Test longue distance : cuissard SaintBrieuc 48 de Louison Bobet

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Louison Bobet, vous connaissez ? Sans doute de nom ; le nom d’un grand champion français, un bonhomme dont le palmarès peut sembler suranné aux plus jeunes. Maintenant, c’est également une marque de vêtements cyclistes très intéressante, même si je n’ai pas pu tester leurs maillots, hélas hors de mon budget, bien que je sois résolument convaincu des avantages de la laine mérinos depuis que je m’équipe en t-shirts – plus basiques mais pour la moitié du prix – chez Icebreaker.

En fait, je voudrais vous parler de leur cuissard : Le SaintBrieuc 48. Un prix très compétitif pour un vêtement a priori capable de servir en longues distances.

À la réception, on se rend compte que l’emballage est soigné. Le cuissard est livré dans sa jolie boîte – blanche dehors, bleue dedans – entouré d’un papier de soie, et accompagné d’un petit catalogue et d’une carte personnalisée.

Cher Patrick, y est écrit à la main… ça tombe bien, c’est moi ! J’aime qu’on me parle avec douceur, et même si c’est une grosse ficelle marketing pour que le client pense qu’il est unique, ça fait toujours plaisir… mais là n’est pas l’essentiel.

À première vue, le fond du cuissard – le plus important pour affronter de longues distances – est de bonne épaisseur. Au toucher, la densité de la mousse n’est pas mal non plus. Et puis il y a ces deux étranges cuvettes à l’arrière. Dans leurs creux, la mousse est moins épaisse, forcément… avec un air de trop peu. C’est pourquoi j’étais resté hésitant, jusqu’à ce que la nécessité de renouveler mon équipement – et à vrai dire une sympathique promo le temps du Paris-Roubaix – me fasse sauter le pas. Hé bien malgré mes réserves, je n’ai pas (trop) été déçu.

Pour essayer ce cuissard, je l’ai testé sur une sortie de près de 800km, tout simplement en faisant le tour de l’Orléanais en deux jours. Sans le roder, sans pitié, de but en blanc ; et il ne s’en est plutôt bien sorti.

Pourtant après 300km, j’ai franchement eu un bon mal de popotin. Une douleur de compression et non causée par les frottements. Et c’est d’autant plus un bon point que je m’aperçois après crevaison que cette sensation est entièrement de ma faute : je venais de resserrer le cuir de ma selle dont le hamac était bien trop souple, mais surtout, mon pneu arrière était bien trop gonflé. Le confort en a forcément pâti, et après un gonflage plus raisonnable, tout est rentré dans l’ordre. Ensuite, je dois vous avouer une particularité : malgré une tige de selle très déportée à l’arrière, et la selle elle-même reculée au maximum, je reste assis sur les rivets en cuivre de ma Brooks… qui tombent pile-poil en bordure des cuvettes qui m’avaient tant fait hésiter – à juste raison – sur l’achat de ce cuissard. Mais après tout, ce n’est pas la faute du fabricant si je suis mal foutu !

Mais quand même, ces rembourrages aux épaisseurs différenciées font modernes, font technique ; pensés, étudiés, tout ce que vous voulez… sauf qu’en pratique, en vrai, le cul des heures et des heures sur une selle réelle et des routes douteuses, c’est autre chose qu’en laboratoire ! J’aurais donc préféré un remplissage plus régulier, sans fantaisie, mais pour davantage d’efficacité.

Je pinaille, mais jusque-là le test est réussi, et les élastiques aux cuisses sont aussi une vraie réussite. Un peu serrés en enfilant le cuissard, ils se font vite oublier, restant parfaitement immobiles au fil du temps, et surtout ne formant pas de cloques ou d’irritations comme peuvent le faire – sur ma peau sans doute fragile – d’autres fabricants.

Des élastiques aux cuisses qui se font vite oublier. Sur l’envers, le petit lettrage en silicone maintient parfaitement le cuissard en place, sans jamais se montrer agressif pour la peau. Un bon point face à, de gauche à droite :

  • Assos et ses ventouses, efficaces, mais pouvant se révéler très agressives pour la peau, la chaleur aidant.
  • Pearl Izumi, absolument pas agressif, car juste en tissu, mais ne maintenant plus rien avec le temps.
  • Les vaguelettes silicone de Décathlon pas franchement agréables à l’usage.

Le tissu est également bien choisi, gérant agréablement la transpiration en étant thermiquement confortable à toutes les températures de cette sortie : des 28°C ensoleillés comme aux 7°C nocturnes.

Par contre, je dois avouer ce qui est pour moi un gros loupé : les deux coutures qui arrivent en avant de la zone périnéale, entraînant de petites lésions d’irritations en bordure du fond du cuissard. Là, franchement, il y aurait besoin de redessiner les panneaux de tissus pour déplacer les coutures et éviter ces deux points de dermabrasion. Il y a moyen de faire autrement, et beaucoup d’autres marques ne s’y sont pas fait piéger. Une erreur de jeunesse à corriger en priorité !

Voilà en détail cette maudite couture…

Et voilà ce que propose la concurrence, en évitant à chaque fois de placer cette couture en fond de cuissard, avec de gauche à droite :

  • Un Assos de la série S5.
  • Un Pearl Izumi de l’ancienne série Elite.
  • Et même un Décathlon basique n’a pas cette couture !

En l’état, et pour toutes ces raisons, pour moi ce cuissard se limite aux sorties de « moyennes » distances : de 200 à 600km… Mais si vous n’avez pas la peau fragile, il se montrera idéal même pour les longues distances type Paris-Brest-Paris (sous réserve que vous supportiez l’agression des coutures), car l’épaisseur du fond de ce cuissard est bonne et de bonne densité. Bien entendu, il pourra aussi vous suivre sur la sortie du dimanche matin, mais ce serait tout de même un peu luxueux à mon goût.

Pour finir, rêvons un peu, et imaginons un instant ces satanées coutures déplacées, et la suppression de ces petites zones de mousse évidées, rembourrées uniformément ; là on tiendrait un cuissard idéal en grandes randonnées, même pour les plus longues, et même pour les fessiers les plus fragiles. Il n’y a finalement pas grand-chose à corriger, et un réel marché existe pour ce genre de produits, ou d’autres fabricants – comme Assos pour ne pas le nommer – nous prennent pour des pigeons à grosses tirelires avec leurs dernières séries, inabordables et peu convaincantes. Alors chiche, on se le fait ce modèle idéal pour les randonneurs longue distance ?

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