Daniel Salmon – (course 1987)

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Daniel Salmon, le nom de cet ancien coureur ayant longtemps tenu boutique en Bretagne ne vous dit peut-être rien, mais vous avez sûrement déjà vu ses garde-boue minimalistes formés d’une simple lame étroite sur de belles randonneuses, ou la silhouette surprenante de son « vélo révolutionnaire » du tout début des années 80, machine de poursuite au sloping inverse doté d’une petite roue à l’avant. D’une manière plus classique, l’homme pouvait aussi vous fournir une machine de grand raid ou de randonnée sur-mesure.

 

Le course que je vous présente ici est plus ordinaire dans sa construction, même s’il ne s’agit pas pour autant d’une machine tout-venant. Un vélo léger avec lequel on a dû prendre plaisir à rouler… Car visiblement il en a parcouru du chemin !

Sur ce vélo a priori cohérent, équipé en Shimano 105, les roues dépareillées sautent immédiatement aux yeux. La roue avant, récente et bas de gamme n’a rien à faire sur ce vélo. L’arrière, en jante Mavic Open Pro CD4 associée à un moyeu Campagnolo peut sembler étrange dans ce contexte. Mais bon, la qualité éprouvée de l’italien peut avoir été rassurante, à l’époque, face à ce nouveau groupe du fabricant japonais et ses cassettes UG (même s’il y a eu en parallèle une version pour roue libre).

Moyeu Campagnolo à l’arrière, donc, en compagnie d’une roue libre Maillard Course et de rayons ligaturés. Le travail ancien mais soigneux, avec un fil noyé dans l’étain, signe un travail d’artisan. OK pour cette roue arrière… Reste à trouver quelque chose de mieux pour équiper l’avant.

Même s’il n’y a aucun lien avec un des fameux « vélos révolutionnaires », Daniel Salmon a aussi signé cette machine. Notez un début de corrosion qui forme une cloque sous la peinture personnalisée (en bas à droite de la photo).

Le raccord supérieur de la colonne de direction semble lui aussi être attaqué par la rouille sous la peinture. Dommage pour ce cadre bien réalisé, aux pattes Gipiemme et jolis passages de gaine…

Passage de gaine hélas en très mauvais état sous le tube supérieur. Moins grave, un raccord de peinture serait bienvenu pour effacer cette grosse éraflure sur le hauban. Le métal mis à nu semble avoir reçu un traitement anticorrosion, alors pourquoi cette rouille ailleurs ? La peinture personnalisée, au décor tape-à-l’œil mais très réussi, n’a sans doute pas la résistance d’un travail plus classique. En tout cas, le résultat est décevant sur le long terme.

La selle n’est pas trop choquante, même si cette version Light de la San Marco Concor est plus tardive.

Des pédales automatiques sur ce vélo ? Oui, pourquoi pas, mais ces LOOK PP76 Carbon sont légèrement trop tardives, mais surtout, elles sont usées jusqu’à un point incroyable ! Pas de doute, ce vélo a beaucoup roulé.

Ce que confirme la chaîne – et il n’y a pas de raison de penser que ce soit la première – allongée au point où même sans tirer dessus elle se dégage naturellement des dents. Plus de 2 % d’allongement, c’est énorme et ça donne au minimum 15000km ; mais pour les pédales, c’est largement 3 fois la distance !

Nous sommes donc en présence d’un groupe Shimano 105, le premier après la série « Golden Arrow ». Le code date du pédalier – KL – indique décembre 1986, ce qui semble en accord avec un vélo estimé de 1987.

Étonnamment, le reste de la transmission est en Shimano 105, mais cette fois de la série « Golden Arrow »…

 

 

… Ainsi que les manettes de dérailleurs, et les étriers de freins estampillés d’un code date de début 1987.

Curieux, nous voilà donc en présence d’éléments tardifs en « Golden Arrow » – puisque produits en 1987 – alors que du « vrai » 105 aurait déjà dû les remplacés à cette date ; et d’un pédalier en « vrai » 105 daté de fin 1986, et donc un des premiers sorti d’usine. En toute logique ça aurait dû être l’inverse : 1986 pour le « Golden Arrow » et 1987 pour le « vrai 105 ». Les deux séries ont donc pu cohabiter de manière éphémère, et ce vélo apparaissant dans une période de transition a peut-être été monté dès le départ avec un pédalier plus moderne – d’un point de vue disponibilité des pièces ou par simple désir du client – que le reste de la transmission… En tout cas, c’est ce que révèlent les codes dates des différents éléments.

Les leviers de frein, par contre, sont nettement hors période avec cette série –105SC – du début des années 90. Sans doute une amélioration de l’utilisateur pour avoir les passages de gaines internes, plutôt que les câbles externes au visuel devenu vieillot.

Le poste de pilotage a sans doute été remplacé pour un cintre à gorges afin de pouvoir faire cheminer les câbles de freins correctement sous la guidoline. Ainsi cette potence Modolo Q-Race est nettement anachronique. On pourrait imaginer qu’elle a pris la suite d’une autre Modolo de l’époque, la Flash, dont les séries de 1987 et 88 ont été sujettes à rupture (et ont d’ailleurs fait l’objet d’un rappel du fabricant) mais peu importe.

Finalement sur ce vélo tel qu’il est, ce sont les éléments anciens en Shimano 105 « Golden Arrow », qui semblent étranges et vieillots par rapport au reste du vélo, qui a évolué avec les années et l’usage. Alors faut-il le remettre dans une version fantasmée de ce qu’il aurait pu être à l’origine – en gardant à l’esprit que ce sera de toute façon toujours purement spéculatif – ou respecter son vécu ?

En fait, pour moi il faut rester dans l’esprit de modernisation : garder le principe des pédales automatiques (mais en les remplaçant par un modèle existant en 1987)… tout en changeant le plus choquant : le cintre, les leviers de frein et la potence.

À suivre…

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