Reconditionner un boîtier de pédalier EDCO Competition (… ou autre)

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Si votre boîtier de pédalier monobloc – qui ressemble à peu près à celui-ci – présente du jeu, vaut-il mieux le jeter ou le reconditionner ?

  • Pour un modèle chinois de base, ça se discute. D’un côté, en racheter un autre doté de roulements d’origine aussi médiocres, ou refaire celui qui a rendu l’âme ; en mieux, en le remontant avec des roulements de bonne qualité ? Personnellement je suis pour la 2ème solution !
  • Et pour un modèle bien conçu au départ… Mais qui a trop roulé ? Plutôt que de le remplacer par quelque chose d’actuel à la qualité incertaine, autant là aussi le reconditionner. C’est ce que nous allons voir avec l’exemple de ce boîtier de pédalier carré du suisse EDCO, mais le principe reste le même pour d’autres marques.

Il n’y a rien de bien compliqué, mais vous allez voir qu’il y a quelques astuces à connaître pour réaliser le travail proprement. Voyons ça :

 

  1. Il faut tout d’abord séparer les cuvettes du corps. Normalement cela ne pose pas de problème. Éventuellement un coup de maillet en bout d’axe, en tenant fermement la cuvette dans le poing, peut aider.
  1. Derrière les cuvettes, apparaît alors le type du roulement. La référence n’est pas forcément facile à lire, ici ce sont des 6903, avec un suffixe RS. Ce suffixe RS, 2RS, DDU ou LLU est important, il indique que le roulement est protégé par des flasques étanches. D’ordinaire noirs, ils peuvent être d’une autre couleur mais cela n’a pas d’importance. Par contre, il faut éviter les modèles dotés de flasques métalliques aux suffixes Z ou ZZ et les plastiques RZ ou 2RZ qui offrent juste une protection contre la poussière ; ils donnent l’impression de n’offrir aucune résistance en rotation, mais ne sont pas étanches. Avant de commander les roulements, attendre d’avoir tout démonté, car il n’y en a pas forcément qu’un de chaque côté !
  2. Pour pouvoir libérer les roulements, il faut retirer les circlips en bout d’axe. Avec une pince prévue pour, c’est mieux. Sinon, on peut se dépanner avec 2 tournevis fins : un pour écarter le circlip de l’axe, et l’autre pour le soulever de sa gorge… mais c’est plus acrobatique, et il y a plus de risque de détériorer le circlip. À vous de voir !
  3. À l’aide d’un maillet, frapper sur une extrémité de l’axe pour l’extraire – un des roulements vient avec – en tenant le corps fermement de l’autre main. Plusieurs coups sont nécessaires, rien d’anormal.
  4. De l’autre côté, le roulement est resté dans le corps. Introduire par l’intérieur un bout de tuyau en acier, un morceau de bois dur, ou quelque chose d’autre de ferme et de diamètre se rapprochant le plus possible de l’intérieur du corps, pour chasser le roulement – vers l’extérieur – à coups de maillet.

Ici, en étant attentif on aperçoit deux roulements superposés. Aucune importance, ils sortiront ensemble.

  1. Voici les roulements sortis. À l’origine, les flasques internes de protection des roulements ont été retirés. Ce n’est pas une bonne idée point de vue durée de vie. D’accord, au début vous économiserez le frottement – négligeable ! – de deux flasques d’étanchéité… Mais plus tard, quand l’eau et la crasse se seront infiltrées entre les deux roulements – la graisse dégueulasse autour des billes le laisse clairement voir ici – il y aura bien davantage de résistance au roulement… et l’usure rapide qui va avec ! Donc, un conseil pour le remontage : laisser les flasques internes entre les deux roulements. Les retirer est stupide et inutile.
  2.  Voici (à droite) comment sont montés les roulements dans le corps : deux d’un côté et un seul de l’autre. Comme l’axe dispose de deux portées larges (flèches vertes), il y a risque d’erreur au remontage. Pour ne pas se tromper, placer un repère. Ici, un « 1 » et un « 2 » au marqueur indiquent de quel côté se trouve le roulement unique, et de quel autre se trouve la paire. Ainsi, même si un des deux chiffres s’efface, on devrait pouvoir s’en sortir !
  3. Il reste à sortir le dernier roulement de l’axe. Il est largement hors d’usage et présente un jeu monstrueux. La preuve, on peut le mettre nettement de travers !

 

Même si les autres semblent encore corrects, toujours remplacer tous les roulements en même temps.

 

  1. Positionner le roulement en appui entre les mors d’un étau (coins en bleu) mais sans serrer, car en frappant au maillet en bout d’axe (flèche verte), le but est de dégager le roulement en faisant descendre l’axe. Il faut donc qu’il soit libre de coulisser pour ne pas être abîmé.
  2. Après un bon nettoyage de l’axe et du corps, il faut rassembler le tout avec de bons roulements… Et c’est là que ça se complique !
  3. On trouve maintenant de tout et n’importe quoi grâce à nos « amis » chinois, y compris des trucs infâmes ne tenant même pas 1000km, alors méfiance, surtout quand le prix est trop alléchant ! Les marques de confiance sont nombreuses, telles SKF, FAG, INA, NTN, NSK ou SNR toutes connues dans le monde industriel, et Enduro Bearings dans celui du vélo.

Pour ne pas endommager les billes d’un roulement, il faut l’insérer en prenant appui sur la bague interne pour le monter sur un axe (dessin vert), ou sur la bague externe pour le monter dans un alésage (dessin bleu)… Et dans les cas où il faut faire les deux opérations dans le même temps, il faut prendre appui sur les deux bagues simultanément. Sans frapper dessus comme une brute, comme les flancs des deux bagues sont ajustés sur le même plan, les billes du roulement ne seront pas massacrées. Voyons ça en pratique :

  1. Tout d’abord, engager le roulement sur son axe, bien droit à la main. Ça ne rentre pas à fond, pas de panique c’est normal ; les deux diamètres – de l’axe et du roulement – sont parfaitement ajustés. Dans le jargon du mécano industriel, on appelle ça « rentrer gras », bien qu’ici on fasse tout à sec. Pour finir de l’emboîter, le roulement repose sur une cale (ici un gros écrou éventuellement repercé au bon diamètre), et à l’aide d’un maillet frappé en bout d’axe, ce dernier rentre progressivement au bon endroit. Comme ici il n’y a pas de débord pour servir de butée vers le milieu de l’axe, il faut se fier à la rainure accueillant le circlip. Si ce n’est pas parfait, on corrigera à l’étape 15.
  2.  Même principe de l’autre côté, pour faire descendre les deux roulements dans le corps. S’aider éventuellement d’un appui sur la bague externe du roulement (encore un gros écrou) pour le faire coulisser à l’aide d’un maillet. Pour finir, assembler les deux sous-ensembles.Et si tout est rentré trop facilement ? Hé oui, à force de se faire marteler par le pédalage, il peut y avoir un peu de jeu dans l’alésage du corps, ou à la surface d’appui de l’axe. Rien de grave, c’est normalement aux roulements de supporter les contraintes du pédalage… Mais à force, l’usure peut se propager, surtout si les roulements n’ont pas été changés à temps ! Dans ce cas, il faut enduire très légèrement les surfaces d’appui avec un produit comme la Loctite 638, spécialement prévue pour combler les jeux des roulements. Il faudra ensuite remonter immédiatement le boîtier de pédalier reconditionné sur le vélo, pour que les jeux se répartissent bien en situation réelle, autrement dit que tout soit rigoureusement bien aligné dans le même axe (le temps que le produit polymérise complètement).
  1. Ne surtout pas remonter un des circlips (flèche rouge) pour aider au réassemblage. On pourrait penser que c’est une bonne idée, mais non. Il empêchera effectivement l’axe de glisser, mais au risque d’être détérioré, lui ou la gorge qui l’accueille sur l’axe. Si l’axe glisse un peu, ce n’est pas grave on le recale à l’étape suivante.
  2. Pour pouvoir replacer les circlips, il faut donc avoir les gorges correctement positionnées, c’est-à-dire affleurant au roulement (flèche verte) de chaque côté. Au besoin, remboîter doucement l’axe du côté ou la rainure est visible (trop sortie à gauche) pour la faire apparaître de l’autre côté (flèches rouges) à coups de maillet prudents.
  3. Pour replacer facilement les circlips même sans pince spéciale, il faut les faire glisser à la main sur l’axe, en alignant leur ouverture sur le milieu d’une face du carré, et ensuite finir de pousser au tournevis plat le plus droit possible. S’assurer ensuite que les circlips sont rentrés dans la gorge sur tout leur périmètre. Chaque circlip doit tenir serré dans sa rainure. Il ne doit pas pouvoir tourner sur l’axe. On peut le vérifier avec la pointe d’un tournevis fin mis dans un des deux trous du circlip. En empêchant d’une main l’axe de tourner, le tournevis ne doit pas arriver de l’autre à faire bouger le circlip.
  4. Il reste à remboîter les cuvettes, pour voir. Si elles vadrouillent un peu par rapport au diamètre du corps… Pensez à la Loctite 638 sur le pourtour du corps recevant les cuvettes, au moment de les remonter sur le vélo… Sans en mettre une tartine.

C’est fini !

L’axe vous semblera peut-être manquer de fluidité, c’est normal, c’est dû aux flasques d’étanchéité des roulements ; ils vont se roder. Et voilà, alors il n’est pas beau notre boîtier de pédalier – presque – tout neuf ?

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