La Super Randonnée du Dauphiné Gratiné

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Fin mai 2014, bon voilà, je n’en suis pas à ma première stupidité, alors une de plus ou une de moins, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Je m’explique : je vais dans quelques jours m’attaquer au Dauphiné Gratiné… Cependant, cette année je ne me suis pas franchement bien préparé, les genoux ne me laissent pas tranquille, les jambes tournent carrées en mode diesel, mon assise vire rapidement au supplice… Bref, je suis au top pour m’attaquer à la montagne… la fleur au fusil ! L’aventure de la Super Randonnée de Haute Provence, finalement assez accessible, même pour le pitoyable grimpeur que je suis, m’avait forcément donné envie de goûter une fois de plus à l’effort des sommets (malgré un sentiment mitigé sur le 1000 du Sud, pour cause d’arrivée hors délai de quelques heures). Je récidive donc, tout en me demandant cette fois si la réputation de relief redoutable ne me sera pas fatale ? Le doute m’assaille à mesure que le jour du départ approche…

DauphineGratineCarteJeudi 29 mai, mes genoux sont toujours douloureux, assez instables. Comme monture, je vais bien entendu prendre Brestille, ma randonneuse légère en titane, mais le vélo commence à accuser le poids des années et des dizaines de milliers de kilomètres parcourus par tous les temps. Je trouve le cintre « mou », la selle est inconfortable et crisse affreusement, des grincements lugubres en provenance du pédalier m’agacent prodigieusement, la roue arrière avec ses roulements usés et baladeurs, assortis d’une jante creusée au-delà du raisonnable par tant d’heures de pluie ne m’inspire pas une confiance débordante… En résumé rien ne va, et une bonne révision s’impose ! Procédons par priorité, je vais partir avec une Spinergy Xaerolite à l’arrière, une belle roue fiable et légère… Une des rares qu’on puisse encore trouver en 650c, cette dimension devenant de plus en plus boudée par les fabricants.

SAM_1128Samedi 31 mai 2014, pour alléger la logistique – et les coûts – je vais attaquer directement la randonnée à la sortie du train m’amenant à Grenoble. Trois nuits sont donc prévues au programme, peut-être deux, mais je n’y crois pas trop. En tout cas il faudra jouer serré pour ne pas être rattrapé par le sommeil. Commencer un brevet montagnard en soirée n’est sans doute pas très malin, mais le débuter en plein week-end de l’Ascension devrait être d’assez bon augure ! Le monde est petit, tout petit, c’est une banalité en soi, mais j’avais déjà fait cette constatation en retrouvant des têtes connues en me rendant sur des brevets ordinaires à l’autre bout de la France. Au moins avec les randonnées permanentes, et a fortiori avec les Super Randonnées, je devrais me retrouver deux bonnes journées solitaires et totalement hors le monde… et pourtant, Gare de Lyon, en attendant mon train ce samedi après-midi, le vélo fraîchement emballé dans sa bâche de bric et de broc, je me suis retrouvé face à Sophie (l’organisatrice des Super Randonnées) descendant de son wagon. J’ai sans doute arboré à ce moment précis l’air le plus stupide et le plus incrédule qui soit (il faut dire que je viens de casser mes lunettes, aussi je n’y vois pas bien net) en rencontrant ainsi à Paris notre Sophie bien loin de sa belle Provence, elle qui n’a pas son pareil pour nous concocter des parcours aussi terribles pour les jambes qu’ils sont superbes pour les yeux. Si mon planning le permet j’espère bien récidiver sur son 1000 du Sud cette année… mais pour l’instant le Dauphiné m’attend… et il promet d’être gratiné !

DauphineC1Les heures ont passé, descente du train ; me voilà donc apprenti conquérant dérisoire, parti à l’assaut d’une quête inutile. On a l’absolu qu’on mérite, et la montagne est le mien. Un peu plus de 19h, j’ai rejoint St Martin le Vinoux depuis la gare de Grenoble. Il ne fait que 24°C et malgré le petit vent, la chaleur me semble étouffante dans la cuvette grenobloise. Dire qu’il faut déjà grimper pour aller photographier ce fameux panneau d’entrée de ville, marquant le départ officiel du brevet. Après le cliché déclenchant le chronomètre, je suis tout de suite dans le vif du sujet avec la montée du Col de Porte et du Col du Cucheron. Je connais ces deux cols pour lesSAM_1151 avoir parcouru dans l’autre sens lors de ma Flèche de France Paris-Briançon en version « hiver ». Le Col de Porte m’a laissé l’impression d’une descente interminable et assez raide vers Grenoble… mais en fait la montée n’est pas si terrible, grâce à un faux plat de temps en temps. Je passe par Clémencière mais ne vois pas de panneau de col… SAM_1160Zut, un de moins pour ma collection de photos, je sais c’est puéril, mais on s’amuse comme on peut ! J’aurais ma revanche avec celui du Col de Palaquit. Dès le départ, le dessous de la cuisse gauche me fait mal, il ne veut pas lâcher prise et me laisser tranquille ; ça promet. La température a perdu la moitié de ses degrés, chutant à 12°C. Il commence à faire frais. Les derniers kilomètres du Col de Porte sont assez faciles. J’ai déjà froid dans la descente. La Diat, je reconnais le grand auvent qui m’a servi d’abri pour réparer au sec une crevaison sur ma Flèche Paris-Briançon à la fin pluvieuse. Saint-Pierre-de-Chartreuse,DauphineC2 premier arrêt aux WC publics pour faire le plein en eau bien fraîche. Le jour baisse déjà, et le vent monte avec l’altitude. Le Col du Cucheron est plus dur avec son petit passage à 10 %… Ce qui sera la norme dans la plupart des ascensions du parcours. J’arrive en haut du col presque à la tombée du jour. 1400m de dénivelé pour une petite trentaine de kilomètres, ce hors-d’œuvre me semble donc déjà assez corsé pour une mise en jambes, mais il me faut repartir pour profiter au maximum des dernières lueurs du jour.

SAM_1180Dans la descente vers Saint-Pierre-d’Entremont mes lumières clignotent étrangement. Tout se passe très rapidement et je comprends en sentant quelque chose tomber ! Une de mes torches s’est ouverte, et une des piles a dévalé la route. En revenant sur mes pas – je ne suis pas à une montée près sur ce genre de parcours – bien entendu je n’arriverai pas à la retrouver… j’attaque donc un deuxième jeu de pilesSAM_1184 rechargeables après même pas une heure de nuit ; décidément ! L’approche de Saint-Pierre-d’Entremont est magnifique avec la vue sur le village bien éclairé en début de nuit. La chapelle de La Grotte est elle aussi bien mise en valeur par l’éclairage public. Elle ressort magnifiquement de la pénombre. J’hésite devant le « passer devant » de la feuille de route,SAM_1194 il n’y a pourtant pas de piège, mais la nuit met parfois des doutes là où il n’y en a pas. Finalement, je prends par la gauche et je suis surpris par la petite grimpette sur la route étroite. Un fin croissant de lune apparaît… il ne faudra cependant pas compter dessus pour éclairer quoi que ce soit pendant ces trois nuits. Je rencontre mes premiers travaux de voiries. Première zone de route grignotée par le ravin, et circulation alternée mise en place… Il y en aura près d’une dizaine sur tout le parcours !SAM_1212 En fait le cycliste n’est pas très différent de la montagne : vu de loin on croit que ça tient debout… mais ça finit toujours par tomber quand on s’y attend le moins ! Un premier tunnel se dresse devant moi, fantomatique dans son éclairage orange. Il ne se laisse pas prendre en photo, caprice nocturne. Je ne comprends pas à ce moment-là que c’est un signe du début de l’agonie de l’appareil photo… Une défaillance bien emerdante pour les pointages ! Cette étape est facile, sauf la montée de Saint-Jean-de-Couz au Col des Egaux qui réserve ses passages à 10 %… DauphineC3mais encore une fois, ce sera la marque de fabrique de ce parcours. Je ne regrette pas mon changement de roue arrière et son dernier pignon de 28 (au lieu de 25 habituel)… Il me sera très utile pour m’économiser en moulinant. J’arrive au Col des Egaux à minuit pile, ça ne s’invente pas. C’est la fête dans les maisons situées aux abords. Arrêté devant le panneau du col, les gens dehors doivent me prendre pour un fou, en train d’essayer d’avoir la meilleure photo possible sans flash… qui ne fonctionne pas, et qui de toute façon rendrait le panneau illisible… Tandis que je réalise laborieusement mon cliché de pointage, je ne serai pas invité !

SAM_0028Après la courte descente du col, je fais le plein des bidons et quelques ablutions aux WC publics de Corbel. Je n’ai pas le temps de récupérer qu’il faut déjà regrimper. Le Col de la Cluse est raide avec des passages à 12 %, les trois derniers kilomètres seront plus faciles. Comme d’habitude, au sommet une pause photo s’impose…  Mais l’appareil ne fonctionne plus, allons bon ! Heureusement avec mon naturel traîne-savates à tendance poissard, j’ai un certain nombre de choses en double, je suis par exemple parti avec quatre chambres de secours, deux pompes… et deux appareils photo ! … Comme quoi j’ai ben fait ! Sauf que maintenant une restriction s’impose, car il est hors de question d’abandonner ce brevet juste pour une question de stupides photos de pointages ; ah ça non ! Si je dois stopper, ce sera pour une question de physique, et mon peu de préparation se fait sentir, mais l’entêtement et la ténacité remplacent souvent chez moi des moyens sportifs peu développés. Contrairement à mes habitudes, je me retiendrai donc de sortir l’appareil à tout bout de champs, celui qui me reste en état de fonctionnement est devenu extrêmement précieux… Pourvu qu’il tienne bon ! Dans la descente vers Entremont-le-Vieux, je me fais de petites frayeurs sur la route fraîchement et généreusement gravillonnée.SAM_0036 En traversant le village, je suis surpris d’entendre les cloches des vaches. De vagues silhouettes noires des massifs se détachent à peine de la nuit sombre, pourtant largement étoilée. Le Col du Granier me semble être une plaisanterie, comparé aux deux précédents. Enfin un peu de répit. En dévalant la descente, j’ai à peine le temps de voir la bête qui commence à me charger, peut-être un sanglier ? De Sainte-Marie-du-Mont à Saint-Marcel-d’en-Haut, je suis accompagné par le panorama orangé des lumières de la vallée. Je me sens moins seul, étrange comme ces lumières lointaines me rendent la nuit plus vivante. Sur ce tronçon, encore quelques portions à 12 % (deux après Sainte-Marie, et une en haut). DauphineC4Le bas du Col de Marcieu est lui encore bien gravillonné. Il faut être très vigilant, je ne peux pas prendre de vitesse dans ce qui n’est encore qu’un faux plat. Les gravillons disparaissent quand la route se met vraiment à grimper. Je passe par Bellechambre, pas question de s’arrêter ici ; un nom qui pousse au crime en milieu de nuit ! Le Col de Marcieu n’est globalement pas très dur, malgré le passage à 13 % après le replat descendant. Une étape plus facile que les premières, très calme, avec aucune voiture de rencontrée.

La descente nocturne vers La terrasse est très agréable, avec sa route large et ses lignes blanchesSAM_1227 bien dessinées, qui permettent enfin de prendre de la vitesse en sécurité entre deux lacets. Malgré les 6°C de cette nuit j’avais eu chaud jusque-là, mais maintenant je tremble de partout. Ça ira mieux en remontant après Tencin, en attendant je profite au petit jour de quelques courts kilomètres de plat. La montée vers Theys est régulière, DauphineC5je vois droit devant les sommets enneigés visibles une grande partie de cette journée qui commence. L’ascension du Col des Ayes est elle aussi très régulière, à part un court passage à 11 % qui réchauffe bien la montée. Dimanche 1er juin, je suis à l’aube en haut du Col des Ayes, ma moyenne arrêts compris n’atteint même pas les 12km/h. Je ne parviens pas à vraiment gagner du temps sur mon planning maximum, je tiens les délais mais sans plus. Tant que je n’ai pas de gros besoins de sommeil tout va bien, mais après une première nuit blanche sans problème, la prochaine ne sera sans doute pas si facile !

SAM_1243Lors de ma courte pause au sommet du Col des Ayes, j’en profite pour essayer de ranimer l’appareil photo qui me fait des gros flous désespérants. En tripatouillant le petit objectif télescopique j’y arrive… provisoirement, mais à force de le faire rentrer et sortir les engrenages doivent avoir rendus l’âme. Je repars sans tarder. L’accès à Prabert paraît tranquille mais ça monte quand même ! Le Col des Mouilles est sans problème, dans sa descente je suis surpris par d’énormes têtes de bois peintes et sculptées en bord de champs à l’aplomb de la route… SAM_1255démarche sans doute artistique, mais rencontre étrange pour mon petit matin mal réveillé ! Je fais le plein des bidons à la fontaine de Saint-Mury-Monteymond, juste avant de manquer de justesse une lourde chute dans les gravillons en tournant à la sortie du village. Encore une fois, je ne peux pas prendre de vitesse à cause du gravillonnage plus que généreux et d’une longueur interminable, jusqu’à Le Naysord. Il faudrait qu’ils arrivent à mieux ajuster les doses, il y a du gâchis dans le département ! Maintenant sans gravillon,SAM_1245 la D208 est plus facile pour arriver à Pinet d’Uriage. Après une première partie d’étape facile, il va maintenant falloir grimper dans les mille mètres d’un coup pour rejoindre Chamrousse. La route forestière monte raisonnablement mais est assez défoncée. Finalement à ma grande surprise je m’en sortirai sans crevaison, SAM_1248mais mon assise commence à être vraiment douloureuse, c’est un calvaire cette année. Le dessous de la cuisse qui me faisait souffrir dès le départ est remplacé sournoisement par une douleur naissante aux deux genoux, dans la durée je ne suis pas sûr d’y gagner au change ! Le retour sur une vraie route est plus agréable mais la montée est plus usante, les genoux se font de plus en plus sentir. Je progresse toujours à l’ombre des sapins… puis des nuages prendront le relai. En voyant un panneau au loin je crois être délivré, mais finalement non, ce n’est qu’un « Chamrousse 1650 ». La situation me fait sourire, DauphineC6comme un crétin de parisien qui n’a jamais été skier (si, si, il y en a) je ne savais pas qu’il y a quatre Chamrousse, de 1600 à 1750… donc le mien se fera attendre… Je m’arrête finalement pour pointer ce dimanche un peu avant midi à l’entrée de Chamrousse 1750. Assis sur une grosse pierre au pied du panneau d’en face, mes genoux ont bien mérité leur massage anti-inflammatoire, et l’estomac leur barre de céréales bio griotte / amande / courge sur fond de chocolat noir. Décrit ainsi, c’est assez improbable, mais le goût légèrement amère et acidulé change merveilleusement du sucré.

Il faut que je me fasse une raison, le Dauphiné Gratiné à fait sa première victime : l’appareil photo n’aura pas survécu… et presque moi aussi, car j’ai oublié de me recouvrir pour affronter les 17km de descente, SAM_1292et je n’ai pas voulu m’arrêter car la route est large et je prends beaucoup de vitesse, un vrai plaisir… glacé ! Uriage avec ou sans thermes et casino, Vizille, D1091, tout ça est moins agréable malgré le plat, car le retour à la civilisation et à la circulation automobile du dimanche après-midi me plaît beaucoup moins… mais d’un autre côté, j’irai regrimper bien assez tôt… Séchilienne et c’est reparti vers l’Alpe du Grand Serre, encore mille mètres de dénivelé à grimper ! Les 23°C de l’après-midi sont trop chauds pour moi, les genoux ne sont pas à la fête, SAM_1296et comme je ne trouve plus de position assise confortable, et c’est un doux euphémisme, l’ascension me semble fastidieuse. Je marque une petite pause aux WC publics en sortie de l’Alpe-du-Grand-Serre pour préparer un plein de bidon avec un sachet d’ADEP. Autant la mixture d’Overstim’s est effroyable à l’eau fraîche, autant réchauffée dans le bidon par un soleil d’après-midi la chose en devient buvable… en tout cas il n’y a absolument pas de goût sucré là-dedans, c’est au moins ça. Le Col de la Morte n’aura pas eu ma peau, il fait 25°C en milieu d’après-midi quand je suis redescendu pointer à Lavaldens.

SAM_1307Ça redescend encore un peu avec du faux plat jusqu’à La Valette, puis j’affronte le Col de Malissol qui est enfin un col facile, comme toute cette petite étape assez rapide où le reste ne comporte plus ou moins que des grosses bosses. Comme je suis resté aux alentours de 1000m d’altitude, le paysage a changé de physionomie, place aux champs et aux prairies. Le vent profite de cet espace dégagé pour se renforcer, pourvu qu’il ne ramène pas de l’orage. Pour l’instant le ciel est bien bleu. J’arrive à Laffrey alors que mes genoux semblent enfin aller mieux.

DauphineC9Encore une étape vallonnée sans grande difficulté, la plus rapide du parcours, avec au rendez-vous toujours le vent s’engouffrant sur fond de champs et de prairies, suivie d’une belle descente vers Le Mollard. En deuxième partie, la corniche du Drac ne pose pas plus de problème, de quoi profiter tranquillement de la vue agréable sur le Drac en contrebas. J’arrive à Mayres-Savel en fin d’après-midi, et j’en profite pour faire le plein à la fontaine avant de repartir.

SAM_1330Dès le départ ça remonte jusqu’à Prunières, pour ensuite profiter d’une belle descente de La Mure au Pont de Ponsonnas… avant d’affronter le Col d’Accarias assez facile. Le paysage de plaine agricole de cette étape offre toujours la place belle au vent qui commence à être usant à la longue. J’arrive à Mens en début de soirée.

Je repars dans le jour couchant pour grimper deux petits cols faciles : celui du Taud dont je n’ai pas vu la pancarte, puis celui du Cornillon. Dans mon dos un fin croissant de lune s’est levé, qui n’arrivera toujours pas à éclairer cette nuit. La D34 est un rêve de randonneur nocturne : SAM_1348route large, bandes blanches bien visibles, bitume lisse et bien entretenu ; de quoi prendre de la vitesse en descente et monter sans se fatiguer à déchiffrer la pénombre. La route descend jusqu’au pont suspendu du Brion, dont les arches se détachent majestueusement dans la nuit naissante, et tout juste après c’est la remontée vers le Col du Fau, longue mais pas très ardue. À Saint-Guillaume, comme c’est le début de ma deuxième nuit blanche, je fais une pause préventive pour m’assoupir quelques minutes sous l’abribus, SAM_1351avant de m’attaquer à la redoutable côte de Miribel-Lanchâtre, suivie de la remontée vers Prélenfrey après quelques kilomètres de descente. Comme le panneau d’entrée de ville est à moitié effacé, dans la nuit j’ai presque failli le manquer, alors pour pointer je prends en photo celui de sortie qui se trouve de l’autre côté de la route. Avant de repartir, je fais une nouvelle pause de quelques minutes sous l’abribus. Je ne m’attarde pas, je me méfie du caractère hypnotique du torrent qui coule à côté, et qui pourrait m’endormir complètement.

SAM_1363Dans la nuit, la date a basculé au lundi 2 juin. Sur cette petite étape le Col de l’Arzelier passe facilement. Par contre je trouve fastidieux le Col des Deux qui commence par un faux plat et une légère descente avant de repartir pour des pourcentages élevés. La moyenne chute, c’en est fini des étapes rapides. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai des difficultés à prendre une photo du sommet, le panneau du Col des Deux reste très sombre.

SAM_1368J’aborde prudemment la descente du col sur la petite route étroite menant à la D8a plus large en direction du Col de l’Allimas. Ce col se monte facilement, il passe tout seul, du coup ce ne sera pas le col… de la limace ! Et dire que je me faisais presque une joie de ce jeu de mots stupide ! Je me retrouve à l’aube sur la D1075 pensant qu’il n’y aurait pas encore de circulation sur la grande route… et c’est raté, alors je ne traîne pas, il y a déjà pas mal de camions en transit ce lundi matin. Le jour se lève sur de gros nuages gris foncé menaçants accrochés aux sommets.SAM_1380 J’espère qu’en passant le Col de Menée le changement de vallée m’apportera un meilleur ciel… En attendant je quitte enfin sans regret la D1075 pour la D7 pour attaquer le Col du Prayet qui commence par un assez long faux plat. Pas de panneau au sommet, la signalétique se réduit à un minuscule écriteau entourant le sommet d’un poteau en bois… peut-être parce que ce col est confondu dans l’ascension continue vers le Col de Menée. SAM_1404En ressortant du court tunnel au sommet du Col de Menée, me voilà dans la Drôme… et ô surprise, face à un ciel merveilleusement bleu ! Finis les nuages noirs accrochés aux cimes, par contre le vent et le froid sont intenses, on ne peut pas tout avoir ! En bas de la descente, à Châtillon en Diois, enfin un endroit pour me ravitailler… jusque-là, faute de mieux je me suis contenté de quelques barres de céréales et de mes bidons, rallongés à l’Overstim’s 640 pour l’occasion. Je ne sais pas si c’est le fait de partir le soir, mais en plus avec le dimanche du pont de l’Ascension, je n’avais rien trouvé SAM_1395(je ne me suis pas focalisé dessus non plus, ayant des réserves avec moi)… alors je saute sur l’aubaine ce lundi matin. Je trouve donc une boulangerie ouverte ou je prends deux mini-quiches poivron / poulet qui me serviront de petit-déjeuner froid avant d’arriver à Die pour pointer. Ce qu’il y a de bien avec les longues randonnées, c’est qu’on peut manger n’importe quoi, à n’importe quelle heure, et n’importe comment… sans forcément trouver cela étrange !

SAM_1411Je quitte Die toujours avec le vent. Jusqu’à Chamaloc la montée n’est pas trop difficile, mais mes douleurs de selle et aux genoux profitent de la montée pour repartir de plus belle. Ensuite ça se corse… déjà sur la carte les lacets du Col de Rousset sont impressionnants, mais bon, les trois quarts sont faits, ce n’est pas le moment de tirer sa flemme. Dans le village un homme me lance : « le Col de Rousset c’est tout droit ». D’une part j’aurais préféré le Col de Rousset c’est tout plat, d’autre part là mon brave, si vous le voulez bien j’ai besoin de deux minutes d’arrêt pour me frictionner le croupion ! Et c’est reparti pour le seul passage ingrat de cette randonnée… atroce conviendrait mieux en fait ! SAM_1415(En 2015, lors d’un BRM 400 de Grenoble, je grimperai ce col juste après avoir été pris dans un début de nuit aux orages dantesques, et il ne me laissera pas une impression désagréable, juste un sentiment de traîner en longueur). Mais là, j’ai trouvé cette montée particulièrement pénible, pas forcément à cause de la pente, mais les rafales de vent deviennent un véritable enfer à mesure que je prends de l’altitude, je n’arrive pas à rouler droit, je zigzague au milieu de la route pour éviter que le souffle ne m’envoie contre la paroi… ou dans le précipice ! Curieusement, à aucun moment où les lacets me font changer de cap, le vent n’arrive à me pousser,SAM_1419 je me traîne lamentablement au pas… En ajoutant à cela, l’assise qui devient un véritable enfer à cause des efforts à fournir pour arriver à s’arracher du sol, et qui augmente l’appui sur la selle, je suis obligé de m’arrêter toutes les cinq minutes car mes genoux ne supportent même plus de courts instants en danseuse. Le sommet arrive après une véritable éternité, mon calvaire s’achève dans des rafales de vent aussi impitoyables que le ciel est bleu ;DauphineC14 curieux contraste. Il me faudra déployer des trésors de patience pour parvenir à enfiler mon coupe-vent dans les bourrasques… car je n’ai même pas la présence d’esprit de le faire dans le tunnel à l’abri du souffle ! Comme la route est maintenant plate pour rejoindre le Col de Saint Alexis, le vent se fait enfin moins sentir. Ici l’air et la route sont humides, il a dû pleuvoir récemment. Après la descente du col, le vent repart de plus belle à Vassieux en Vercors. Le Col de Proncel est aussi plat que celui de Rousset a été rugueux, mais tous les deux sont brassés par le même vent !

SAM_1427Lundi 2 juin en tout début d’après-midi, j’ai toujours le vent de face, mais après Les-Barraques-en-Vercors il lâchera enfin prise progressivement. En allant vers La-Balme-de-Rencurel, l’endroit me semble familier… en fait j’y suis passé l’année dernière sur le 1000 du Sud… mais de nuit et dans l’autre sens ! En sortant du village il faut affronter une belle grimpette pour rejoindre Rencurel. Le Col de Romeyère n’est pas difficile à atteindre, mais mon fessier me fait voir les choses autrement. DauphineC15Pour pointer je m’attendais à trouver un panneau de col, mais je suis face à un panneau d’entrée de ville mentionnant « Col de Romeyère »… bien entendu sans l’altitude ; le village se confond donc avec le col lui-même. Je prends une photo ici, au cas où il n’y aurait pas de panneau de sommet de col proprement dit… mais il y en aura un peu plus haut, même deux pour être exact, un à gauche en haut de son grand piquet, et un plus grand à droite, carré, plus joli, où je peux surtout déposer le vélo sans faire d’acrobaties pour la photo de pointage. Ce sera parfait.

Je repars en milieu d’après-midi. Au pied de la descente je me retrouve vite dans un piège minéral, comme enfermé par le dessus par la montagne, et au fond par le cours d’eau en contrebas, vers lequel des spéléologues descendent. Comme avec leur matériel ils empiètent sur l’étroite petite route,SAM_1436 j’hésite un instant sur le chemin à suivre, puis me trouve face à la minuscule entrée du Tunnel des Ecouges. Plus sombre et plus étroit, on ne peut pas faire ! Difficile à croire que des voitures puissent se croiser là-dedans. Au fait, je ne vous avais pas dit, je suis claustrophobe… Serpenter le long des routes au bord de précipices n’est pas toujours ce qu’il y a de plus agréable pour moi, c’est un fait ; mais là, comment dire, je ne vais pas me retrouver seul dans ce trou lugubre, où la plus infime petite particule de lumière ne parvient même pas à entrer, et où une voiture à peine là-dedans n’est déjà plus visible. Faire demi-tour ? Je pensais sérieusement à le faire… quand quatre voitures sont arrivées. Pris par je ne sais quel instinct, puis sans plus y réfléchir je leur file au train, pensant les suivre en étant guidé et éclairé par leur passage, le tunnel ne doit pas être si long après tout… Seulement voilà, à peine entré plus de phare devant moi, et l’obscurité totale règne car mes yeux passant de l’après-midi bien ensoleillée au noir absolu n’arrivent pas à s’accommoder de la situation, le contraste est trop violent. Grosse panique, je n’y vois pas plus dans l’autre sens, je me retrouve comme emmuré. Malgré les torches et la frontale je n’y vois rien. Tout est redevenu silence, je suis hors le temps. Je roule tout doucement, m’attendant à chaque instant à me faire absorber par un sol incertain, irréel. Je suis en plein cauchemar, me demandant bien comment je vais arriver à me tirer de là… Les voitures ne sont plus qu’un souvenir, le silence est total, je me sens pris au piège d’un tombeau. Après un long moment, apparaît dans une brillance rassurante, un panneau de garage prévu pour se croiser, je suis donc toujours dans le monde réel… SAM_1441Plus tard un deuxième panneau de croisement se précise, je voudrais bien ressortir… Je devine un peu de jour ? Oui c’est ça, la sortie se matérialise au fond, au loin… me voilà sauvé ! S’il est vrai qu’on grandit en affrontant ses peurs, j’ai au moins pris dix ans d’un coup ! Après ça, je fais la longue descente vers Saint-Gervais les mains sur les freins, ce n’est pas le moment de tomber dans le ravin ! SAM_1443D’un autre côté je n’ai pas le choix, la qualité du bitume étant assez aléatoire et les lacets plutôt rapprochés… Comme dans le tunnel, certains passages de la route très étroite permettent à peine le passage pour une voiture. La descente est longue et sinueuse, pas de borne D35 mais appeler cela une route départementale relève d’un grand sens de l’humour ! Je me suis peut-être perdu dans une bifurcation avec une petite route. St Gervais arrive enfin. Je pense encore me tromper de chemin par la suite, mais arriver et traverser Vinay ne pose pas de problème, mais il y a beaucoup de circulation en ville ce milieu d’après-midi. Il faut maintenant attaquer la remontée vers le Col Lachard. Avec ses lacets pour en faire le tour,DauphineC16 traverser Quincieux me paraît fastidieux. Derrière l’église, je marque un rapide arrêt bidons et décrassage aux WC publics. La fraîcheur de l’eau me fait le plus grand bien. En repartant le vent se remet à souffler en rafales, mais le sommet du col n’est plus très loin. Sur la photo, mon coupe-vent se gonfle comme une toile de parachute… j’aurai bien des peines pour arriver à l’enfiler pour la descente.

Lundi 2 juin en fin d’après-midi, sur la carte en principe le plus dur est fait. Ayant flirté depuis le départ avec une limite horaire serrée, et longtemps avec moins de deux heures d’avance sur une progression calculée à 11km/h de moyenne, à force ma marge a fini par s’allonger un peu. Même si je suis rattrapé par le sommeil, je devrais arriver à tenir les délais malgré le vent, mais sait-on jamais… Cette étape semble tranquille sur le papier, mais à Girin je suis surpris par la belle montée qui cache encore sa portion à 10 %. Décidément, jusqu’au bout les bosses réservent toujours quelque part leur pourcentage à deux chiffres, c’est une constante sur ce brevet. Une fois à Saint-Paul-d’Izeaux, c’est le retour du terrain plat, de quoi reprendre un peu de vitesse. La traversée d’Izeaux est longue, le village est étiré tout en longueur, je ne trouve pas de direction Beaucroissant, je crois être perdu, je pense avoir raté quelque chose en doublant en ville un gros camion de balayage, mais finalement non, je n’avais pas été assez patient. Beaucroissant, Rives, toujours à bonne vitesse sur le plat, je m’emmêle un peu dans les directions avec l’A48. La navigation n’est pas insurmontable, mais sur toute cette section il faut être bien attentif à la feuille de route. Le Fagot, Le Roucet, Le Pilon, tout s’enchaîne vite. Le jour tombe encore une fois rapidement, une heure plus tôt qu’à Paris, je n’arrive pas à m’y faire. J’atteins St Sixte dans la pénombre, il faut être attentif sur ces petites routes aux lieudits qui ne correspondent à rien sur la carte, pour ne pas rater la D28, mais suis-je encore bien sur la D49c ? J’ai des doutes, je trouve la bifurcation longue à venir, j’hésite à certains croisements, je les dissèque minutieusement avec mes torches pour ne rien rater, puis continue pas franchement convaincu d’être encore sur le bon chemin. Finalement si. Quand je traverse un petit groupe d’habitations un chien m’attend dans le noir, pas attaché, pas de clôture. Avec tout l’espace de liberté cruelle dont il dispose, il me file au train et m’attrape le talon gauche en mordant la chaussure juste à la limite de la chaussette… et lâche prise en prenant le retour de manivelle dans la gueule ! DauphineC17Bien fait saloperie, j’espère au moins que ça t’aura coupé les envies de goûter du cycliste ! Je crois tout de même avoir été mordu tant l’impression du souffle de la mâchoire reste désagréable et tenace au travers de ma chaussette, mais rien, pas de sang, pas de griffure. La montée vers le Col des Mille Martyrs sera plus calme mais j’ai les jambes un peu coupées. Je me méfie des yeux brillants dans la nuit, mais ce ne sont que des chats et des chevreuils lointains que mes torches éclairent. Début de nuit, le col est là, la fin est proche.

Dernière étape, je repars aussitôt après le pointage de rigueur pour me laisser glisser dans la descente vers Miribel-les-Échelles. En entrant dans le village j’hésite à prendre à droite ou à gauche. A droite me semble correct, mais la longue descente par le centre-ville me semble interminable… et je n’ai pas envie d’avoir tout à remonter si je me suis trompé. Je doute de plus en plus, puis finis par trouver la direction Saint-Laurent-du-Pont où je vais faire pause pour m’assoupir quelques instants, par prudence, sous l’abribus au pied du panneau… SAM_1456À avoir pris le départ en début de soirée, c’est que je débute quand même ma troisième nuit à rouler ! … Et puis maintenant, il me reste seulement une vingtaine de kilomètres à parcourir, je peux relâcher un peu la pression, autant rester prudent. Dans Villette, je cherche le rond-point de la feuille de route, et ne trouve qu’un simple tracé au sol accolé à l’église plutôt qu’un véritable travail de voirie, alors je ne suis pas convaincu que je sois au bon endroit. Je tourne autour en cherchant dans l’obscurité le chemin de la Guillotière, le panneau de rue n’est pas très visible mais ce petit rond-point était le bon. Le chemin paraît court pour rejoindre la D520 puis la D520a, DauphineC18et c’est la dernière montée, tranquille, pour rejoindre le col de la Placette. Après la pause photo pour ma petite collection, je n’ai plus qu’à me laisser glisser dans la descente vers Voreppe. Au travers des arbres, je profite furtivement des lumières nocturnes de l’agglomération grenobloise endormie, et le panneau d’entrée de ville apparaît soudainement à la sortie d’un virage. Je n’oublie pas le dernier pointage photo, la boucle est bouclée avec une petite poignée d’heures d’avance, le mardi 3 juin à peine commencé.

Il me reste à rejoindre la gare de Grenoble, facile sur le papier en continuant tout droit… mais je me perdrai magistralement en partie à cause des travaux du tramway… et finirai par passer par Noyaret, Sassenage, Seyssinet… tout en tournant en rond un bon moment dans Grenoble, pour finir ! Il fallait bien quand même que je m’égare après une navigation sans problème sur tout le parcours, guidé par une feuille de route exemplaire !

Quelques conseils en vrac (dont certains sont une évidence) :

  • Ne faites pas cette Super Randonnée juste pour valider un Randonneur 10000, assurez plutôt le coup avec une SRHP... plus accessible et aux paysages plus jolis. Gardez ce Dauphiné Gratiné pour le plaisir !
  • Ne partez que bien préparé, et avec une motivation sans faille… sinon ce parcours ne vous le pardonnera pas !
  • Prévoir des développements très modestes car des portions de montées (pas forcément longues) à plus de 10 à 12 % sont monnaie courante sur tout le parcours. Pour moi le plus petit développement était de 1,8m (26/28 en roues de 650c !) mais je suis très mauvais grimpeur…
  • Pour éviter de finir hors délais, j’ai inscrit sur la feuille de route l’horaire maximal pour atteindre chaque pointage, je l’ai calculé sur la base des 11km/h (pour 56h) ce qui me laisse 2h de sécurité sur le délai maximum de 58h, sans essayer d’extrapoler sur les portions ou étapes plus ou moins plates. Ainsi j’avais toujours un peu d’avance sur cet horaire, et voir cette avance augmenter (tout) doucement de pointage en pointage est très bon pour le moral.
  • Les points d’eaux sont présents régulièrement sous forme de fontaines ou de WC publics. Pas de mauvaise surprise donc avec deux grands bidons, mais ne pas attendre d’être à sec pour les remplir.
  • Il est préférable d’être en autonomie alimentaire totale car il n’y a pas beaucoup d’endroits pour se ravitailler, surtout le dimanche (et dans mon cas de départ en fin d’après-midi, en partant le matin, il y a peut-être davantage de possibilités ?)
  • Ne négligez pas l’état de vos freins avant le départ : certaines descentes sinueuses sont redoutables… et encore plus de nuit !
  • Si vous êtes claustrophobe, prévoyez le passage du Tunnel des Écouges de nuit… mais attention dans la longue descente qui suit sur la D35 étroite et sinueuse !
  • Les bois sont infestés de chevreuils, attention au crépuscule et pendant la nuit (curieusement je n’en ai pas rencontré à l’aube).
  • Un GPS ne sert à rien, gardez du poids pour autre chose ! Je ne me suis pas perdu une seule fois en étant guidé par la feuille de route… Et j’ai à peine regardé ma carte routière.
  • La traversée de Rives (km 565) est décrite de façon un peu trop détaillée qui peut embrouiller. Plus simplement : suivre la gare puis les panneaux A48 et continuer tout droit. C’est juste après le panneau de sortie de ville qu’on trouve le rond-point avec la D50 pour la direction Le-Rivier-d’Apprieu.

 

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