Quintuple pontage : l’homme qui valait 130W !

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Il y a des moments où même en s’efforçant d’avoir un mode de vie sain, une grosse tuile peut malgré tout vous tomber sur le coin de la gueule ! C’est ainsi, la santé ne se commande pas, et il faut faire avec. Il y a un mois, dans cet article je vous avais fait part de mes problèmes cardiaques alors que je n’y étais pas prédisposé, alors que la médecine n’y croyait pas trop. Pour votre santé bougez plus, évitez de grignoter entre les repas, évitez de manger trop gras trop salé trop sucré, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour, évitez le tabac, l’alcool, le surpoids, les ours polaires et les loups-garous les nuits de pleine lune… Que sais-je encore. Pourtant j’avais tout bon ; ouais, bah mon cul !

Alors voilà : quintuple pontage coronarien sans facteur de risque. Et dire que malgré tout j’avais fait une sortie de 500 bornes quelques jours avant, essoufflé et en ramant bien sur les raidillons traîtres de Bourgogne pour me hisser sur les sites BCN/BPF de Châteauneuf-en-Auxois avec sa rampe entre 12 et 14 %, de Mont-Saint-Vincent, Berzé-le-Chatel ou même rien que pour arriver à Vézelay, c’était déjà beaucoup. Bref, très laborieux tout ça, mais pour la médecine, qui pourrait arriver à faire une distance pareille, à vélo, une pédale dans la tombe ? Je vous le demande… Et paf ; moi par exemple !

Faut-il avoir peur de la chirurgie cardiaque ?

L’acte est maintenant bien maîtrisé, nous bénéficions d’équipes et de chirurgiens extraordinaires – pourtant payés des clopinettes en comparaison avec l'(in)utilité sociale d’un footballeur professionnel pourtant sérieusement engraissé par la société ; passons – il n’y a donc pas à redouter que la table d’opération se transforme en table mortuaire, mais après ? Se faire opérer pour quel bénéfice, pour quelle qualité de vie ensuite ? Pour se traîner comme un p’tit vieux grabataire ? L’avenir fait peur dans ces conditions. Avec un mois de recul je ne sais pas trop encore où je vais, mais c’est malgré tout assez encourageant. D’accord, mon thorax a été ouvert comme une carcasse de poulet qu’on s’apprête à bouffer le dimanche midi sortie du four, j’ai eu beaucoup de mal à retrouver mon souffle et ma poitrine reste douloureuse le temps que tout se cicatrise en profondeur, mais ça n’a rien d’insupportable. Après une semaine d’hôpital et trois de réadaptation cardiaque, me voilà recraché dans le monde extérieur, celui des vivants. Les premiers instants de liberté sont un peu anxiogènes après être resté près d’un mois dans un milieu qui m’a protégé, pris en charge 24h/24, et puis cette impression de décalage disparaît très vite.

Parti de très bas, d’une puissance de 30W, j’arrive à en sortir 130. Plus que je n’aurai cru, plus qu’espéraient kinés et cardiologue du centre, mais une puissance tout de même modeste. Avec le temps, je pense être capable de faire encore mieux. 130W, on le sent déjà bien en salle après deux semaines et demie de réadaptation, mais qu’est-ce que ça vaut sur le terrain ? À vrai dire, je ne me suis jamais soucié de ma puissance à vélo. Je n’en ai jamais eu rien à faire – c’est peut-être une erreur – et je n’ai aucune idée de quoi j’étais capable avant mon quintuple pontage. Certainement davantage, c’est une évidence, mais c’est tout ce que je sais. Est-ce que ce sera suffisant pour reprendre la longue distance, refaire à terme des BRM, pas des Super Randonnées mais seulement des brevets ordinaires, en profitant du temps maximum autorisé ? Je sens que le troisième Randonneur 10000 va être compliqué à décrocher. Entre le Covid et mes problèmes cardiaques, une année est vite partie en fumée. Il me reste pourtant trois fois rien pour le décrocher : un BRM 600, un autre de 1000, et le 1600 de la Réconciliation (reporté en 2021) dont les délais me paraissaient larges à l’époque où mon cœur semblait encore bien fonctionner… et qui maintenant me semblent plutôt courts !

Une chose est sûre dans tout ça : il ne sert à rien de s’accrocher à ses capacités d’avant l’opération. Il est plus constructif de prendre conscience des progrès réalisés régulièrement depuis.

Première sortie sur route :

Finalement, avec 130W on peut déjà bien rouler… sans forcer. Et c’est même assez étonnant. Cependant rien d’exceptionnel, sauf à se souvenir d’où on vient ! En fait, ce n’est pas la puissance qui limite la reprise du vélo, mais le moindre raccord du bitume, la moindre aspérité de la route qui secouera votre carcasse de manière très désagréable, voire douloureuse, et qui ne vous fera pas tenir bien longtemps.

Alors, qu’est-ce que ça donne à effort raisonnable (avec le souffle en capacité de tenir une conversation) ?

  • 24-26 km/h pour rouler durablement sur le plat,
  • 18-20 km/h pour monter un pont d’autoroute,
  • 8 km/h pour une vraie montée à 8 %,
  • 22 km/h pour un faux plat ascendant (1 %),
  • 28 km/h pour un faux plat descendant (1 %),
  • 32 km/h pour un sprint (à pulsations raisonnables).

Pour une sortie d’une heure les sensations sont plutôt bonnes, et c’est très important de se fier à ses sensations, sans céder à la tentation de raccrocher un peloton qui passe où de faire un chrono pour voir. L’effort est indolore d’un point de vue cardiaque, et ça, c’est une différence très nette de l’avant / après opération. La respiration au repos demande encore un très léger effort mécanique car tout n’est pas encore cicatrisé en profondeur, mais à ne pas confondre avec de l’essoufflement, c’est différent.

Voilà pour mon ressenti, qui sera différent pour chaque opéré et chaque opération, mais n’ayez pas de crainte pour la reprise, elle se fera à votre rythme… avec persévérance.

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