Pourquoi aller chasser les BCN et BPF ?

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Tout amoureux du vélo, a un jour ou l’autre entendu parler du Brevet Cyclotouriste National ou du Brevet des Provinces Françaises, mais sans forcément y porter plus d’attention que cela. Ces BCN et BPF sont deux brevets mythiques de la FFCT, par le nombre de pointages (94 et 534) et par le temps qu’il faut mettre pour les réaliser. Grandiose, très tentant pour un esprit routard comme le mien, mais bof, ils m’ont toujours laissé froid !

Pourtant, depuis que mes allées et venues de traîne-savates m’entraînent un peu partout en France, j’aurais pu presque tous les valider… Mais voilà, le pointage part d’un principe un peu rétrograde :

  • Au «  cachet humide », autrement dit un coup de tampon d’un commerçant,
  • À la rigueur, avec une photo du village comportant son vélo.

Hélas, s’ajoute une condition : pointer de jour ! Pas question de prendre de nuit le panneau d’entrée du village avec son vélo… Niet !

Donc, en pratique, on est tributaire des horaires d’ouverture des commerces… qui ne sont éventuellement plus qu’un ou deux dans certains villages. Et si on roule l’automne ou l’hiver, le pointage de remplacement de jour, le vélo devant le panneau d’entrée du village est alors très limité !

Conséquence de tout cela : on ne peut en pratique pointer que la moitié du temps.

Alors pourquoi une telle restriction ? Parce qu’officiellement, selon la FFCT, la nuit est une « période pendant laquelle la notion de tourisme perd beaucoup de sa valeur ». D’accord, je veux bien, mais la pluie fait aussi perdre beaucoup de valeur au tourisme, non ? Et en se faisant l’avocat du Diable, que vaut-il mieux :

  • Se frayer un chemin tortueux dans un village saturé de bagnoles et de touristes… Et ne pas voir grand-chose…
  • Ou déambuler dans une bourgade bien mise en valeur par l’éclairage public nocturne et pouvoir musarder tranquillement (un exemple ici)… Comme j’aime le faire ? Alors pourquoi, si j’ai envie de rouler de nuit, je ne peux pas le faire sereinement… À part pour du beurre ?

Et ce règlement cache des contournements injustes :

  • Pourquoi le fait de tamponner à 5h du matin à la boulangerie ou 22h au bistro, ne fait pas perdre de son intérêt touristique (vu que le pointage est validé par le tampon), alors que le village est plongé dans la nuit en dehors du plein été.
  • Pourquoi, pointer de jour en ayant fait quelques dizaines de kilomètres à la descente du train, pour y remonter ensuite aussi vite, serait plus valorisant que de partir de chez soi et cheminer de nuit à la recherche d’un pointage lointain (pour y arriver de jour bien entendu)… Mais en ne pouvant rien valider en cours de route ? Voilà donc pourquoi, jusqu’ici, je ne me suis jamais frotté à ces fameux BCN et BPF.

D’un autre point de vue, pour aussi étonnant que ce soit, il n’y a pas forcément que le vélo dans la vie ! Alors chacun peut déjà très bien connaître un village (en y étant passé à vélo, ou pas) et donc ne pas avoir, ni besoin ni envie, de s’y éterniser forcément. À ce moment-là, le jour ou la nuit n’y changera rien ! Un simple passage à vélo peut aussi être un moyen comme un autre de prendre contact avec un lieu, une région, pour y revenir à un autre temps ou par un autre moyen, et pouvoir en profiter davantage, car je ne me vois pas visiter quoi que ce soit avec mon accoutrement de cycliste, pour passer pour une bête curieuse, éventuellement avec un état de fraîcheur variable. L’époque du cycliste élégant en gilet veston, casquette de tweed et culotte de golf me semble bien révolue ! De tout cela il ressort pour finir, un côté réellement contre-productif. Car par manque de temps, pour réussir à réaliser le dernier pointage départemental, de jour bien entendu, il faut se presser en cours de route, et l’esprit de découverte et de curiosité y perdent beaucoup, alors qu’ils devraient faire partie du concept des BCN et BPF. Ne pas avoir le temps matériel de la flânerie, entrave bien plus le tourisme que la chute du jour, il me semble.

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Messieurs de la FFCT, pourquoi infantiliser ainsi les pratiquants, et ne pas faire confiance en leurs capacités et leurs envies de rouler… Au moment où, et comme, ils le souhaitent ? Je trouve une étonnante contradiction entre la totale liberté de délais et d’itinéraires, face à ce verrouillage des horaires ! Et vous vous étonnez que la formule des BCN et BPF soit en perte de vitesse ?

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D’un autre côté, si l’on souhaite participer à quoi que ce soit, il faut bien en accepter le règlement. Pour faire une province dans l’esprit randonneur, et en respectant ces foutus pointages de jour, il n’y a donc que trois solutions possibles :

  1. Soit être rapide (ce que je ne suis pas) pour caser un département dans la journée.
  2. Soit avoir un budget (dont je ne dispose pas) pour l’hébergement d’une nuit.
  3. Soit un peu d’astuce (au moins ça ne coûte rien) en traçant son parcours de façon à regrouper des sites faisables la première journée, et ceux qui seront réalisés le deuxième jour, tout en ayant une grande liaison kilométrique entre les deux groupes pour rouler le plus possible de nuit… tranquillement en flânant, et en improvisant pour les heures qui restent ! Une autre possibilité est de partir le soir pour des provinces lointaines, faire un parcours de liaison de nuit pour attaquer dès l’aube (et avec un peu de chance avant) le premier pointage, et caser les cinq autres dans la même journée, avant de rentrer par le dernier train.

Ma philosophie de ces BCN et BPF sera donc très largement calquée sur la troisième méthode !

 

En résumé, voilà comment, à vouloir se montrer trop rigide, la FFCT se retrouve le cul coincé entre deux chaises : celle du voyage pépère (du temps où les gens avaient du temps) qui ne correspond plus forcément aux bons rouleurs – même contemplatifs – et celle qui n’assume pas ses ambitions sportives avec le Paris-Brest-Paris – et autres organisations – où la notion de tourisme n’est qu’une grosse plaisanterie !

 

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