Le BRM 300 km de Fontaine-les-Grès – 24 mars 2018

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En 2017, je n’avais pas fait de BRM. Pas grand-chose à mon goût, pas trop d’envie, pas trop d’enjeux cette année-là ; et puis surtout, je m’étais concentré sur le démarrage de mon aventure sur les BCN et BPF. Mais cette année, et avec les brevets préqualificatifs pour le Paris-Brest-Paris, il y a un plus grand choix et il faut y aller ! … Oui mais, il faudra aussi compter sur trois mois de grèves SNCF et l’impossibilité d’aller et/ou de revenir de lieux de brevets intéressants, mais un peu éloignés.

Tant pis !

Les 200km ne m’inspirant toujours pas, ne voulant pas refaire toujours les mêmes, et la météo calamiteuse ont été autant de bonnes excuses pour ne rien faire… et passer directement au 300km. Seul problème, à part quelques petites sorties avec des tamponnages BCN et BPF comme prétexte, je n’ai pas pédalé depuis un bon moment, avec moins de 500km dans les huit derniers mois. En principe, il n’est jamais idéal de démarrer la saison avec un BRM 300, mais bon, j’ai déjà fait pire !

Pour corser les choses, je dois aller à celui de Fontaine-les-Grès, pas très loin de Troyes, en m’éloignant de Paris par le dernier train, en faisant une soixantaine de kilomètres – et quelques photos – peinard de nuit, de quoi ne pas arriver trop tôt pour attendre le départ. Cette tactique, je l’avais appliquée pour me rendre sur le BRM 300 de Troyes en 2014, mais là, 60 + 300 + 60 kilomètres sans être vraiment préparé… Pour les performances, on repassera plus tard !

Je fais donc le vendredi soir ma petite liaison tranquille depuis Provins… Sauf que pour cause de travaux, le terminus est quatre stations avant… Hé bien voyons ! Tant pis, on ne va pas chipoter. Sur un air de déjà-vu, revoilà Nogent-sur-Seine by night, ses usines illuminées impressionnantes sortant de la pénombre dans une – délicieuse – odeur de pot-au-feu, sa gare graphiquement très intéressante vue du dessus sur le pont, sa centrale nucléaire aux volutes de fumées se détachant en ombres chinoises, mais décidément, ne voulant jamais se faire prendre en photo… La route de nuit me fascine toujours autant, et j’arrive tranquillement une bonne heure avant le départ. Il fait froid, je n’ai pas encore sommeil, et l’accueil est sympa, jusque-là tout va bien. Première nuit blanche, entraînement néant, tout roule !

Quatre heures pile. Une toute petite poignée de participants au départ, six pour être exact, et comment dire, je n’accroche les trois de tête qu’une bonne heure. Ensuite la réalité me rattrape, ou plutôt elle file devant, et les loupiotes rouges disparaissent petit à petit dans la nuit lointaine. Bon vent les gars ! Allez, on continue tranquille, il y a encore du chemin. Les vieilles pierres et le moulin à aubes de Villeneuve l’Archevêque se dévoilent à l’aube, puis le lacet à 7 % pour arriver aux Hauts de Flacy marque le début d’un terrain bosselé. Juste après, une maison abandonnée, magnifique dans sa décrépitude, me force à m’arrêter aux Merisiers pour une pause photo. La fin de l’étape comporte quelques belles descentes, dont celle pour arriver vers Bussy-en-Othe. L’arrivée à Joigny se mérite par la traversée de Brion, où j’ai failli me perdre en continuant tout droit à l’entrée du village au lieu de suivre la courbe à gauche. Le manque de sommeil, un moment de doute, d’inattention, la carte papier vous laisse libre du territoire mais aussi de ses égarements…

Remis sur le bon chemin, je pointe dans une boulangerie à l’entrée de Joigny. Les pâtisseries sont bonnes et calment mon début de fringale. En ce début de matinée, le marché bat son plein le long des berges de l’Yonne. Les nuages pommelés donnent quelques assauts puis finissent par céder de plus en plus au bleu. Vexés de perdre le combat, les derniers disparaissent. Je m’arrête à La Ferté-Loupière pour me découvrir un peu, encore emmitouflé de ma tenue de nuit. J’enlève mes jambières surtout, pour éviter la pression du tissu sur mes genoux commençant à devenir douloureux… Éternel recommencement, hélas ! Je négocie tout doucement la montée en sortie de Charny, passe au travers des pièges de Chapignelles que je connais déjà, puis arrive un peu avant midi pour pointer à l’auberge de Tannerre-en-Puisaye. La moitié du parcours est faite.

Avant de repartir, un bon café n’est pas de trop pour éclaircir les idées un peu nébuleuses, restant accrochées aux lambeaux de la nuit blanche passée. Allez, maintenant on rentre ! À Villiers-Saint-Benoît je perds la D99, alors je continue à l’instinct, et en me fiant à ma carte, sur un étroit chemin où des touffes d’herbe commencent à gagner le combat sur le bitume… Puis après un moment d’incertitude, je tombe sur une route plus large et bien entretenue, qui finalement sera celle que je cherchais. Pour refermer la boucle de ce curieux circuit en huit, je traverse une nouvelle fois La Ferté-Loupière. Dans ce sens, en sortant du village, sur sa croix m’attend un Christ d’un rouge vif éclatant ! Coup de soleil gravissime ou Jésus intoxiqué par tout ce qui est déversé dans les champs alentour ? Mystère. Au fil des kilomètres, cette étape se confirme plus plate. Le profil baisse tandis que la température monte : 15°C. Un contraste avec les 2°C de la nuit. J’arrive pour pointer à Pont-sur-Yonne dans le flot de circulation du samedi après-midi.

Pas de chance, je n’ai le droit à mon coup de tampon sur mon carton jaune qu’au deuxième essai, et en repartant, le tronçon de la D606 à prendre pour s’extraire de la ville est désagréable, coincé parmi les bagnoles furieuses. À Gisy-les-Nobles je me trompe de direction, mais le village n’est pas si grand alors l’erreur est vite rectifiée. Les bosses restent faciles, mais à cause de mon manque d’entraînement, la fatigue commence à se faire sentir. Après Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes, le jour décline et la température chute vite. Les 8°C sont bien plus adaptés à mon habillement un peu chaud, prévu pour affronter le froid de ces nuits. Je fais halte sur la place de Trancault, pour me préparer à l’obscurité des 40km restant de ce brevet, et ensuite pour enchaîner mon retour. En refermant ses volets, une vieille femme m’interpelle : « Y’a un souci ? » Ça fait toujours du bien de savoir qu’il reste des gens pour s’intéresser aux autres. À part mes genoux qui se grippent de plus en plus, tout va bien, inutile de l’inquiéter. Je réponds avec un sourire. En début de soirée je suis de retour à Fontaine-les-Grès pour glisser pour carton dans la boîte aux lettres.

Il me reste à retourner chez moi. Je repasse une troisième fois par Échemines en 24h ; tout va bien ! L’idée de traverser encore les mêmes villages a toujours quelque chose d’un peu angoissant, surtout avec le manque de sommeil. C’est parti pour une deuxième nuit… et un troisième et dernier jeu de batteries à économiser, les autres étant devenues vite faiblardes à cause du froid… Il y a heureusement les pépiements joyeux des oiseaux pour m’accompagner, et un faible clair de lune. L’éclairage économique de mes torches ne m’aide pas à tenir éveillé dans leur demi-pénombre, mais c’est une autre histoire…

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