Rochet H.70 – (≃1950)

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Quand on pense à un vélo au lion, c’est un Peugeot qui vient immédiatement à l’esprit, c’est comme ça… oui mais, il y en a eu d’autres de constructeurs au gros chat à crinière, et notamment Rochet, marque loin d’avoir été confidentielle.

Celui-ci, qui a fini en déchetterie, se présente comme une épave incomplète. Il lui manque l’essentiel de la transmission : le dérailleur et sa manette, le pédalier et une roue libre à plusieurs rapports. D’autres broutilles sont absentes, notamment la dynamo et le carter de chaîne.

 

… Et ce qui est présent est parfois fantaisiste, comme les patins de frein disparates et surtout cette selle plutôt laide – couverture plastique et fond acier – qui fait davantage cyclomoteur que vélo.

 

Allez, en étant positif la base est bonne… mais bien fatiguée, alors au travail  !

Un bon nettoyage s’impose, à commencer par le cadre. Pas question de le repeindre, sa patine est superbe. Elle sera juste ravivée et stabilisée au Protec Look 6100 de Restom.

Les décorations camouflées par la rouille réapparaissent, et le lettrage Rochet devient assez bien visible.

Ensuite place au plus clinquant : les garde-boue Lefol martelés. Une fois récurés, ils ont eux aussi meilleure allure… sauf que la plupart des trous de fixations se sont retrouvés agrandis comme des vaches ! Il va falloir jouer avec des rondelles larges… en essayant de rester le plus discret possible.

 

Les tringles aux circonvolutions typiques des Rochet étaient à l’origine anodisées à la couleur du vélo. Ici, il n’en reste que de rares traces aux endroits les moins exposés au soleil.

 

Les pneus sont hors d’usage depuis bien longtemps, c’est une évidence… mais les jantes le sont aussi. Sous le chrome délabré, l’acier est pourri, hélas !Des roues, il ne reste que les moyeux à sauver. Une fois remis en état, alors d’origine ou pas ces Atom (à gauche sur la photo) ? En tout cas ils sont semblables à cette autre paire estampillée « Rochet » (à droite), aux papillons Soua identiques.

Les étriers de frein ne promettent pas une efficacité extraordinaire, mais sont plutôt de simples ralentisseurs. Les patins présents sont tous dépareillés. Sur les quatre, il n’y en a pas deux identiques ! Pas facile de savoir qui est qui. Le porte patin Mafac en aluminium (en haut à gauche) n’est clairement pas d’origine… Et pour les autres, il reste une chance sur trois de débusquer le bon, s’il est parmi eux ! Les deux supports acier de gauche se ressemblent. Ils sont donc conservés – accompagnés d’une autre paire – et rechargés à l’aide de patins neufs d’ancien stock.

La première phase de la restauration est terminée. Toutes les pièces conformes sont en place… Et voilà ce que ça donne. Des jantes plates en aluminium sur ce vélo ? Sans doute trop luxueuses sur cette machine qui a pourtant plus d’élégance qu’un simple traîne-couillon… et qui vont bien avec les autres éléments en métal léger (garde-boue et tringles, phares, potence, moyeux) ; alors pourquoi pas !

Le projet avance, il reste maintenant à compléter le vélo du mieux possible.

Compléter, mais avec quoi ?

S’ennuyant dans mon stock depuis un bon moment, ce pédalier Rochet bien fatigué irait bien… mais pose de nombreux problèmes : il nécessite un axe particulièrement long, les pédales sont dépareillées, le plateau tourne en 8 comme une patate, et pour finir, le perçage de la manivelle gauche est trop grand ; inutilisable tel quel. Probablement la conséquence d’avoir roulé trop longtemps avec une clavette desserrée ou en voie de cisaillement.

Première chose à faire : sauver le côté gauche. Le trou est de forme ovale d’environ 16,5mm au lieu des 16mm de l’emmanchement classique à clavettes. Il faut donc le recharger en soudure par l’intérieur, repercer, puis aléser à 16mm tout rond… à tous points de vue ! Voilà pour la manivelle gauche.

Après avoir – difficilement – trouvé un axe de la bonne longueur, à droite c’est moins compliqué. En ayant du doigté et un bon maillet, le plateau retrouve vite une rotation sans écart latéral.

Pour les pédales, ça se corse. Elles sont déglinguées, les axes tordus, et les deux côtés ne sont pas du même modèle. Pas terrible tout ça, et comme celles qui étaient présentes sur le vélo sont manquantes… autant en monter en meilleur état. En fouillant dans mon bric-à-brac, une paire semble adaptée pour compléter le vélo. Après un bon nettoyage et un démontage en vue d’un graissage en règle, là aussi les axes ne sont pas droits ! Rien de vraiment flagrant, mais juste assez pour rendre le pédalage insupportable. Bon, rebelote : quelques coups où il faut, du doigté, un maillet une fois de plus… et tout tourne rond comme jadis, à droite et à gauche. C’est bien beau me direz-vous, mais des axes qui se tordent et se redressent assez facilement ne sont pas issus d’une métallurgie très exigeante. En tout cas l’acier n’a pas dû être trempé, peut-être à peine cémenté. C’est ainsi, mais les octogénaires méritent le respect, cornegidouille ! Bref, pour limiter les déformations à l’avenir et ne pas en faire une machine d’exposition – car un vélo est avant tout fait pour rouler, foutredieu, et j’arrête là pour les jurons – il faudra régler soigneusement les roulements des pédales sans aucun jeu. Très légèrement serrés, sans excès, sera même encore mieux… et surtout, pour être parfait, éviter d’y aller comme un bourrin en danseuse !

Pour en finir avec le pédalier, comme il existe des pattes de carter sur le cadre, forcément il en manque un, de carter de chaîne. Le gros problème de ces machins-là est que l’emplacement des trous correspond rarement entre le vélo et les carters qu’on a sous la main. Comme les fixations Rochet sont particulières, avec 2 trous écartés de part et d’autre de la patte du tube diagonal, je ne voulais pas en faire un troisième – de trou – entre les deux, et scier le surplus pour régler le problème. Ainsi, sauf exception, aucun carter ne peut ici se monter proprement. Reste la solution du carter neuf… pour placer les trous où l’on veut ! Oui mais, qui dit neuf et vieux dit rare et cher, alors j’ai monté ce cache – un peu court – qui traînait dans un coin. Bon d’accord il fait un peu petit, mais et d’une il n’aura pas de trous moches issus d’une vie antérieure, et de deux sa ligne rappelle assez ceux que Rochet montait à l’époque (exemples à gauche de la photo), alors on aurait pu faire pire !

Pour compléter la transmission, cette roue libre neuve 3 vitesses G.Moyne à l’étagement polyvalent de 16-20-24 fera l’affaire. Ses entrailles révèlent une conception assez primaire : très peu de billes, et des tiges courbes pour les maintenir espacées. Les quelques billes devaient être jetées à la va-vite, au petit bonheur, pour respecter les cadences de production. En effet, le placement semble assez aléatoire avec ici l’exemple de 2 tiges et de 3 billes qui se suivent. Moyne a longtemps été le plus gros fournisseur français de roues libres, ceci explique peut-être cela ! Le cas figurant ici ne témoigne pas d’un ouvrier fatigué en fin de journée. J’ai démonté plusieurs roues libres Moyne présentant ces placements de billes hasardeux et avares, vu la place laissée libre sur le chemin de billes (flèche rouge de la photo). Alors pour davantage de durabilité, toutes les tiges courbes sont remplacées par des billes… en nombre suffisant ! Savoir fiabiliser sans dénaturer, fait aussi partie d’une restauration soignée.

Point de vue dérailleur et manette, Rochet privilégiait Simplex. Ce sera donc du… Simplex ! Pour ce vélo du tout début des années 50, époque charnière entre le déjà classique Route-Léger et le nouveau Grand Tourisme, les deux montages sont possibles et cohérents sur une patte de cadre monobloc…. et de toute façon ils se ressemblent énormément.

Notez l’élégance discrète des deux boulons de fixation en laiton. Interprétation personnelle, mais en accord avec d’autres pièces de ce vélo, comme la visserie et les butées de câbles des étriers de frein.

Après avoir réglé les problèmes d’alignement et de rivetage baladeur, les leviers de frein ont eux aussi droit à leur vis de fixation en laiton, en adaptant des boulons à têtes hexagonales pour les rendre classiquement rondes à fente.

La jolie potence en aluminium s’en tire mieux que le guidon au chrome dégradé. La rouille n’est malgré tout que superficielle, sans compromettre la solidité de l’ensemble.

 

Reste à trouver une selle. Comme d’habitude la tige est bien trop courte pour moi. Pas de problème pour dénicher un tube au diamètre standard de 25,4mm. Pour la selle elle-même, un modèle 4 fils à ressorts simples fera l’affaire. Un peu large et confortable sans faire trop utilitaire, elle a juste eu besoin d’un bon nettoyage. L’embossage élimé du cuir de ses ailes ne permet pas de la sortir de son anonymat. Dommage, mais en même temps il y a moins de risque de commettre une faute de goût !

Pour en finir avec les éléments manquants, les deux feux Luxor en aluminium martelé ont forcément besoin d’une dynamo pour les alimenter. Notez le garde-boue arrière qui paraît « grignoté ». Au lieu de refaçonner proprement son extrémité – il reste suffisamment de longueur – j’ai préféré le laisser tel quel, en accord avec la patine du cadre et par respect du vécu du vélo.

Sur les catalogues Rochet d’époque on peut discerner une silhouette trapue de dynamo qui ressemble fortement à une Radios, alors celle-ci ira bien.

 

 

 

 

Et voilà au final – sous une belle lumière hivernale – le vélo prêt à reprendre la route…

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2 réflexions au sujet de « Rochet H.70 – (≃1950) »

  1. Bonjour Patrick,

    Félicitations pour cette énième restauration !

    Je trouve incroyable cette capacité à faire revivre des pièces quasi de musée, puisque non seulement j’ai du mal à imaginer que ce vélo puisse être en meilleur état que celui que tu lui as donné vu la base récupérée, mais en plus il roule à nouveau. J’adore !

    1. À son guidon, le plaisir passe avant la vitesse sur cette bicyclette, parce qu’on ne peux quand même pas l’appeler vélo !
      Mais elle roule plutôt bien… à son rythme.

      Merci Basile 😉 !

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