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Après tous les circuits BCN / PPF de cette année passés à grimper, on va encore monter le degré de difficulté d’un cran, mais ici avec un circuit beaucoup plus court, « seulement » dans les 400km… vraiment montagnard. Les Alpes ce n’est pas « la montagne à vaches » du Massif Central vue précédemment en sillonnant cette province d’Auvergne. Les montées, ou plutôt ascensions et les descentes peuvent se chiffrer ici en dizaines de kilomètres en continu, ça ne rigole pas. Pour preuve et comme avant-goût, le profil du parcours : 
En chemin on va rencontrer une vingtaine de cols, dont certains sur un air de déjà-vu puisque gravis à l’aller et au retour sur deux versants, et d’autres plus informels passés incognitos… dans les jambes ou faute de panneaux :
- Le Col Saint-Martin (1503 m)
- Le Col de Turini (1604 m)
- La Baisse de la Cabanette (1372 m)
- Le Pas de l’Escous (1008 m)
- Le Col de l’Orme (1005 m)
- Le Col de l’Ablé (1149 m)
- Le Col de Braus (1002 m)
- Le Col Saint-Jean (642 m)
- Le Col du Pérus (659 m)
- Le Col de Brouis (879 m)
- Le Col de Brouis (879 m)
- Le Col du Pérus (659 m)
- Le Col Saint-Jean (642 m)
- Le Col de Braus (1002 m)
- Le Col de Saint-Pancrace (672 m)
- Le Col de Guerre (557 m)
- Le Col d’Eze (507 m)
- Le Col des Quatre Chemins (329 m)
- Le Col du Caire (180 m)
- Le Col de Villefranche (149 m)
Tout début septembre, billet de train acheté depuis une éternité, pari sur la météo, petite économie parce que ces BCN / BPF engloutissent un budget considérable, me voilà recraché en gare de Nice pour une balade de plus, une féroce, une vraie montagnarde mais qui vous récompensera par la beauté et diversité des paysages. Milieu d’après-midi bien entamé, surtout ne pas traîner pour avoir une chance de pointer à la supérette de Gréolières avant sa fermeture. En attendant, il faut regagner le littoral. Beaucoup de circulation en ville, de vermine électrique sur la promenade des Anglais. S’éloigner de la ville ne change rien à atmosphère grouillante. À La Colle / Loup les montagnes émergent du paysage droit devant ; tout va bien, puisque c’est là qu’on va. Le petit raidillon peut surprendre, mais je m’en souvenais après mon dernier passage sur le départ de la Flèche Nice–Paris avec mon Alan Competition de 1977. Curieusement, ce coup de cul n’annonce pas le début de la montée vers les hauteurs, mais une descente douce pour un petit moment ! Bien après le village, à mi-parcours sur cette première étape, la circulation s’évapore brusquement, sans doute aspirée vers Grasse en passant par Le Bar-sur-Loup que l’on voit tout près, accroché à flanc de montagne. La route est encore facile, monte tout doucement, tout doucement, maintenant sans presque aucune bagnole.
Après Pont-du-Loup, on échange le faux plat contre une montée raisonnable qu’il faudra suivre sur une quinzaine de kilomètres pour accéder au contrôle de Gréolières. Je suis dans les temps pour pouvoir pointer en début de soirée et continuer à rouler tranquillement pour une bonne part de nuit blanche… voire pas loin de sa totalité selon mon état d’avancement sur cette deuxième étape d’une centaine de kilomètres globalement toute en montée. Bref, en attendant le décor se change d’ordinaire en celui d’un défilé rocheux en suivant les gorges du Loup.
Un long replat apparaît au niveau de la prise d’eau du barrage et se prolonge sur plusieurs kilomètres… puis c’est terminé du faux plat, la côte reprend de plus belle à 6-7% juste avant l’entrée dans Le Thoronet, et jusqu’au pointage en ayant passé un moment à tourner autour du village de Cipières, établit sur son éminence d’en face.
En repartant, la route redescend sur quelques kilomètres pour remonter ensuite en direction de Coursegoules, que l’on voit de loin accroché à flanc de montagne dans des teintes claires rendues un peu chaudes par le soleil rasant de ce début de soirée de fin d’été, puis la route amorce un début de descente en sortant du village. De loin en loin au crépuscule, les villages parsemant les hauteurs forment autant de grappes de lumières tandis que la descente se poursuit vers Le Broc.
À l’approche du bourg, la vallée illuminée avec ses installations industrielles est splendide dans le calme de cette tombée de nuit. Revenu au creux du relief, j’échange mon point de vue : ce qui me paraissait au plus profond de la vallée, maintenant je passe juste devant en longeant les usines endormies ; et les petits villages illuminés au travers desquels je serpentais il y a peu, semblent par magie avoir grimpé les sommets.
Relativité. Après le pont enjambant Le Var, la route qui remonte la vallée – et en redescend – se fait par deux fois deux voies d’asphalte nettement séparées par les rails de la petite voie ferrée. Curieuse paire de routes départementales à sens unique. Dans la nuit, on voit de temps en temps les trouées des tunnels creusés dans la roche sur la route équivalente en sens inverse. Leur éclairage généreux, leur allure plus moderne et leurs croix rouges en sommets de voies – alors que je ne vois pas comment on pourrait s’aventurer sur la route jumelle – apparaissent comme une invitation à la transgression…
Tout semble plus beau mais ce n’est sans doute qu’une vision déformée par la nuit, l’effet idéalisé est peut-être le même pour les conducteurs d’en face. Dans les gorges de la Mescla s’amorce la remontée de la Tinée. Il y en a pour un moment, une cinquantaine de kilomètres. Rien de bien dur, mais même dans le calme des ténèbres, la patience s’impose ! De quoi profiter, en passant par la Courbaisse, pour faire le plein des bidons à la petite fontaine à l’abri de son auvent. À partir de Marie, la route monte sur de très longs faux plats alternants avec de courts tronçons de montée aux environs de 5% jusqu’à Isola, où je vais faire une pause de quelques heures patientant à l’approche de l’aube pour ne pas arriver trop tôt au prochain contrôle. En attendant, en entrant dans Saint-Sauveur-sur-Tinée j’effraie un renard qui zigzague dans la lumière de mes torches, et finit par entrer en ville pour vite s’arrêter en lisière de ce monde étrange, préférant filer dans le bas-côté. L’usine EDF de Valabres ronronne doucement dans la nuit, sans aucun éclairage ; présence rassurante, mais depuis Montaigne on le sait bien, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés !
Puis bientôt, en amie familière, la Lune que j’ai cherchée en vain tout ce début de nuit épaisse fait une apparition magique entre deux cimes montagneuses… avant de se faire ravaler par le paravent rocheux. Isola donc, se laisser bercer par les ténèbres et le bavardage de la rivière, et c’est reparti tranquillement à 5h du mat’. Après quelques kilomètres supplémentaires de cette montée – presque –
toute en faux plats commencée depuis près d’une cinquantaine de kilomètres, la route se met enfin à grimper passé Le Bourguet et jusqu’au pointage de Saint-Étienne-de-Tinée, redescendant légèrement lors de son approche finale.
Demi-tour. Il faut repasser par la petite butte en repartant. Rien de bien méchant. Ensuite il n’y a qu’à se laisser glisser, en pédalant plus ou moins jusqu’à déjà Saint-Sauveur-sur-Tinée. La roche très rouge que l’on peut souvent rencontrer dans l’arrière-pays niçois fait son apparition, toujours aussi étonnante, avant de bifurquer vers Saint-Martin-Vésubie où la route se met tout de suite à bien grimper. Un court replat à Valdebore-La Colmiane est le bienvenu pour récupérer un peu… mais ne dure pas. Arrivé en haut du Col Saint-Martin après une ascension quasiment tout le temps à 7%,
le gros cube laid que l’on a pu voir de très loin dans la montée en se demandant ce que c’est, se dévoile comme un immeuble cage à lapins de la station de ski. Pas grand-chose d’autre dépasse du paysage, et c’est presque déjà trop ! Il reste, pour terminer cette étape, à redescendre du col pour rejoindre le contrôle de Saint-Martin-Vésubie à 7km de là.
À l’entrée du village, les stigmates des dégâts causés par les grandes tempêtes Alex et Aline subsistent ; des chantiers de terrassement sont toujours en cours. Le bourg en lui-même ne semble pas en avoir gardé de traces évidentes. En repartant, après avoir continué à se laisser glisser dans la pente jusqu’à Roquebillière – à 500m d’altitude – il faut regrimper. Comme sur l’étape précédente, on prend les mêmes et on recommence, avec un autre col, celui de Turini à la place de St-Martin. L’élévation est comparable – un peu plus du millier de mètres ici, mais on ne va pas chipoter – et à l’approche de Bollène-Vésubie,
en obliquant sur la discrète M70, tout de suite le ton est donné, ça monte sec. Même genre de pente, un autre col prisé par le Tour de France, pas simple donc. À quelques jours près, je n’aurai pas pu y monter à cause du rallye de la Vésubie. Avant de partir, j’avais pourtant regardé l’état des routes, en particulier dans les vallées de la Tinée et de la Roya, mais je dois dire que je n’avais pas prévu ce genre de chose. À midi, très peu de circulation en se hissant sur les hauteurs, alors tous les apprentis pilotes en profitent pour occuper le terrain en « maîtres » de la route pour reconnaître le parcours, peaufiner leur road-book, les réglages moteurs de leurs engins … ou je-ne-sais-quoi d’autre, mais l’apparition des bagnoles se fait brutale, hurlante, et dans des trajectoires imprudentes.
Que vaut un simple vélo en train de monter péniblement face à ce déferlement ? Pas grand-chose d’autre qu’espérer qu’ils tiennent à peu près leurs voies ou qu’ils acceptent de perdre une demi-seconde pour me doubler ! Curieusement, les quelques zones d’ombre se font plus présentes à mesure que l’on gagne de la hauteur. Le col se grimpe à 8% pour se durcir un peu à 4km du sommet. En haut, la grande fontaine peut assurer le plein des bidons, et il faut se laisser glisser en très légère descente jusqu’au prochain contrôle de Peïra-Cava après n’avoir perdu qu’environ 150m d’altitude.
Cette étape comporte une myriades de cols : huit peuplent cette soixantaine de kilomètres… la moitié n’étant pas indiqués… comme la Baisse de la Cabanette par laquelle on commence, et dont les lacets sont ensuite assez courts sur une route étroite et plongeante. Le Pas de l’Escousse se poursuit incognito pour finir à plat au Col de l’Orme… où il faut remonter vers celui de l’Ablé par des pourcentages variables n’offrant pas trop de difficulté. Le sommet se passe lui aussi de manière invisible… avant de plonger vers Sospel via une toute petite remonté par le Col de Braus,
qui permet ensuite de cueillir le suivant, le Col Saint-Jean – matérialisé par son petit panneau en bois – dans la descente. Sept et huitième depuis Peïra-Cava, donc, les deux dernières ascensions sont courtes : le Col du Pérus se monte sur des pourcentages inégaux mais toujours raisonnables,
et le dernier de ce chapelet, le Col de Bouis s’enchaîne directement dans la continuité de son prédécesseur qui – sans son petit panneau de bois – passerait totalement inaperçu ; un de plus ! La fin est plus dure et la petite fontaine au sommet est là pour fournir une eau fraîche bien méritée avant de basculer dans la descente vers La Giandola,
frôlant Breil-sur Roya à une altitude de 300m… qu’il faudra regagner pour remonter la vallée de La Roya jusqu’au contrôle de La Brigue. En arrivant dans la paire de longs tunnels de Saorge – qui peuvent être impressionnants à vélo en cas de circulation automobile – la route commence à remonter. La Roya serpente à grands bruits autour des énormes blocs clairs ou veinés de teintes marron rouge, et sur les hauteurs,
on aperçoit les abouchements de la petite voie ferroviaire unique qui trace son chemin à travers la montagne. À Saint-Dalmas-de-Tende, en bifurquant vers le contrôle de La Brigue, les derniers kilomètres se font à plat pour arriver au petit village aux accents de la Renaissance italienne. Les toilettes publiques sont elles aussi d’un autre temps point de vue hygiène, et je renonce à les utiliser. Tant pis, je garde la sueur et la poussière de la route ; avec un peu de chance j’arriverai bien à m’en débarrasser plus tard !
À moins de continuer vers Tende et l’Italie, pas le choix, il faut faire demi-tour dans le soir pour revenir largement sur ses pas jusqu’au Col de Braus. 50km exactement d’une route que l’on vient de faire en sens inverse… pas tout à fait inconnue, donc ! Commencer par redescendre la vallée jusqu’aux abords de Breil-sur-Roya où la côte varie de 5 à 7% pour retourner au Col de Bouis,
le reste a comme un air de déjà-vu : le Col du Pérus dans la descente cette fois, Sospel au creux de la vallée… suivi d’une remontée vers le Col de Braus. De quoi sur ce retour occuper une bonne partie de la nuit, là où l’aller avait occupé une bonne partie de l’après-midi. Échanger le jour contre la nuit permet de chasser la lassitude ;
en changeant de point de vue grâce à l’obscurité, on varie les plaisirs ! En redescendant des hauteurs du Col de Braus, Je m’arrête un peu à l’écart de la route sur la place de l’église de Touët-de-l’Escarène pour un bon décrassage ; enfin ! Mes délais sont larges pour arriver à Nice prendre le train du retour,
alors je m’accorde quelques heures de pause en fin de nuit. L’aube revenue, c’est le moment de repartir dans la descente qui se prolonge agréablement – en passant par un sublime petit défilé rocheux – jusqu’à La-Grave-de-Peille. La sérénité de l’instant s’interrompt brusquement au cœur du village, alors que la route oblique vers Peille en remontant brusquement. Le petit raidillon à 6-7% s’apaise à la sortie du bourg… puis repart aussitôt à la hausse dans une montée de col à 8%. À mesure que l’on s’élève, on voit les ilots d’urbanisation posés au loin sur la plaine, et aperçoit un timide lambeau de Méditerranée.
Après Peille l’altitude de la route se stabilise plus ou moins, et sans panneau pour le concrétiser, le Col de Saint-Pancrace reste incertain. Pas bien haut dans l’absolu, sa montée se révèle d’autant plus laborieuse que son emplacement reste flou sur cette route tournicotante qui tarde à engager sa descente en pente douce. En route vers le Col de Guerre, qui restera invisible, une grosse carrière apparaît en direction du littoral. Ils creusent la montagne en gradins comme s’ils voulaient en faire un théâtre romain pour géants, et ce creux est très laid ! En approche du dernier contrôle de La Turbie, dans la descente, la mer Méditerranée se dévoile enfin, proche et certaine dans le paysage.
En repartant en fin de matinée pour cette dernière étape d’une vingtaine de kilomètres, la route remonte en faux plat jusqu’au Col d’Èze et permet d’admirer par fragments successifs le littoral en contrebas. Aller à la rencontre du Col des Quatre Chemins se fait en basculant assez vite dans une pente douce, pour arriver à son sommet matérialisé par la stèle en l’honneur du maréchal Massena. Au robinet attenant on peut faire un dernier appoint des bidons… mais il ne reste qu’une douzaine de kilomètres via les cols invisibles du Caire et de Villefranche, en descente, pour revenir jusqu’à Nice. Après le bord de mer toujours grouillant de plagistes et promeneurs,
il faut se montrer très prudent face à la circulation anarchique pour ce retour dans la grande ville.
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Le parcours Openrunner N°24513174 réalisé : 415 km
La feuille de route détaillée
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