Réutiliser & remettre à neuf un pédalier jetable

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Dans le petit monde du vélo, les composants jetables ne datent pas d’hier, comme en témoigne cette roue libre Cyclo 90, indémontable, contrairement au reste de la famille.

Actuellement, un grand classique du genre est représenté par les pédaliers – notamment de VTT bas de gamme – aux plateaux sertis sur la manivelle ; mais là aussi, ce choix peut se rencontrer sur du matériel ancien. Cette façon d’économiser des bouts de chandelles tout en couillonnant le consommateur n’est finalement pas si surprenante, car finalement la durabilité on s’en contrefout, pour un produit – le vélo en général – qui finira le plus souvent à la déchetterie sans avoir énormément roulé… et donc sans avoir eu le temps de réellement user ses composants.

Bref, pour le projet de restauration d’un Fuji Sagres de 1985, il m’aurait fallu dans l’idéal un pédalier Sugino GP. Bien entendu, je n’en ai pas sous la main. Par contre, je pense avoir parmi mes pièces de rebut quelque chose d’approchant. Le monde de la moto de collection m’a appris à être conservateur, car tout peut resservir un jour. Bingo, les manivelles de ce pédalier bien fatigué ont une forme vraiment très proche du Sugino japonais… Hélas, les plateaux en acier sont plutôt laids, ont des dents délabrées, sont trop petits et ne sont pas démontables. En gros rien ne va, à part la forme des manivelles… qu’il faudra décaper pour obtenir un aspect d’aluminium poli, à la place de cet horrible noir défraîchi. Allez, on s’y met car y’a du boulot !

Bien entendu, cet article présente un exemple qu’il faudra adapter au besoin, en fonction des particularités du pédalier choisi… Mais il faudra un peu de créativité et de réflexion, car sur certains modèles la transformation sera presque impossible à réaliser.

Allons-y. Tout d’abord, un essai de polissage de la manivelle gauche donne un résultat concluant. La finition noire n’est pas due à une couche dure d’anodisation, mais c’est une simple peinture… Beaucoup plus facile de s’en débarrasser, et c’est tant mieux ! Le rendu aluminium satiné est satisfaisant, pour l’instant tout va bien. Côté droit, le cache plastique recouvrant l’étoile se retire sans trop de problèmes, mais se casse en deux. Il était de toute façon impossible de l’extraire en une seule pièce, car il devait être mis en place avant l’opération de sertissage des plateaux.

Le cache retiré confirme qu’il n’y a aucun système permettant le remplacement des plateaux. Ils sont maintenus ensemble par deux petits points de soudure électrique sur chaque branche de l’étoile. À noter ici le profil des dents à bout de souffle.

La première phase de mise à nu consiste à se débarrasser du petit plateau. Dommage, c’était le seul à avoir encore des dents correctes ! Percer chaque point de soudure électrique avec un foret assez large – car le point de soudure est plus étalé qu’il le laisse apparaître – mais sans y aller trop profondément.

 

Fractionner le petit plateau d’un trait de scie entre chaque branche de l’étoile, puis faire levier pour retirer les fragments un à un. Attention, sans forcer pour ne pas déformer l’étoile. Un léger reperçage peut être nécessaire… Mais il faut y aller en douceur !

De triple, le pédalier est passé en double sans trop abîmer la structure de l’étoile.

La superposition d’un plateau au BCD de 110mm confirme plusieurs choses : 1° la structure de l’étoile est suffisamment large pour supporter directement ce diamètre standard, 2° l’emboutissage du grand plateau forme un déport embarrassant, et 3° les trous déjà présents empêchent un futur perçage correct des cheminées.

Dans tous les cas, il faut d’abord se débarrasser du grand plateau en le fractionnant lui aussi à coups de scie… Attention au voisinage de la manivelle !

On se retrouve avec un simple plateau plutôt punk ! Les restes de l’étoile présentent un espace entre – ce qui était – les deux plateaux. En rabattant les deux épaisseurs d’acier, on se retrouve avec un espacement correct. Pour y arriver, on commence par écraser les deux plaques à l’étau, en finissant des aplatir délicatement au marteau. Les deux épaisseurs doivent se plaquer en douceur, pour encore une fois ne pas déformer – ou le moins possible – l’étoile… Il faut absolument que tout tourne rond à la fin !

 

Pour pouvoir percer les cheminées au bon endroit, il faut reboucher les trous à la brasure ; sinon, même en présence d’un décentrement minime et avec une perceuse sur colonne, le foret sera inévitablement dévié. Profiter du chalumeau pour combler les creux de dessertissage laissés aux endroits des soudures électriques.

 

Pour effectuer un perçage précis des cheminées, le plus simple est de se faire un gabarit, soigneusement à la règle et au compas, ou comme ici quelque chose de plus élaboré pour les amateurs de dessin technique.

À l’aide du gabarit, pointer précisément puis percer en plusieurs passes jusqu’à 10mm. Le plateau d’essai doit parfaitement se superposer aux trous.

 

Il reste maintenant à dégager les branches de l’étoile.

Bon, une fois le pédalier assemblé, le creux de l’étoile apparaît assez laid… mais en reprenant le cache plastique retiré au départ, quelques coups de limes plus tard, il s’adapte parfaitement au grand plateau.

Il reste à polir la manivelle. Avant de coller le cache plastique, vérifier que les branches de l’étoile tournent rond en les déformant délicatement et progressivement au besoin.

Pour s’en rendre compte précisément, placer un vieux boîtier de pédalier dans un étau, et faire tourner doucement le pédalier avec un doigt au plus proche de l’étoile (symbolisé par une flèche verte sur les photos). Déformer avec prudence les branches qui ne sont pas au niveau des autres (trop éloignées, ou trop rapprochées du doigt qui sert de guide).

Et voilà un horrible pédalier jetable, triste emblème de la société de consommation – pourtant qualitatif avec ses jolies et légères manivelles rigides en aluminium – devenu un composant fiable et durable pour aligner les kilomètres !

Pour conclure, il y a quand même une limite à tout ça : les plateaux sont juste tenus par leur boulonnage, sans autres points d’appui, ce qui en utilisation routière normale ne pose pas de problème. Mais en caricaturant, si vous développez 2000w en danseuse sur des cheminées en aluminium, elles peuvent – théoriquement – finir par se cisailler.

Ceci dit, à l’inverse il faut aussi relativiser. De nombreux montages « vintage » ont été réalisés avec des plateaux ne disposant pas d’appui sur l’étoile. Dans l’exemple de ce populaire Stronglight 49D, le petit plateau ne repose que sur les cheminées ; et le grand plateau – porteur – joue également le rôle d’étoile… Sans aucun rebord d’assise. Même si l’ensemble n’est pas d’une rigidité exceptionnelle, elle reste tout à fait correcte et tout se passe bien ! Bien entendu, les cheminées sont ici en acier.

 

 

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