette fois le relief n’y est pas pour grand-chose ! Outre les fleurs de colza qui colorent le paysage de touches jaune vif, après Rabastens, le vignoble gaillacois fait progressivement son apparition. Pour l’instant, le bois tortueux est juste habillé de quelques feuilles timides. Avec la chaleur montante de l’après-midi, l’odeur soufrée des champs vert jaune se fait entêtante. En changeant de cap après avoir frôlé Gaillac, je me trouve face à une route barrée. J’y vais, j’y vais pas ? Éternelle question du cyclo voyageur. Les déviations semblent improbables sur ma carte routière, rallongent beaucoup surtout. Bon, au pire en poussant le vélo dans le bas-côté en lisière de champ ça doit pouvoir passer. Pas envie et pas le temps d’un gros détour si je veux arriver à faire mes deux pointages aujourd’hui pour essayer de devancer la pluie sur les dernières centaines de kilomètres, et ne pas reprendre le train en puant le chien mouillé !
En fait, rien d’extraordinaire. Juste une petite butte à franchir avant d’arriver sur une portion de route fissurée sur quelques dizaines de mètres. Pas de travaux, personne, passer par là était le bon choix. Plus loin, une longue montée avec sa réciproque en descente se présente à l’approche de Vindrac-Alayrac. En cheminant par Les Cabanes, le contrôle de Cordes-sur-Ciel, tout proche, le village dans la perspective, sur les hauteurs tout droit dans l’axe de la route. Traverser le petit bourg juché sur son monticule ne pose pas de problème, et c’est reparti après une première étape finalement plate, malgré quelques rares montées.
En repartant de Cordes, je passe par Pointe-à-Pitre ; si, si. Bon, d’accord, l’après-midi est bien chaud dans sa trentaine de degrés, mais de là à se croire aux Antilles… et pourtant !
À partir de ce lieu-dit insolite, une longue montée continue s’étire sur 4km avant d’amorcer la redescente à Laparrouquial… décidément la toponymie est assez étrange par ici. Le parcours change de maintenant de physionomie. Fini le plat, place au terrain vallonné, aux longues côtes usantes pour atteindre Tanus en début de soirée.
La route repart à la hausse vers Tréban avec ses longues bosses.
Trop juste pour espérer atteindre Ambialet avant la tombée du jour. Il faudra donc improviser un arrêt à Valence-d’Albigeois… à cause de ces foutus pointages toujours interdits de nuit. Participer à un jeu c’est accepter d’en suivre les règles, alors il faut patienter puisqu’il n’y a rien d’autre à faire !
En repartant avant l’aube, la route est devenue bien roulante puis descend vers le lit du Tarn où le site contrôle d’Ambialet est lové au creux d’un méandre de la rivière. Le petit village est magnifique dans les premières lumières matinales.
Ce début d’étape monte plus ou moins régulièrement jusqu’à Alban.
La température du petit matin est glaciale, 4°C ; le différentiel d’une bonne trentaine de degrés par rapport à la journée d’hier est énorme. En quittant Alban, une centaine de mètres de dénivelé est vite perdue… qu’il faut regagner aussitôt. La route prend ensuite continuellement de l’altitude par de longues montées entrecoupées de courts replats jusqu’au Col de Peyronnec. En chemin, à Montfranc la présence d’un mont n’est pas si évidente, si franche que ça, puisque le parcourt se stabilise en plateau à cet endroit. La particularité de ce petit bourg d’une centaine d’âmes est ailleurs, puisque dans la rue principale se trouvent au moins trois garagistes sur cette route serpentant en frontière de l’Aveyron.
Passé le village je crois discerner un instant, au loin sur la droite, la silhouette claire des cimes enneigées… c’est là où je serai peut-être demain, mais ce doit plutôt être un mirage de nuages bas ! Passé le col, la route continue à plat. Il faut profiter du long répit offert sur plusieurs kilomètres avant de se remettre à monter vers le prochain, le Col de Sié dont l’altitude n’atteignant pas les mille mètres ressemble à un acte manqué… à seulement 999. Le passage de ces deux sommets est assez facile, avec une pente ne dépasse pas les 6%.
Reste un troisième, celui de la Croix de Deux Sous, petit col fantôme à aller chercher par un détour à plat à deux pas de Lacaune, juste comme ça, pour y être passé ! La petite croix de fer flanquée devant la palissade du marchand de matériaux est le seul signe trahissant l’existence du site. En revenant sur Lacaune, la petite ville accueille le voyageur avec la sculpture monumentale en ferraille à moitié rouillée d’un jambon, mais pas n’importe lequel… de Lacaune bien entendu !
Après pointage dans la supérette – où il y avait des tonnes de jambons sauf celui du coin ! – petit arrêt à Sagnens dans l’abri de pique-nique pour faire le plein des bidons au robinet. C’est ensuite reparti vers le Col de la Bassine, col encore une fois facile à monter,
débutant par des pourcentages modestes avant de se poursuivre plusieurs kilomètres à l’horizontale. De Brassac au tournant vers Lacouzette, la montée est continue avec de rares moments de faux plats, puis les derniers kilomètres menant au contrôle se font alors à plat en passant par l’étonnante Rivière de Rochers, dont on peut se demander comment un filet d’eau aussi insignifiant a pu charrier de telles masses minérales… car en fait ne l’a pas fait, c’est l’érosion dégageant les pierres qui a permis au ruisseau de couler en dessous.
Le village de contrôle se présente dans une bonne descente, puis c’est reparti vers Burlats où l’invitation à un bon décrassage dans les toilettes publiques ne se refuse pas cet après-midi encore chaud.
En longeant l’Agout, la rivière exhale une délicieuse odeur d’algue, tel un bord de mer breton, sensation très agréable… et très surprenante par ici. Après avoir traversé le centre-ville de Castres, en périphérie les itinéraires cyclables se referment comme un piège, les panneaux disparaissent du paysage ou font tourner en rond jusqu’à être complètement perdu dans un dédale d’urbanisation. Pour trouver son chemin il ne faut pas demander Saix, mais Saïx en détachant bien le tréma ; dans l’idéal il ne faudrait jamais avoir peur de parler de sexe avec des inconnus !
Bref, la plaisanterie me fait perdre un temps considérable. En s’éloignant enfin de Castres et de sa cuvette, la route qui commence à remonter timidement après Saix devient une évidence à Sémalens… comme une dernière réapparition de la forêt qui m’a accompagnée toute la journée de manière monotone. La côte en direction de Puylaurens se poursuit sur des kilomètres sans discontinuer, pour s’épuiser par petites touches en arrivant au village contrôle.
Pas grand-chose à dire, en repartant la route est vite avalée pour une quinzaine de kilomètres bien roulante jusqu’à Revel.
L’interminable désert forestier tarnais a cette fois définitivement disparut,
cédant la place à la plaine agricole du Lauragais. La route de traverse après Montégut-Lauragais ondule en longues descentes et longues montées, puis vers Lux, le vallonnement se fait moins pénible avec une succession de bosses courtes beaucoup plus agréables. Comme le prochain contrôle est encore loin,
pas de chance d’y arriver avant la nuit. Un recoin en ville à Nailloux offre une pause de quelques heures. En repartant, les bosses longues mais peu marquées restent bien roulantes. Sur ma gauche, la lune se lève, rousse en parfait quartier d’orange. 4h du mat’ rien ne presse, ni les astres ni les Hommes encore endormis, route déserte. Fin de nuit agréable sur une route presque plate pour arriver à l’aube au pointage d’Aurignac dans une légère brume.
En s’approchant de Saint-Gaudens, revoilà nettement les sommets enneigés, cette fois pas de doute possible. Déjà pas mal de circulation matinale pour traverser la ville. Après le discret Col de Hountarède, cette route qui s’élève en faux plat jusqu’à Luchon je la connais bien pour y être passé plusieurs fois sur les Flèches de France. La dernière fois, en 2023 – sur mon Bernard Carré de 1979 –
je ne donnais pas cher de la voie ferrée unique menant à Luchon, ses rails coupés et passages à niveaux démontés pour laisser un libre passage au bitume des bagnoles, tout ça voué à l’abandon… ou à être recyclé comme trop souvent en voie verte cache-misère. Aujourd’hui, après une résurrection inespérée, tout a été providentiellement remis à neuf, ballast et matériel roulant compris. Comme quoi la survie de petites lignes ferroviaires est avant tout une question de volonté politique…
Beaucoup de vie dans le centre de Luchon, et tout de suite les hostilités commencent en quittant la station thermale avec une pente s’établissant à 10%. Après ce raidillon de départ, un court replat est suivi d’une descente avant de remonter plus modestement. En fait toute l’ascension du Col du Treuil
– qui se confond avec la station de ski de Superbanières – est irrégulière, comportant des replats sur toute sa longueur, de quoi avoir en 20km de bons moments de récupération… une montée idéale pour un cardiaque s’il n’y avait pas la chaleur – 38°C au-dessus du bitume – de l’après-midi. À mesure que le sommet approche,
les périodes de replat se font de plus en plus courtes et la neige de plus en plus présente. En haut la station est déserte, boueuse de neige sale, la saison de ski vient de s’achever. Rien pour pointer, une photo s’impose avant de repartir – sans glisser ! – demi-tour dans la descente et retour vers Luchon.
Ni dans la montée vers Superbanières ni dans la descente, je n’ai croisé d’autres cyclistes. Rien, même pas une vermine électrique, à peine quelques voitures. Pas de téméraires pour s’y aventurer si tôt dans la saison ? En repassant par Luchon, le vent s’est levé et souffle fort dans la vallée, pleine face. Pas de quoi se laisser aller en roue libre. Il faut pédaler continuellement sur la route globalement en descente suivant le cours de La Pique et la petite voie ferrée… en faisant de petites incursions frontalières dans les Hautes-Pyrénées.
À Izaourt, un Jésus en pleine décrépitude derrière ses barreaux semble attendre indéfiniment le passant ; le propre de la religion n’est-il pas de promettre l’éternité ? Le contrôle de Saint-Bertrand-de-Comminges n’est plus très loin, la ville haute se détache du paysage sur sa butte. Début de soirée, après une petite visite au village il est temps de commencer à chercher un point d’arrêt dans les environs.
Après quelques heures, il est temps de repartir tranquillement sur les petites routes tortueuses menant à Montréjeau, et qui méritent un peu d’attention dans la nuit opaque. En quittant la petite ville, le profil un peu vallonné passe par une longue montée tournicotante qui mène de Ponlat-Taillebourg à La Lande.
Dans la tranquillité nocturne, les rumeurs de l’autoroute résonnent longtemps dans le silence, puis les longs bouts droits menant à Blajan se font de plus en plus roulants jusqu’à atteindre le pointage de l’Isle-en-Dodon au petit jour après avoir croisé calvaires et statues votives joliment éclairés.
C’est reparti pour un début d’étape plate très roulant. Le samedi matin tranquille se fait frénétique à l’approche de L’Isle-Jourdain. Pas que sur les routes, beaucoup de piétons en ville aussi. Rendu à la campagne, la piste cyclable le long de la N224 –
vestige de route nationale dont le tronçon tombe là comme un cheveu sur la soupe avant de disparaître plus tard sans plus de logique – n’est manifestement pas entretenue. Grosses crevasses et mottes d’herbe aspirant à devenir des buissons se partagent par endroits le bitume laissé à lui-même. La grisaille venue tenace avec le lever du jour essaie maintenant autre chose, quelques gouttes, pour voir. Pas de grande surprise, c’était prévu par la météo. Pas de quoi empêcher,
à Montaigut-sur-Save, d’aller faire un petit décroché à l’ouest pour s’enfoncer un peu plus dans ce repli du département de Haute-Garonne en passant par l’agréable village de Launac. Détour sans conséquence à l’approche du dernier contrôle de Grenade-sur-Garonne.
Midi grouillant de vie en ville. Effervescence de début de week-end. Pas envie de fureter, de m’attarder. Trop de bagnoles, le crachin n’aide pas non plus.
Plutôt l’envie de fuir au plus vite après un bon décrassage aux toilettes publiques pour prendre le train du retour dans des conditions agréables ; quitte à être mouillé, autant l’être propre ! Il reste une trentaine de kilomètres pour boucler la boucle. Une formalité tranquille le long des berges du Canal Latéral à la Garonne, puis de celui du Midi, pour rejoindre la gare de Toulouse. Voilà, pari sur la pluie et pari sur la neige gagnés, tous les deux de peu !


