Le BRM 600 km d’Andrésy – 8 juin 2019

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Dernier brevet qualificatif pour le Paris-Brest-Paris, et quatrième de la série réalisée à Andrésy cette année. Départ groupé, assez peinard. Avant l’Isle-Adam, un cyclo me dit « t’as une belle carte Michelin, t’arrives à t’orienter comme ça ? ! » Bin oui – je ne suis pas un dinosaure mais un puriste, nuance – à ce moment-là j’aurais dû me douter de quelque chose, mieux étudier la partie belge de ce brevet peut-être, car dans l’idée, aller faire une petite vadrouille outre-Quévrain est sympa, bien que pour y être déjà allé, les directions ne soient pas forcément bien bavardes là-bas… mais j’anticipe. Début d’étape très roulante, surtout avec vent dans le dos. Je suis dans un grand groupe, qui peu à peu s’étiole. Nous quittons vite fait l’Ile-de-France pour la Picardie. Après Chantilly, et ses gros pavés rugueux autour du château, quelques petites branches en milieu de route témoignent du passage de la tempête d’hier. Le côté positif est que l’arrière-garde du vent nous pousse toujours. Je me retrouve seul à Avilly sous de gros nuages noirs, mais le ciel arrive à rester sec. Depuis un moment, je sens un léger flottement dans mon assise. En Approche de Senlis, ma sacoche avant se fait la belle lourdement. Je manque de faire un soleil en roulant par-dessus. À la Roue-qui-Tourne, je m’arrête prendre une photo irrésistible et un peu stupide… et m’aperçois que j’ai perdu un rivet à l’arrière de ma selle. Une Brooks Cambium avec laquelle je n’ai fait que quelques sorties, et n’arrive pas à me décider sur son caractère tape-cul ou non. Au moins, j’ai l’explication sur mon impression de flou ressenti dès le départ. En seulement 1500 bornes, une selle qui part en pièces détachées ne fait pas franchement sérieux ! Bon, la sacoche puis la selle, le brevet commence sous signe de la poisse. Jamais deux sans trois, de quoi sera faite la prochaine ? Le rivet parti du côté où suis le plus en appui me laisse perplexe, car la pression aurait dû éviter qu’il ne se dévisse. L’étape est plate, la traversée de Forêt de Compiègne, longue. La route est encore humide des dernières pluies. Je monte deux ou trois bosses insignifiantes autour de Pierrefonds, puis me laisse surprendre par un raidillon pour m’extraire de Chelles. Le premier pointage de Vic-sur-Aisne est tout près. Je tamponne et prends une patte d’ours à la boulangerie, une espèce de chausson aux pommes à la myrtille en fait, dont j’ai souvent entendu parler comme spécialité des environs. Après plus de 100km de route, ça se laisse manger ; pas mauvais du tout.

Quelques kilomètres après Vic-sur-Aisne, je grimpe une belle bosse sur une route improbable… et introuvable sans GPS. L’étroit chemin est parsemé de petits branchages tombés. À Blérancourt je tombe sur un rallye de voitures anciennes, c’est sans doute un point de rencontre, car il y en a un peu partout dans le village. L’air est empli de la capiteuse odeur d’essence à la carburation mal réglée. Une fragrance de plus en plus rare, un parfum pas trop écolo, mais plein de nostalgie. Après quelques soubresauts du relief, c’est finalement le retour du tout plat en longeant la piste cyclable qui borde le Canal Latéral à l’Oise puis celui de Saint-Quentin. Les gravillons de la piste croustillent sous les pneus. Quelques bateaux de plaisance passent, indolents. Entre deux écluses, ma sacoche rejoue les filles de l’air. Elle s’écrase sur le côté sans danger, mais commence sérieusement à m’agacer. Le système de verrouillage est définitivement hors service pour sa troisième sortie. Décidément on nous prend pour des lapins de six semaines, le matériel n’est plus ce qu’il était. Mes bonnes vielles sacoches accrochées au cintre par velcro, quoique assez bringuebalantes, ne m’ont jamais fait un truc pareil depuis des années que je m’en sers. Ça m’apprendra à changer mes habitudes ! À l’entrée de Beautor, sur le bord de la route, l’American Diner 50’s affiche résolument sa déco vintage aux tons chamallow blanc et rose tendre. En montant vers Vadencourt, quelques gouttes commencent à tomber. J’ai la flemme, je reste en t-shirt, et le crachin ne mouillant même pas fini par s’arrêter. En ressortant de Boué, j’ai le droit à une averse, une vraie ce coup-ci. Logique, avec une bouée il faut s’attendre à aller à l’eau ! Après la rincée l’imperméable me donne vite chaud, mais le ciel noir en direction de Maroilles me dit que j’ai peut-être bien fait de le garder. Encore un peu de flotte en sortant du village, apparemment ça fait beaucoup discuter les oiseaux, eux au moins semblent contents. Le pointage de Berlaimont n’est pas très loin, avec le vent résiduel de la tempête qui commence à s’épuiser. Il n’y aura bientôt plus rien pour me pousser au cul ; mais d’un autre côté, rien non plus pour me freiner sur le retour… avec un peu de chance !

Après une étape quasiment plate, c’est reparti. En passant par Bavay après quelques gentilles bosses, ma sacoche s’écrabouille par terre une fois de plus. Une fois de trop pour l’appareil photo qui n’a pas survécu au vol plané. La troisième catastrophe est donc arrivée, en principe je suis maintenant tranquille. Dans le village les vestiges gallo-romains sont tout gris et tristes, puis je perds pas mal de temps en essayant de trouver la route de la Belgique. Arrivé à la frontière, le crachin reprend. Je ne tarde pas à m’égarer de ce côté-ci des Flandres, et c’est le cas à Saint-Ghislain. J’essaie de raccrocher le parcours à Neufmaison en passant par Sirault. Pas simple, mais j’y arrive, de quoi rejoindre la route de Chièvres, village de Wallonie Picarde… vous ne saviez pas que ça existait, hé bien moi mon plus ! Le petit royaume de Belgique à la forme d’un cerveau au regard tournée vers la Manche, et reposant sur un gros corps pataud : la France. S’y orienter à la carte, quand on n’est pas habitué à dénicher les rares petits panneaux bleus – placés à des endroits souvent merdiques pour être les moins visibles possible – dépasse l’entendement d’un cerveau Français, en tout cas le mien ! En passant par Attre, j’ai le droit à mon premier secteur pavé belge. Je m’accroche à ma sacoche pour qu’elle ne décolle pas une fois de plus. Un écriteau devant une ferme de Meslin-L’Evêque me laisse dubitatif : « A vendre œufs lapin frais ». À l’approche de Lessines, devinez quoi ? Sacoche par terre, naturellement ! Un peu plus loin, j’arrive enfin à trouver un grand bout de la ficelle bleue agricole comme il en traîne partout sur le bord des routes de campagne… sauf aujourd’hui ! Je ligote la sacoche au cintre pour un résultat absolument immonde, mais qui semble tenir… pour l’instant. La traversée du village jusqu’au Mur de Grammont est assez improbable, au point où j’y arrive par où les autres participants repartent, et sans trop comprendre pourquoi. Bon, pour pointer dans un coin qui s’appelle Mur de quelque chose, il faut s’attendre à grimper, et pour y arriver je ne suis pas mécontent de mon tout petit plateau de 24 dents qui m’avait bien servi sur la Super Randonnée des Côtes de Bourgogne. Bref après avoir grimpé le raidillon en pleine ville, je valide mon passage dans les vestiges du jour en prenant le temps d’un café pour le retour.

Je ne tarde pas trop pour profiter du départ d’un duo auquel je me greffe dans l’espoir de ne pas me paumer à tous les coins de rue, surtout avec la nuit qui approche. Le soir est devenu très clair, sans un nuage. La pénombre va bientôt s’installer. L’étape s’annonce plate, comme la majorité de ce brevet. En approchant de Ronse, je me laisse glisser dans la belle descente. Dans le centre-ville, ma sacoche saucissonnée tient bien le coup sur les pavés ; enfin ! La majeure partie du parcours belge passe en ville ; toutes les routes, même les plus petites en campagne sont éclairées, et nous arrivons après une longue montée en faux plat après Celles, à Tournai au cœur de la nuit. J’ai réussi à ne pas lâcher mes compagnons, et tant mieux parce que sans GPS, la Belgique avare de ses discrets petits panneaux bleus de direction tourne vite à la chasse au trésor.

Le centre-ville de Tournai aux pavés souvent défoncés est très désagréable. En allant sur Rongy, nouveau secteur pavé. Des loupiotes rouges sont à notre portée, et de trois notre groupe passe à cinq. La frontière est passée sans même s’en rendre compte, si ce n’est le retour des panneaux blancs expressifs et des routes numérotées indiquant que nous sommes de retour en France ! En l’espace de quelques kilomètres, notre groupe repasse à trois, puis je me retrouve seul pour atteindre Saint-Amant-les-Eaux. Rien de grave. Je m’oriente comme je peux dans le village, arrive à m’en sortir assez facilement. Pas mal de circulation en face alors qu’il est encore très tôt dans cette nuit de dimanche. Je marque un arrêt décrassage et plein des bidons dans les toilettes publiques attenantes au cimetière d’Hélesmes. L’eau fraîche me fait du bien. Le patrimoine de la ville étant bien éclairé, je profite de la fin de nuit pour me faire un Cambrai by night. Je visite les vieilles pierres sans trop m’égarer. En quittant Cambrai, la route reprend du relief, puis j’atteins Péronne et son port de plaisance à l’aube. Les commerces ne sont pas encore ouverts, alors je pointe à la photo.

En repartant, l’église de Méharicourt détruite pendant la Première Guerre mondiale et reconstruite par la suite, affiche la modernité sur ses murs, surprenante mais pas forcément moche, en tout cas originale. Je suis accueilli par une bonne descente dans le village de Guerbigny en direction de Montdidier, la cité de la patate et de Parmentier. Les bosses sont faciles. Une déviation pour travaux est annoncée à Crèvecœur-le-Petit. J’y vais quand même. Peu de chance qu’il y ait des travaux si matinaux et un dimanche, donc ça devrait passer… même si j’ai déjà eu de mauvaises surprises. La route est barrée, je contourne les barrières facilement, mais surtout, les travaux de voirie ont l’air terminés. Il doit juste s’agir de finir de débarrasser le chantier, et ça passe sans problème ni risque pour les pneus. J’approche de Saint-Just-en-Chaussée par son énorme lotissement tout neuf – ou presque – sans âme, sans charme. C’est le dernier pointage avant le retour sur Andrésy, et un petit ravitaillement s’impose avec un excellent flan de la Chaussée ; le dernier de la boulangerie, na !

Il reste 80km. Les petites bosses s’étirent maintenant plus en longueur et cette étape sera, enfin, vallonnée. J’ai même l’impression qu’à elle seule elle concentre tout le dénivelé du parcours ! En suivant la route d’Étouy à La Neuville-en-Hez, je me retrouve face à la nationale 31. Mauvaise pioche. Je vais chercher à passer la route pour automobile plus loin, avant de traverser la forêt de Hez-Froidemont. Je la connais, je sais qu’il s’y cache une belle butte avec quelques replats, et la réalité est fidèle à mon souvenir. Passer Ully-Saint-Georges est atrocement laborieux, avec sa bosse avant, et surtout celle après, qui n’en finit pas. Dans la montée du Ménillet, le château et ses dépendances sont en train de pourrir sur pied. La petite route forestière est incertaine, par sa longueur, où je pense déjà devoir être à Frouville ; par son état, parfois complètement défoncé ; enfin par un panneau Bornel alors que j’en suis sorti il y a longtemps. Malgré tout ce qui me dit le contraire, je suis toujours sur la bonne route. Moment d’hésitation dans Labbeville où je tourne autour du village pour enfin trouver le chemin d’Hérouville-en-Vexin… qui naturellement grimpe encore ! Arrivé à Ennery, le terrain redevient définitivement plat. Je me sers alors de mes p’tits bouts de plans pour m’orienter jusqu’à la fin. Il me reste à me hisser sur une dernière butte pour remonter des quais de Seine en passant par la gare d’Andresy… et c’est fini !

En résumé, un parcours sympa – qui concentre tout son dénivelé à la dernière étape – pour aller rendre une petite visite à nos amis Belges, mais pour les derniers amateurs de cartes routières, certaines parties du tracé y sont bien nébuleuses avec les petits panneaux bleus, avares et parfois planqués dans votre dos, qu’il faut deviner, dénicher… voire arriver à s’en passer ! La Belgique est en partie un mystère d’orientation.

 

Pour en savoir plus :
le parcours ICI
le lien Openrunner LA
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