BCN et BPF : Nivernais – 58 Nièvre

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CarteBCNBPF58

CarteDepartements58Kilomètres réalisés : 780
Provinces BPF validées : 2
Départements BCN validés : 2

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Pour se faire les jambes en début de saison, pourquoi ne pas faire le tour du Nivernais… ou de la Nièvre si vous préférez. Département N°58 pour les comptables. Un territoire aux deux visages : une plaine tranquille en suivant les bords de Loire à l’ouest, et un terrain de jeu bien vallonné en s’enfonçant dans les bosses boisées et parsemées de plans d’eau du Morvan. Un circuit agréable à faire dans la journée… Seulement voilà, pour courir après les BCN et BPF, il faut être soit rapide, soit avoir du temps et/ou un budget pour faire tranquillement ses six pointages imposés par département, avec éventuellement arrêt(s) à l’hôtel. Comme je ne réponds à aucun de ces critères, il faudra cette fois-ci encore ruser, comme pour la Picardie. J’ai l’impression que cela va devenir une habitude. SAM_0528Le premier train du matin étant trop tardif pour boucler la province dans la journée, descente donc du dernier convoi, le soir à la gare de Cosne-sur-Loire. Cet arrêt a l’avantage de me faire économiser un peu en distance comme en finance, à l’aller comme au retour, et de me permettre de faire une centaine de kilomètres « à vide » tranquillement de nuit, pour arriver pas trop en avance sur l’aube pour le premier pointage de La Machine. Début mars, départ vendredi après une semaine de travail, pour être rentré le samedi soir et profiter un peu du week-end en famille. SAM_0521Le manque de temps est un abîme ordinaire et vertigineux pour le cycliste au long cours, même si trois cents kilomètres ne sont qu’une petite balade.

Dernier wagon. Le passé attend de démarrer sa fuite par les deux ovales vitrés. Le train se met en marche et nous filons hors de Paris comme le jour file vers l’autre côté de la planète, emportant l’aube ailleurs. Les arrêts s’enchaînent et l’arrivée me cueille dans la somnolence de la digestion ; il faut y aller.SAM_0540

Un vendredi soir sur la Nièvre, il y a de la vie dans le centre-ville agréable de Cosne-sur-Loire. Premiers tours de roues et le ton est donné : Villechaud ne l’est pas trop, je sais c’est facile, mais cette nuit de mars sera plus froide que je l’avais prévu. SAM_0544La faute au temps clair sans doute, qui laisse repartir toute la chaleur tandis que la pleine lune repasse les ténèbres en gris clair. Claire obscurité du clair de lune, parfait pour flâner, car je ne suis pas pressé. La Machine m’attend, samedi matin à 6h, à 110km de là, alors il ne faut vraiment pas y aller trop vite. Un léger petit vent siffle à mes oreilles. De temps à autre des rubans de lumières soulignent les villages et les grands axes lointains ramènent leurs murmures automobiles. SAM_0554Tout va bien, j’ai le temps pour moi, solitaire sous le clair de lune qui m’accompagnera toute cette nuit. L’instant est paisible, je descends par les bords de Loire, alors je me mets en mode économie d’énergie, comme une de mes torches qui ne supporte pas ses vieilles batteries. Un train passe, solitaire lui aussi. Le dernier à grimper vers Paris sans doute. Les vignes de Pouilly se devinent dans l’obscurité et les arbres morts se détachent en fantômes, les pieds enfoncés dans les bords du fleuve.SAM_0570 Tout est calme, pas de voitures, calme plaine. Passe Sainte-Hélène, Napoléon n’y est pas, je me remémore le débat improvisé entre des voyageurs en sortant de la gare de Cosne-sur-Loire, sur Emmanuel Macron et ses crimes contre l’humanité. Une façon de marquer les esprits à bon compte de démagogie. Et Napoléon, justement, à décimer la jeunesse européenne pour flatter son orgueil,SAM_0603 n’y aurait-il pas eu quelques crimes là-dessous, sous un bicorne de héros national ? Il est si facile de rejouer le cours de l’Histoire après coup. La Lune met des reflets d’argent dans la toiture de l’église de Chaulgnes, et bientôt les lumières de Pougues-les-Eaux s’étalent dans la plaine. Le Casino à l’entrée du village donne de l’animation à cette nuit, bonne chance à vous tous ! Le centre-ville semble déjà plongé dans ses rêves de pierres. À Nevers je m’arrête sur les quais de Loire,SAM_0648 adosse le vélo au muret et contemple les eaux furieuses écumant la traversée du pont que je prendrais moi-même plus tard. Mais rien ne presse encore, je contemple la nuit, sa clarté, et m’imprègne du tumulte des vagues blanches. Après un temps incertain, les grelottements de mon corps se refroidissant lentement m’indiquent qu’il est temps de repartir. Fin de la rêverie. Le Canal Latéral à la Loire exhale quelques nappes de fin brouillard, et voilà déjà l’heure où blanchit la campagne. SAM_0673Nous sommes déjà demain, mais bien avant l’aube. Victor Hugo sur un vélo aurait-il changé sa poésie ? Le froid devient mordant, mars se venge de février, et j’avance toujours à rythme lent. Des villages sombres s’égrènent, voilà Decize éclairée, mon premier pointage est à deux pas.

SAM_0678La Machine est encore enrobée de nuit. Combien de fois suis-je donc passé par ici ? Je ne sais plus. Assis sur un banc, j’attends l’ouverture d’une boulangerie pour tamponner. La plus matinale des trois, un peu à l’écart de la vie du bourg. Qui de plus matinal qu’un boulanger à ses nuits blanches de farine pour éveiller un village ? Pas de photo de nuit, pas réglementaire pour un BPF ou BCN, mais avec un tampon j’ai le droit, il n’a de couleur ni de ténèbres ni de soleil… Passons, le règlement c’est le règlement ! Je peux maintenant repartir sur un tempo plus tonique, le prochain pointage sera de jour, alors je peux accélérer. À force, je me serais presque habitué à rouler sur ce rythme nonchalant ! Allez, c’est la fin de la descente en plaine le long de la Loire, le département de la Nièvre change de visage, place aux routes joueuses et bosselées à la rencontre du Morvan.

SAM_0714Le terrain vallonné depuis Decize se confirme en repartant de La Machine. Babise m’apparaît comme un hameau fantôme. Je m’égare un peu sur le chemin de Montigny-sur-Canne, en suivant la route large m’emmenant en cul-de-sac dans une cour de ferme au lieu de prendre la route étroite, dégradée et herbeuse, qu’il me fallait suivre. Demi-tour sur le bon chemin. Le petit matin est glacial, la nature tout argentée. La température est devenue négative. Les étangs fument de froid et j’ai la goutte au nez.SAM_0720 L’herbe est blanche, le soleil se lève sur les crêtes en direction de Château-Chinon. La route est dans un état aléatoire jusqu’à Moulins-Engilbert, puis le profil commence à s’élever, assez doucement et avec des replats au départ, puis l’approche de Château-Chinon devient plus régulière en élévation, plus exigeante ; fidèle à mon souvenir en arrivant par le nord, même si cette fois c’est par l’ouest. Je sais au moins qu’en repartant j’aurai droit à une belle descente ! La ville continue à cultiver les vertiges du mitterrandisme. Je m’arrête faire une photo de pointage au cas où, mais normalement pas de problème pour trouver des commerces ouverts, mais par contre comme toute la ville s’étire dans la montée (au moins dans ce sens) il me faut encore grimper un peu. Le café du matin se mérite. Il a le goût du délice et je l’avale brûlant après cette aube d’un froid de gueux. SAM_0755Mon carton violet a le droit à son deuxième coup de tampon.

En repartant, comme prévu j’ai le droit à quelques kilomètres de belle descente, puis la route grimpe à l’assaut du Lac des Settons avec quelques replats. La montée est longue mais pas si exigeante. Un troupeau furieux d’une dizaine de quads passe. Le paysage prend sa gueule de Morvan, au visage bosselé et boisé parsemé de plans d’eau, SAM_0750où les étangs jouent à cache-cache entre les arbres et les collines. Je passe par Le Fou de Verdun. Le lieu-dit tiendrait-il son nom d’un soldat revenu marqué des horreurs de la Grande Guerre ? En fait non, c’est juste à cause d’un arbre ! Une demi-heure plus tard, j’arrive aux Settons hors saison. Les locations de bateaux n’ont rien qui flotte à l’eau, et les baraques à graillon sont fermées. Un coup d’œil au panorama, un peu de calme contemplatif… SAM_0790Demi-tour, un pointage photo et c’est reparti.

En passant devant la pompe à essence de Montsauche-les-Settons, je rattrape mon groupe de faux motards à quatre roues. Le soleil enfin sorti de ses voilages matinaux, il commence à faire chaud. Leurs engins ont soif. Moi aussi, avec ce beau soleil pourtant encore hivernal, alors je m’arrête en route au cimetière de Brassy. J’ouvre le robinet ; rien. Les tuyaux doivent toujours être en purge pour l’hiver. Mauvaise pioche. SAM_0799L’étape est encore joliment vallonnée. Je passe par le réservoir de Chaumeçon. Le paysage se reflète merveilleusement dans les eaux ensoleillées. Une flèche m’indique le hameau de Porcmignon puis de Prélard… SAM_0805La proximité des deux semble parfaitement logique ! En entrant dans le village, l’église de Lormes me regarde haut perchée. J’ai une envie de chocolat et de banane. La supérette du centre-ville s’occupera de mon petit creux et du tamponnage de ma carte de pointage.

Cette étape me paraît moins vallonnée, car l’altitude perdue me fait globalement descendre en dents de scie des hauteurs,SAM_0845 bien qu’il faille remonter un peu dans la deuxième partie ; mais surtout les longues bosses sont joueuses. Je m’aplatis en limande, mains en bas du cintre, légèrement décollé de la selle car les kilomètres s’accumulent, et je vise la route trouble de l’œil gauche, par-dessus les lunettes, le droit fermé car sinon le tableau devient trop impressionniste ! SAM_0864L’asphalte s’effiloche de cette manière joyeuse. En contournant Clamecy par le sud pour m’extraire plus tôt de la passante D951, je recroise le Canal du Nivernais que j’avais déjà enjambé ce matin à l’aube, entre La Machine et Château-Chinon. J’hésite à passer par Entrains-sur-Nohain, puis je m’en tiens aux routes plus tranquilles que j’avais prévues, par Corvol l’Orgueilleux et La Chapelle-Saint-André. SAM_0882Quelques kilomètres plus tard, je passe devant une ancienne cabine téléphonique reconvertie en cabine à livres, à Menou. Je m’y arrête, prends un bouquin pour m’occuper le temps du retour en train, puis laisse un mot bavard dans le livre d’or, avant de m’extraire du village par une belle butte suivie d’une longue descente, prélude du retour des montagnes russes. Arrivé à Donzy pour l’avant dernier pointage, la boulangère n’est pas trop aimable. Pas le temps de lui sortir mon carton touristique violet. Elle n’en veut pas. Pourtant tout est calme, ils sont deux en boutique, et pas d’autres clients en vue.SAM_0876 Je ne suis pas en hypoglycémie, mon cerveau travaille bien, en tout cas comme d’habitude, alors il y a parfois de ces mystères dans la vie. Je me retourne, personne. Elle conclut sans appel par un : « le tampon est dans le bureau, et je n’irai pas vous le chercher. » Ok, merci ! Je regrette déjà mon croissant  aux amandes… mais au moins il était bon. Le sens de l’accueil et du commerce à la française, que tous les touristes étrangers nous envient tant, ont apparemment encore des partisans dans nos campagnes ! Pas grave, j’irai demander à la supérette Casino juste à côté, dont les employées au moins sont aimables ; elles ! Moralité, amis cyclistes, oubliez la boulangerie-pâtisserie à l’entrée de Donzy par la rue du Général Leclerc.

SAM_0895En ressortant du village, une odeur inhabituelle assaille mes narines. On jurerait sentir le bord de mer, et une odeur d’huître ou de coquillages. C’est encore loin l’océan ? Tout droit à 500km pourtant. Mystère de l’agriculture et de ses champs nus sans doute. À part la bonne grimpette pour s’extraire d’Aligny-Cosnes, cette étape est plate. Courte aussi, et Saint-Vérain tout proche. Dernier pointage de la province du Nivernais. Le village est minuscule, une belle église m’accueille, pas grand-chose d’autre. Le restaurant est barricadé derrière les planches à ses fenêtres. Il ne fait même pas office de bar. SAM_0924Un p’tit café n’aurait pas été de refus. Le village semble avoir plus de vieilles pierres que d’habitants. Tant pis, je fais mon pointage photo de remplacement. Il ne reste plus qu’à boucler la boucle par une quinzaine de kilomètres en retournant sur Cosne-sur-Loire, où mon train m’attend.

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